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Comment évoquer un amour s' étirant sur toute une vie ? Une vie entière consacré à l' être aimé alors que celui ci disparaît de votre vie après une simple rencontre ? Bien sûr, vous espérez le revoir le temps passant... Mais après plusieurs années le doute commence à s'installer sérieusement en vous... Et si il était mort ?...

Millenium Actress de Satoshi Kon est une ode poignante et déchirante à l' amour ainsi qu'un hommage fabuleux à plus de 40 ans de cinéma japonais, à travers le destin d' une actrice de cinéma, avant, pendant et après la seconde guerre mondiale, qui brusquement, stoppera sa carrière au début des années 70...

Pour quelle raison...?

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Après de longues recherches, un producteur de cinéma et son caméraman retrouvent la trace d'une ancienne star de cinéma, vivant depuis plus de 30 ans en recluse. En effet, Chiyoko stoppa brusquement sa carrière pour disparaître et vivre une retraite paisible jusqu' a aujourd' hui, où à 70 ans passés, elle reçoit la visite de ces deux hommes. Le producteur, un ancien fan lui remet à ce propos une étrange clé...

Tout comme l' excellent thriller Perfect Blue (son précédent et premier film), Millennium Actress a ce point commun fabuleux de mêler réalité et illusion. Dans Perfect Blue, l' héroïne Mima, voyait sous la contrainte de la fatigue et de la paranoïa envahissante ses hallucinations se mêler à la réalité. Dans Millennium Actress, Chiyoko en remontant dans ses souvenirs imbrique sa vie personnelle et celle professionnelle en une seule et même vie dont le flot continue, au seul but de retrouver l' être aimé, celui qui la motive à continuer de tourner mais aussi de vivre, car l' amour n' est il pas le moteur de nos vies ?

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Ce qui est fascinant c'est que la réalité (l'interview) se mêlange à la fiction cinématographique (les films de Chiyoko) et à la vie intime de l' héroïne avec une grande fluidité. Pas de montage hystérique, ni flashbacks avant-arrière comme ceux qui m' avaient énervés sur un (très) long dimanche de fiançailles. D' ailleurs le film comparé à ce dernier, ne perd pas de vue ses enjeux chronologique. Un long dimanche de fiançailles avait une écriture fractionnée en flashback avant/arrière, souvent suite à une découverte importante, un leitmotiv toujours différent qui relançait l' histoire --C'est le même genre de méthode qui est aussi utilisée sur le moyen Ghost of mars de John Carpenter aussi je précise--. Millennium Actress lui, suit le cours chronologique de Chiyoko au moment où elle raconte comment elle fut engagée sur son premier film jusqu' a la fin, sans qu' on ne soit balloté sur le navire tangeant qu' est le film. Les films se suivent et ne se ressemblent pas, seule reste la quête de Chiyoko pour cet homme inconnu qui lui a donné cette clé. Clé qui sera perdue pourtant dans le studio de cinéma et retrouvé par ce producteur...

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Et cette clé de nous interroger plus encore. Quelle est son rôle ? Est ce donc ce qui ouvrira plus encore les portes du coeur de Chiyoko ? Car notre jeune actrice, bousculée dans sa vie par l' artiste peintre qui lui a remis cette clé, sent monter en elle, un amour qui années après années, grandira de plus en plus en elle. L' amour fou. Et c' est en se rappellant son amour pour cet homme qu' elle trouvera sa force et son aisance dans son métier d' actrice. Et les années passant, on s' aperçoit qu' elle ne joue pas. Face à tous les acteurs, elle ne joue pas, elle ressent vraiment les situations, elle est en plein dedans. L' amour fou envers le cinéma (personnifié par abstraction comme remplacement psychologique de l' être qui lui est cher) dirigeant toute une vie.

Mais un jour, un matin, après un tremblement de terre sur le tournage d' un film de science fiction, elle laisse tout tomber et quitte les studios de cinéma pour ne plus jamais y revenir....

spaceuh

Millennium actress n' est pas un film facile. Il ne s' adresse pas à tous les publics. Si vous êtes quelqu'un d' ouvert, sensible un tant soi peu et que vous laissez parler votre coeur et vos émotions quand vous regardez un film, alors oui, ce film, ce chef d' oeuvre sensible à la fois gai et triste est fait pour vous. Il vaut bien tous les long dimanches que vous voudrez pour trembler, vibrer et pleurer, car il entrera en résonnance avec votre âme.

Je vois déjà des mauvaises langues dire "Oui mais c'est trop facile de démolir le film de Jeunet parce que tu ne l'as pas aimé, pas apprécié, que c' était sans doute pas pour toi etc" ou bien "comment peut tu apprécier un film d' animation un  vulgaire manga japonais à un chef d' oeuvre comme celui de Jeunet ?". Bon là, pour ceux qui penseraient ça (si si fidèles lecteurs, ça existe ce genre de personnes...), là c'est vous qui êtes un peu de mauvaise foi. D' abord c'est de l' euphémisme débilitant de dire manga japonais. On sait que c'est japonais comme le manwha est coréen, comme le comics est essentiellement en grande partie américain. Ensuite, manga c'est sur papier, donc on dira plus film d' animation pour les 12 images par secondes (contre 24 pour l'Amérique et l' Europe). Et puis non, je n' ai pas totalement détesté le film de Jeunet. J' ai bien aimé plutôt mais de nombreux défauts l' entachent à mes yeux notamment le fait que de nombreux personnages sont creux et sans saveur. Dans une fresque (bourrées justement de personnages en tout genres) de presque trois heures, on le sent lentement monter l'ennui...

Et sinon, même après un second visionnage, le film ne tient pas la route. Beau film mais pas un chef d' oeuvre. Moins prenant aux tripes que le livre d'où il est tiré (que je recommande plus que le film c'est dire...), on se désole en se disant que c'est quand même un bien beau film sur la quête de l' être aimé disparu, mais comparé au joyau qu'est Millennium Actress, Jeunet repassera...

Ma compagne vous aurait dit que je suis facile à verser dans la petite larme et Millenium Actress m'a touché à ce niveau.

Il n' en faut pas plus aussi pour que ce soit vous qui soyez touchés. Ouvrez vous au destin de Chiyoko pour ne plus en revenir.

Chef d' oeuvre et prix de l' animation amplement mérité...