Chroniques visuelles

dimanche 29 janvier 2012

L'état des choses.

 

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Un petit groupe de gens perdus au milieu de nul part ouvre le film. Qui sont-ils ? D'où viennent-ils ? Profitant d'une pause, leur leader escalade une dune de sable puis sort sa mini-caméra à la recherche d'éventuels survivants... tout comme eux. Devant lui un monde en ruine, fait de rues désertes et de carcasses de voitures qui jonchent le bitume et la poussière. Derrière lui, des gens épuisés, recherchant un moyen de prolonger un peu plus leur vie dans ce monde devenu apocalyptique où les notes d'une musique synthétique évoquant John Carpenter résonne bien lugubrement.


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Le groupe reprend sa route, il faut trouver un moyen de gagner la mer. Sans doute que d'autres survivants ont pu élire un camp ? Après tout il y a des traces de pas, signe que des humains sont passés par là et qu'un espoir subsiste encore. Pourtant les vivres manquent. Une petite fille et à l'agonie et Mark, leader pragmatique décide de la supprimer froidement en l'étouffant pour éviter toute contamination possible. Car, cela n'est pas indiqué mais sans doute que la nature s'est modifiée suite à des radiations nucléaires ? Que le monde est envahi de nouvelles forêts aux spores mortelles comme dans Nausicäa de la vallée du vent d'Hayao Miyazaki ? Une jeune fille ayant touché quelque chose sera d'ailleurs sommée impérativement de retirer son gant : l'instant d'après, on le voit commencer effectivement à fondre...


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Poussant un portail, nos héros arrivent enfin à la mer. La seconde jeune fille retire alors son masque et ses lunettes de protection solaire et déclare l'endroit propre à être habitable. On aperçoit même de la vie, deux mouettes que la jeune fille regarde avec étonnement...


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Alors qu'après un plan subjectif, la couleur se modifie (façon de parler), passant d'un sépia somptueux et Tarkovskien (auquel Wenders rendra hommage par un incipit à la fin des Ailes du désir quelques années plus tard) à un noir et blanc profond et un homme, le réalisateur, Friedriech Munro (joué par l'excellent Patrick Bauchau) vient embrasser la gamine qui jouait, qui n'est autre que sa fille. Le plan est fini, on passe au réel mais le véritable film commence et notre chronique avec elle.

 

En 1982, dans un état apparemment sensiblement déprimé, Wim Wenders tourne L'état des choses (aka The state of things ou en allemand, Der stand der dinge) qui se veut une réflexion à la fois sur le cinéma comme un nouveau tableau des errances Wendersiennes, cette fois sous l'égide de multiples références cinématographiques qui laissent à penser que ce film serait probablement l'une des nombreuses clé de voûte de sa filmographie déjà assez riche. Le pitch, est des plus simples : une équipe de cinéma tourne the survivors, le remake d'un petit film de science-fiction fauché des années 50 --en fait un film qui existe bien puisqu'il s'agirait de The day the world ended de Roger Corman (1955) ! -- afin d'en faire une vraie petite série B, musique Carpenterienne et minimaliste (sublime comme souvent quand Jürgen Knieper travaille avec Wenders. Il me faut ses B.Os raaah !) à l'appui. Sauf que l'argent puis le producteur viennent à manquer soudainement. Le film doit s'arrêter. S'installe alors une étrange période d'attente, puis d'ennui pour l'équipe de tournage sans nouvelles de son producteur. Certains sembleraient même perdre les pédales. D'autres s'occupent comme ils peuvent, dessinnent, se baladent dans ce décor assez surréaliste (Tout un hotel abandonné du Portugal pas loin de Sintra apparemment. Le genre de lieu où j'aimerais fortement aller !), font l'amour, se racontent des blagues, font de la musique... 

 

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Sur cette base, Wenders va construire un film structuré en 3 parties bien distinctes étant à la fois un hommage au cinéma qu'il admire  comme une réflexion sur celui-ci. La première partie est le film dans le film, soit l'histoire de SF dont on va s'apercevoir très vite que ce n'est pas le véritable sujet. Puis la seconde partie, la plus longue (et de mon point de vue, la plus passionnante même si j'adore le film dans son ensemble), basée sur l'attente puis le surplace, fortement reliée à Antonioni.

 

"Même s'il préfère parler d'Ozu (derrière lequel il aime à se cacher), l'auteur d'Au fil du temps, Wim Wenders, reconnaît sans ambages sa dette envers Antonioni : "c'est l'un des metteurs en scène qui m'a le plus touché après Ozu. J'aime sa façon de regarder, de filmer les choses et les paysages." (A ce propos, il est curieux que la critique n'ait jamais souligné les analogies qui existent entre Alice dans les villes et Le Cri, entre Paris-Texas et Zabriskie Point.)"

Antonioni par Aldo Tassone, éditions Flammarion, collection Champs, p.392.

 

Comme chez Antonioni, une ambiance indélébile s'installe. Le même surplace qui pourtant s'avance vers quelque chose, une résolution, déjà au coeur d'un film comme L'Avventura. Ce dernier n'avait-il pas été traité de "film policier à rebours" (Tassone citant le propos d'un critique à la page 211 de son ouvrage dédié au cinéaste italien) du fait que le mystère de la disparition d'Anna au début du film était évacué lentement au profit de la mise en place d'une étude des sentiments amoureux naissant que la durée du film permettait d'installer ? A sa sortie en 1960, le film était alors incroyablement moderne tout en divisant. Il continue d'ailleurs encore de diviser. L'état des choses lui, part d'un film de cinéma pour créer un autre film puis encore un autre film (c'est la 3e partie, on y vient).

 

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Le premier film, c'est donc ce petit film de SF qui est lui-même mis en abime par l'histoire de cette équipe de cinéma obligée de cohabiter au milieu de nulle part faute de mieux. Ce second film ou seconde partie va être l'occasion d'aborder le cinéma par les coulisses. Devant nous, c'est tout le processus de fabrication du film, symbolisé par ses différents composants (toute l'équipe et leur fonction est donnée au générique de fin) qui est mis en déroute et patine, faute de mieux. Pourtant, Wenders y applique un filmage presque documentaire et capte au mieux le désarroi ambiant. C'est pourtant là aussi une mise en abime, le générique d'ouverture, tapé à la machine (à l'image de ce script que Dennis n'arrive pas plus à finir dans la seconde partie, tellement dégoûté d'avoir fait confiance à ce réalisateur qui espérait pouvoir faire un film européen pour l'Amérique), comme tapé en direct par un quelconque démiurge semble coller trop au cadre pour qu'un travelling le vire lentement en hors-champ, ne se focalisant plus, deux plans après sur  une machine à écrire enfermée dans une boîte noire (belle analogie) et une chaise de membre vide et bougeant un peu dans le vent où le titre s'inscrit. Enfin la troisième partie permet un discours théorique confrontant le cinéma américain et européen, leurs essences en déplaçant le réalisateur directement à Miami à la recherche de son producteur disparu. Le réel n'en sera que plus brutal.

 

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Durant tout le film donc, Wenders joue avec le cinéma, le mettant aussi bien au premier plan qu'au second plan. Le film faisant constamment des références et des clins d'oeils sans jamais que celà n'entrave le récit mais qu'au contraire, ça le fasse pleinement vivre et partaicipe à l'étrange atmosphère. Antonioni oui, en majeure partie, mais pas que. Déjà dans le film, on mentionne à plusieurs reprises The searchers de John Ford, film qu'a la fin, Friedriech croisera à Miami puisqu'il passera devant un cinéma qui le rejoue. Ensuite, comme chez Godard, la présence de monstres sacrés du cinéma auquel Wenders (qui joue un passager du tramway non crédité d'ailleurs !) donne un rôle important dans son film. D'abord Samuel Fuller qui joue le caméraman (auparavant vu chez Godard dans Pierrot le fou en tant que... réalisateur), puis Roger Corman qui joue l'avocat du producteur disparu ! Friedriech Munro d'ailleurs est un jeu de mot qui évoque ni plus ni moins que Friedrich (Wihelm) Murnau, cinéaste légendaire lui-même adoré par Wenders le cinéphile. Samuel Fuller rentre dans un bar qui s'appelle... le Texas Bar (clin d'oeil à Paris Texas qu'il fait juste après ?). Sans oublier le fait que Wenders emprunte toute l'équipe de son film au film Le territoire de Raoul Ruiz (Bauchau en plus), film apparemment horrifique. L'ouverture c'est de la SF tiens. Et puis la fin dans la caravane et après...

 

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Mais en fait on pourrait encore disserter longtemps sur la richesse de l'objet et ses implications, Wenders ayant livré là un objet à la fois hermétique et ouvert à tout. Très grand film.

Posté par Nio Lynes à 21:16 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


mercredi 25 janvier 2012

Take Shelter

 

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Curtis La Forche mène une vie paisible avec sa femme et sa fille quand il devient sujet à de violents cauchemars. La menace d’une tornade l’obsède. Des visions apocalyptiques envahissent peu à peu son esprit. Son comportement inexplicable fragilise son couple et provoque l’incompréhension de ses proches. Rien ne peut en effet vaincre la terreur qui l’habite


Take Shelter de l'américain Jeff Nichols nous est arrivé bardé de prix et d'une grande réputation... Amplement mérité à mon sens. Rarement auparavant le terme "chef d'oeuvre" ne m'a traversé autant l'esprit qu'à la sortie de la salle, vacillant sur mes jambes. Si Hugo offrait un coeur à la cinéphilie à même de pulser sans retenue, Take Shelter devient le souffle et la respiration d'un même corps. Une analogie organique qui n'est pas sans rappeler les mots de Björk à propos de son album Homogenic en 1997 où elle définissait d'un côté les machines, de l'autre les violons, soit la rythmique et la pulsation du coeur face au travail complexe des nerfs. Il en résultait qu'Homogenic sous ses dehors parfois austères prenait bien souvent aux tripes à chaque compositions car celles-ci étaient pensées presque quasiment à l'instar de mondes spécifiques n'existant que par et pour la volonté de l'auditeur. Qu'on se rappelle par ailleurs la fin du clip Joga issu du même album où l'Islandaise, en s'ouvrant le coeur nous donnait à contempler son coeur... qui n'était autre que sa propre patrie Islandaise en train de tournoyer majestueusement sur elle-même.


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Take Shelter est d'emblée un corps avec un coeur qui bat qui n'est autre que le personnage de Curtis (Michael Shannon qui me fait une bien meilleure impression que dans le Bug de Friedkin curieusement. Je le trouve plus mesuré, plus sobre, moins expensif. En même temps il était très bon aussi chez Friedkin, c'était plus la mise en scène trop proche du théâtre et de la pièce d'origine qui m'embêtait) que Nichols va s'attacher à suivre consciencieusement sans jamais le lâcher d'une semelle, construisant le récit avec lui et amenant du même coup la question principale : Curtis est-il fou ?

La réponse subjective que tout le monde pourrait formuler, moi le premier, serait de dire "oui", évidemment, en témoigne ce climax majestueux et presque final dans l'abri souterrain qui voit, par un subtile échange de regards, de sensations, de promesses deux êtres qui s'aiment décider de prendre la décision finale qui s'impose sans jamais trop en faire. Shannon et Chastain (Tree of life) sont parfaits de bout en bout et l'écriture est un constant régal, n'en faisant jamais trop, traitant les différents personnages avec la densité qui leur est dûe. Un autre exemple de cette rare qualité d'écriture faisant le bonheur d'un film d'auteur indépendant à petit budget soigné (mais utilisant avec régal les mécanismes de terreur que peuvent utiliser d'autres grands films, bénéficiant de plus de moyens), toutes les scènes avec la mère de Curtis en plein milieu du film, dévoilant un rapport basé sur la crainte et le respect. Curtis ne veut pas devenir comme sa mère et veut tout faire pour protéger ses proches de ce qu'il voit dans les visions qui l'assaillent. Dans le même temps, ses actions se soldent par l'effet inverse. Mis à part son épouse qui, tel un roc, restera à ses côtés, Curtis sera exclu de cette communauté de l'Ohio du fait que ses actions restent inexpliqué. Et ce qui est inexpliqué et différent fait toujours peur, on ne le sait que trop bien, les plus grands films ont souvent joué là-dessus (sinon il y aurait longtemps qu'on aurait pardonné à l'Alien d'avoir boulotté tout l'équipage du Nostromo d'un : "mais il avait juste un petit creux, il est pas bien méchant").

 

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Le contrechamp sur les autres personnages ne nous permettra pas d'en savoir plus, tout au mieux sait-on que Curtis leur est différent et que son changement d'attitude n'est pas accepté. Notre héros lui-même ayant des difficultés à se confier à sa chère épouse, doutant lui-même de ce qui est perçu, puis encore ressenti dans la réalité (alors que dans son rêve un chien l'a mordu, le lendemain au travail, la sensation d'avoir eu véritablement le bras déchiqueté se poursuivra pendant longtemps).

Réalité que l'on va du même coup questionner nous-même en temps que spectateur quand on s'apercevra que la fille de Curtis peut elle-même voir les mêmes choses que son père... Comme si elle avait été contaminé et que la contamination devait s'étendre ensuite sur le reste de sa famille puis du monde... Evidemment, Nichols ne surligne jamais les visions terrifiantes, n'en rajoute jamais une couche, ce qui permet, jusqu'au bout d'être aussi hallucinés que le personnage principal, K.O. Le travail du montage comme du son, primordial dans ce genre d'exercice, semblent parfaits de bout en bout. Jusqu'à une fin étrange et double dans le même temps qui permet deux ouvertures laissées à l'interprétation du spectateur, libre à lui d'adhérer pleinement ou non. Mais jamais le réalisateur n'aura forcé la main, délivrant un récit toujours fluide et simple qui fait la marque des plus grands.

Film riche, film puissant, film important. Chef d'oeuvre pour ma part, et ils sont de moins en moins nombreux les films qu'on peut nommer comme ça. Je sais que mon avis divisera aussi sûrement que l'interprétation et l'appréciation que le film délivre en chacun de nous mais reconnaissons tous que le film ne peut que marquer en un sens.

J'y reviendrais probablement, beaucoup trop à dire et décanter alors que le temps m'est tellement compté. 

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dimanche 22 janvier 2012

L'obsédé en plein jour.

 

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Le portrait d'un violeur (et dorénavant tueur en série) inquiétant qui pourtant un jour, s'introduit dans une maison mais, reconnaissant la servante, ne la tuera pas, au contraire de sa maîtresse. La jeune femme épargnée semble avoir un lien avec l'homme. D'ailleurs elle semble si bien le connaître que plutôt que de prévenir la police, elle écrit une longue lettre à la femme de celui-ci pour demander la permission de le dénoncer aux autorités.....


Ma connaissance du cinéma d'Oshima est encore des plus confuses pour pouvoir vraiment juger son oeuvre à sa juste valeur. Comme beaucoup, j'ai évidemment vu les oeuvres récentes ou les plus connues comme Furyo (que j'adore cela dit), Tabou (dont je parle un peu ici) et L'empire des sens. Mais son cinéma des années 60 me restait encore un continent à découvrir et c'est alléché par la promesse d'une virtuosité technique affolante (verso de la jaquette du dvd !) que je me suis jeté sur le film, tel cet obsédé dont on parle, mais avec une soif avide de connaissance dans mon cas (et non une pulsion sezuelle et de mort, hein). Bref, virtuose, oui, on va y venir, c'est même assez éblouissant, mais d'un point de vue narratif, qu'en est-il d'un autre côté ?

 

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Pour reprendre le petit ouvrage de Max Tessier consacré au cinéma japonais (*) :

"Ce qui est remarquable chez Oshima, c'est non seulement sa volonté de s'attaquer à tous les interdits de la société nippone actuelle, mais aussi l'étonnant éclectisme de son langage. Au nombre minimal de plans séquences dans Le piège (alias Une bête à nourrir, 1961), s'oppose le morcellement ahurissant de L'obsédé en plein jour, tourné en près de 2000 plans !"

Près de 2000 plans. Ah ouais.

Voilà qui laisse rêveur, d'autant plus que le travail est au final, admirable : jeu sur l'espace, sur la profondeur, échelle de plans entre le gros et le petit, aspect presque sensitif de certaines matières, morcellement de parties du corps comme dans les Godard les plus intéressants des 60's, tout fait d'autant plus sens que le montage alterne tout ça entre divers époques, entre flash-back renseignant sur les différents personnages qui appartenaient alors à une même communauté rurale d'un même village, au présent et ce que sont devenu ces mêmes personnages principaux (avec un qui s'est perdu... euh, pendu en route, plutôt). Jusqu'ici tout va bien et il est intéressant de constater qu'Oshima à l'intelligence de ne pas perdre son spectateur en cours de route, soucieux de constamment garder en tête les motivations de chacun afin de mieux prendre le spectateur à parti.

 

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Et pourtant on finit par un peu perdre le spectateur en cours de route, et ce pour plusieurs raisons.

D'abord, comme apparemment dans tous les Oshima de l'époque, parce qu'il y a une forte charge sociale et politique qui recquiert des connaissances importantes sur le Japon des années 60. En soi, ayant dû aborder pour mon mémoire de cinéma certains aspects du Japon de cette décennie, je n'ai pas été trop perdu mais je pense que certains spectateurs pourraient être largués (et encore, c'est pas Nuit et brouillard au Japon (1960)). En même temps je trouve même que cet aspect n'est pas assez poussé.

Ensuite, et plus important, chacun des personnages m'était soit antipathique, soit pas des plus intéressants. Le violeur en question se révèle un je-m'en-foutiste égoïste, sans personnalité uniquement mû par l'instinct, nullement préoccupé de son prochain. La jeune servante est molle et parfois effacée. Le 4e protagoniste (celui qui s'est pendu), avait encore de l'honneur mais trop gentil et gagné par l'amertume envers ces contemporains, il préfère en finir. Sur ce point, j'ai apprécié qu'Oshima dresse un portrait sans concession de la jeunesse rurale telle qu'il la voit même si d'un autre côté je regrette que ce soit tailladé à la hache sans pouvoir modérer un peu envers d'autres jeunes du milieu. Oshima est trop pressé de démonter tous ses personnages dans son jeu de construction/déconstruction qu'il en oublie que la subtilité peut elle-même apporter de la force.

 

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Il y a pourtant ce personnage d'institutrice, elle-même épouse du violeur, sans doute le meilleur personnage, le plus complexe, en fait la femme d'Oshima à l'époque. Une femme qui va expliquer pourquoi elle reste avec cet homme. De l'amour ? De la compassion ? De la jalousie ? Au fur et à mesure de l'histoire et des flash-backs, les langues se délient. Mais comme je l'ai dit, impossible de s'attacher un tant soit peu à des personnages violemment pris dans une histoire d'amour sans doute trop torturée et personnelle pour nous. Il m'a semblé que dans la dernière demi-heure du film, le film piétinait, ne savait pas sur quel pied danser, que les avis des deux femmes dans le train s'accordaient tout en changeant constamment d'avis. Qui fait quoi ? Qui aime qui ? Fallacieuse impression de voir un cinéaste ayant mené sa barque du mieux qu'il pouvait et ne sachant comment vraiment finir son film, si ce n'est sur un énième coup d'éclat (que je ne révèlerai pas ici même si je peut dire qu'il m'a assez laissé dubitatif).

 

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Reste donc pour ma part un film assez incroyable techniquement et visuellement et dont la première partie est des plus intéressantes narrativement. Dommage donc que la fin s'emmêle pas mal les pinceaux... Je conseillerais néanmoins le film aux cinéphiles et aux cinéastes en herbe passionnés par l'esthétique de l'image. Il y a là de sacré leçons à tirer et l'on sent un bouillonnement constant durant tout le long-métrage. Y'a pas à dire, Oshima savait filmer comme un grand maître et sur ce point le film est bon !

 

 

 

 

 

 

 

 

(*) Le cinéma Japonais - Max Tessier, éditions Armand Colin, collection 128, p.70.

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dimanche 15 janvier 2012

Si vous vous Cabret trop, utilisez les pansements Hugo.

 

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Ce jeu de mot magnifiquement nul était inévitable tant il a trotté dans ma tête depuis un moment.

J'aurais dû mettre Hugo Cabret dans mon top de fin d'année tant sa simplicité et son amour de la cinéphilie (comme souvent chez Scorsese mais ici c'est carrément ze gross déclaration) débordent de toutes part pour m'atteindre finalement en plein coeur. Car je ne le cache pas, j'ai adoré Hugo Cabret. Le style visuel, doux et éthéré; les acteurs tous au diapason (on a envie de serrer dans ses bras le jeune Asa Butterfield, que Chloë Grace-Moretz soit --une fois de plus après Kick Ass-- notre petite soeur idéale, que Jude Law soit toujours là pour nous protéger, que Ben Kingsley se mette à tourner des films...); l'hommage au cinéma muet (de Méliès of course mais aussi Chaplin, Lloyd et tant d'autres) mais aussi à une Paris idéalisée qui est autant symbolisée par sa gare Montparnasse à la fois réelle comme fantasmée (où Scorsese rejoue le grand déraillement du train qui ravala sa façade en 1895) que ses rues qui bien souvent, par le biais de l'imaginaire d'Hugo deviennent autant de rouages et de veines où la lumière (l'électricité comme la symbolisation de l'invention, de la magie des premiers temps) révèle tout.

 

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Ma plus grosse crainte, c'était la 3D. Comment Scorsese allait-il faire pour adapter le roman graphique (sublime) de Brian Selznick en en faisant pas qu'une simple illustration ? Comment tirer parti d'un moyen qui continue encore bien souvent de se révéler gadget entre les mains d'autres ? La 3D avouait judicieusement Herzog aux cahiers du cinéma lors de la sortie de son film La grotte des rêves perdus, il faut la penser. Simple comme tout, mais encore faut-il justement accorder du temps à cette pensée dans un monde où tout va dorénavant très vite. Trop vite. A ce jour curieusement (c'est un avis subjectif mais je pense que d'autres l'approuveront sûrement), seuls une poignée d'auteurs de cinéma s'y est frotté et y a réussi. Cameron, Wenders, Herzog... Finalement Scorsese comprend comme les autres le bénéfice de la profondeur qu'on peut en tirer (plan-séquence hallucinant qui rentre dans la gare par l'extérieur --de là où partent les trains-- avant de longer les quais en ligne droite, frontalement jusqu'à arriver à Hugo) sans chercher à vouloir en faire trop (le bidule qui vous rentre dans la gueule).

 

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Visiblement le film divise pas mal les cinéphiles une fois de plus, comme toute la production Scorsesienne des années 2000 au fond, depuis le grand tournant de Gangs of New-York. Et au fond c'est bien compréhensible si l'on y regarde de plus près. Déjà, a y regarder de plus près, le chemin de l'ami Martin prend des voies ouvertes et constamment surprenantes, en mutation depuis une décennie. Déjà, Gangs of New-York, fresque ambitieuse, grand film malade pour les uns, chef d'oeuvre pour les autres, irruption de Di Caprio nouveau comédien fétiche du cinéaste reconnue par tous. Un Di Caprio qui va grandir et muter au rythme de son parcours Scosesien avec Aviator peu après. Aviator, un biopic déguisé d'Howard Hugues. Scorsese aime les bipics, ce n'est pas nouveau, même s'il dépasse l'aspect purement bio (Aviator, c'est pas Ray hein) pour constamment bâtir une fiction démesurée dont il a le secret. Kundun aussi était un biopic déguisé. Et n'oublions pas La dernière tentation du Christ et Raging Bull, qui ne cachaient nullement leurs atours. Puis les Infiltrés. Un énième film de gangster Scorsesien. Un remake surtout à la base, nuance qui ne cache pas l'intérêt cinéphilique de son réalisateur pour tous les cinéma (voir ses documentaires sur le cinéma italien et le cinéma américain) et la volonté de recréer intelligemment, de partir d'une base existante qu'on va remodeler profondément. Shutter Island et Hugo Cabret partent aussi de bases existantes puisque tirés de romans. A nouveau la volonté de rester fidèle tout en se démarquant. Et surprendre une fois de plus car ici, nous ne retrouvons pas Di Caprio, preuve s'il en est que Scorsese ne se contente pas d'univers figé dans ses propres marques.

 

Et puis la cinéphilie parlons-on. Parfois j'aurais envie de caillasser moi-même les fans pour leur intolérance vis à vis d'un créateur quand il décide de ne pas répondre à leurs exigences et fausses attentes. Je connais, j'ai failli moi-même me caillasser quand j'ai vu le tournant qu'a opéré David Cronenberg à la fin des années 90. Avant d'évoluer et curieusement, d'appréhender beaucoup plus son cinéma. Scorsese n'a sans doute plus envie de faire un énième film de gangster, qui sait ? D'ailleurs il s'occupe déjà de la série Boardwalk empire (avec des gangsters, haha. Surprise) et il semble le faire très bien. Les reproches qu'on pourrait ensuite faire au film même en étant un cinéphile ouvert et dont Scorsese ne figure pas parmi les mentors à admirer (je me cite, Scorsese ne figure pas dans mes cinéastes préférés, eh oui ! Non, lâchez ce cageot de tomates avariées voulez-vous) : la lenteur et le manque de rythme, le fait qu'il ne se passe pas grand chose apparemment, que les personnages pourraient être ternes... 

 

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Mais bon sang, tout cela participe à l'ambiance et l'appréciation du film. Evidemment c'est subjectif mais quand on connaît la cinéphilie de Scorsese (notamment envers Antonioni ou Fellini, voir son voyage en Italie, magique), on sait qu'il va pas faire un film à 100 à l'heure. Scorsese est de l'ancienne école et comme les plus grands, il n'a rien à prouver. Le manque de rythme ? Si ce n'est au cinéaste on doit l'imputer au roman alors. Perso je n'y ai pas vu de manque de rythme ou de passage à vide mais un approfondissement des personnages qui prend le temps de dévoiler leur psychologie. Vous savez, ce truc qui manque à de nombreux films de nos jours, des personnages bien construits, touchants, humains. Et les émerveillements et joies de Hugo et d'Isabelle ont étés les miens. J'aime beaucoup le cinéma muet et j'y vois une source inaltérable de magie et de choses à découvrir, alors c'est un bonheur de voir Scorsese faire figurer dans son Hugo beaucoup d'extraits en tous genres, même des premiers temps (comme ce film muet où un homme avec son revolver tire sur vous, culte... quand on est un cinéphile connaisseur néanmoins). Et puis surtout du Méliès.

 

J'ai découvert Méliès en même temps que Chaplin, très tôt, en VHS quand ça ne passait pas à la télé sur FR3, France 3 en même temps que les Tex Avery. Soit le matin, soit le soir. Puis ma grand-mère a eu les Temps modernes en K7. Et Le Dictateur. Qu'est-ce que j'ai pu les voir étant gosse ces films. J'ai limite cru que le cinéma muet ne se limitait qu'a cela. Avant de me recevoir des coups en pleine gueule avec Lang et Murnau par exemple. Le succès d'un The Artist prouve qu'au délà du défi technique d'aujourd'hui (comme faire un film en couleur ou parlant devait être quelque chose d'incroyable et anachronique dans la première période du cinéma), on semble peut-être rechercher consciemment ou inconsciemment encore un peu de ce patrimoine du passé. Et ce passé, pour moi Scorsese l'a fait jaillir avec une incroyable douceur et humilité.

Hugo Cabret est le plus beau dernier film de 2011. Ou le premier grand film de 2012. 

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lundi 2 janvier 2012

Bonne fin du monde à tous.

 

"Prenez un cercle, caressez-le, il deviendra vicieux." (Ionesco)

 

2011 est morte, vive 2012gneee

 

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Ce dessin n'est pas de moi mais je l'aime quand même. (© Moosekleenex)

 

So, here we are. Nous sommes entrée dans le vaisseau-univers 2012. Que nous réserve-t-il ? Pourquoi tant de mystères ? Aurons nous prospérité, paix et un peu de joie de vivre ? Pourrons-nous écarter les doigts comme ce satané vulcain de Mr Spock ('paraît que certains y arrivent très bien) ? Ed-wood verra-t-il Hugo Cabret et surtout aimera t-il ? Nio trouvera t-il enfin une élue à son pauvre petit coeur malmené par la vie et les courants marins (*) ? Les prédictions Maya concernant la fin du monde (qui devraient nous tomber en plein le 14 juillet selon le film des frères Larrieu qui se basent dessus) vont-elle arriver ? Ou bien, s'apercevra-t-on que ce n'est qu'une vaste grosse blague de plus comme le bug de l'an débile (**) ? Ouvrira t-on une porte sur des dimensions parallèles entre M° Opéra et la gare Saint-Lazare ? Tant de questions qui n'appellent que des réponses incertaines.

Des résolutions ? J'en ai pris peu et à chaque fois je m'en mords les doigts car elles s'avèrent difficilement réalisables. Tout au plus je peux... Ha mais non tiens, je vais les garder pour moi, tant elles se comptent sur les doigts de la main, non mais.

 

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Ce dessin n'est toujours pas de moi mais je l'aime aussi. (© Asahinoboru).

 

Récapituler 2011 ? Inconscients, il est déjà trop tard, nous voilà emportés sur les flots ardents de 2012 ! Oui je sais c'est dur, même moi j'ai du mal, à chaque fois j'ai envie d'écrire 2011 quand je dois mettre une date. Mon corps a un pied dans le futur, mon cerveau un autre dans le passé. Tiens, parlons de cerveau. Vous saviez, vous, que la loi de Murphy (***) ne dépend pas que du hasard mais de la façon dont vous interprêtez les choses, donc d'une partie de comment votre ressenti va naître dans votre cerveau ? Ressenti qui sera lui-même intégré à des données plus complexes (****) qui fournissent tout aussi bien les causes et les conséquences ?

Je ne sais pas pourquoi je vous parle de cerveau tout compte fait. Parce qu'une part de moi reste cérébrale (d'où certains films ici) sans doute, que l'autre part est plus physique (d'où certains films ici). Les deux faces d'une même pièce. Le Yin et le Yang. Ma fesse gauche et ma fesse droite (des experts avisés vous diront qu'elles n'ont que peu de ressemblances entres elles).

 

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Ce dessin est de moi et je l'adore mais avouez que vous vous en fichezgneee

Sur mon autre blog je fais plus sobre pour le nouvel an sinon.

 

Tout ça au fond pour quoi ? Pour expliquer mon ressenti et relancer la donne vis à vis de ce bon vieux blog, un peu comme dans un vieux couple quand on relance la flamme en soufflant lentement sur les braises ? Oui peut-etre bien. J'ai failli souvent abandonner ce vieux blog, vous l'auriez remarqué. Et puis non, je lui suis resté fidèle. Parce qu'il a su évoluer lentement, je ne sais pas. Parfois il est vain d'essayer d'expliquer la magie. C'est un certain Michael Caine qui disait ça je crois, devant ses fidèles cinéphiles que sont Christian Bale et Hugh Jackman.

Mais évidemment vous n'êtes pas obligés de me croire.

Bonne année 2012, du coup !

 

 

 

 

 

 

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(*) J'avais envie de placer du Dagon ici mais c'est loupé.

(**) Avouez que vous l'avez déjà oublié celui-là.

(***) On m'a offert un livre sur la loi de Murphy pour le Nouvel an. J'aime bien ce genre de cadeau un brin tordu, j'avoue.

(****) Je simplifie vachement sinon on est pas couchés.

Posté par Nio Lynes à 23:14 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
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