Et oui il est là, E.T l' ami du petit déjeuner...ZAAAAAAAAAAAP...
* Poussière qui vole...*

gueguerremondiale

Ray Ferrier est un docker divorcé et un père à vrai dire pas terrible, limite beauf. Quelques minutes après que son ex-femme et l'époux de cette dernière lui ont confié la garde des enfants, un puissant orage électromagnétique éclate. Ray assiste alors à un spectacle qui bouleversera à jamais sa vie. L' apparition d'une forme de vie extraterrestre évoluée sur Terre. Pourtant le premier contact sera loin d' être pacifique...


   De nombreuses personnes (voire presque toute la population terrienne pour faire dans le ton de la chronique) n' ont pas aimé le film de Spielberg le jugeant soit pourri, soit dépassé, soit trop américain et toutes les conneries qu'on peut dire sur un film quand on s' avoue mécontent ou déçu. Oui, qu'on soit énervé avec le film, je peut le comprendre, une invasion extraterrestre, ça fait pas de cadeau hein que voulez vous, on va tous mourir mais ça ils ne l' ont pas compris. Les imbéciles (je pèse mes mots) qui ont jugé le film "pro-américain" eux, n' ont en plus de n' avoir pas aimé, rien compris. Y'a de la politique dans ce Spielberg ? Nullement et dans aucun Spielberg (quoique Munich chais pas...) que je sache et puis ce n' est pas Independance Day avec le président qui prend son beau navion pour partir les exterminer le jour de la fête nationale de l' Indépendance. Bush pilotant un F-15, même Steven n'y croit pas trop c'est dire.

D' ailleurs je voudrais signaler l' heureuse initiative d' avoir doté le film d' un point de vue suggestif à travers la vision (et seulement ce que Ray croise et voit) qu' a Ray de l' invasion extraterrestre, ce qui renforce l' immersion dans ladite invasion (bien vu ça). Et comme le personnage n'est rien de moins qu'un vrai beauf (!) et n' est pas bouffé par son égo, l' identification n' en est que plus simple.
Encore un mot sur les gens qui râlent vis à vis du film en lui cherchant des ptites bêtes. Le fait que Cruise soit le seul a avoir une voiture en étât de fonctionner ? Le contacteur qui a été changé, faut suivre le film un peu... Le fait que la fin soit expéditive ? Non pas tant que ça, la clé du film est donné dès l' ouverture et la fermeture avec les éllipses de la feuille, faut suivre un peu là aussi et avoir vu l'ancienne version ou lu le livre un minimum. Ah oui, c'est sûr c'est un film catastrophe mais bon, c'est pas non plus pour le beauf lambda, on se sert un peu de son cerveau chez Spielberg (d' ailleurs Steven, tu es trop gentil avec le spectateur...Dans Minority Report tu n' étais pas obligé de tout expliquer, ça lourde un peu la fin du film bon sang. Une prof me disait en voyant mes dissertations et jeux de mots de continuer : "Fais confiance au lecteur" me disait elle. Steven, fais confiance au spectateur...Même si le Q.I a sacrément baissé depuis la prise de pouvoir de Bush je suis d' accord), eh oui !

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Et puis film catastrophe ou pas, c'est pas Mickael Bay non plus hein.

    D' Un point de vue technique, parlons en un peu avant de revenir dans le film proprement dit. Comme pour les Spielberg post 2000, la photographie de l' image est lumineuse, très lumineuse, dû au fait que Steven utilise une caméra numérique comme son ami Lucas ainsi que diverses retouches mais celà n' est que peu gênant heuresement sauf au début du film. Bien sûr la première scène avec les tripodes extra terrestres baignée de lumière est primordiale et bien Spielbergienne tout a fait dans les thématiques du réalisateur (par exemple la lumière chez Spielberg, en référence au traumatisme de la lumière aveuglante de la naissance, est toujours inquiétante et source d'un certain danger, il n'y a qu'a voir les scènes baignées de lumière de Rencontres du 3e type ou E.T), bien sûr que le fait de ne les montrer à ce moment en contrejour, sauf pleinement dans un reflet de vitre annonce tout le côté menaçant de la chose mais quand même ça fait presque mal aux yeux. Même dans Arrête moi si tu peut (pourtant brillant du point de vue de l'image), Minority Report ou Avalon, j'avais pas mal aux yeux mais ce n'est qu'un détail parce que j' aime bien râler un peu, passons. Le son ? Hallucinant, très bien rendu, le 5.1 comme le DTS font tout péter du tonnerre à tel point que j' ai eu une peur panique à la deuxième vision du film en home cinéma vu que je l' avais vu déjà sur grand écran : les sons, la musique, le tempo grandissant vers la noirceur, tout ce qui fait frissonner m' était resté en mémoire et ressorti en pleine séance avec ma mère et mon frère il y a une semaine. Un état physique comme ça, je n' en ai pas connu depuis Tarkovski, Oshii, Kubrick et Miyazaki d' ailleurs et rien que pour retourner à ce point les tripes, Spielberg est un grand réalisateur mais ça on le savais déjà.

La musique de Williams ? Du tout bon, un mix entre l' inquiétude grandissante aux violons façons Dents de la mer et une attente avec des percussions surgies de l' épisode I de Lucas. Bon, ça, bon !

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Sans doute l'une des plus belles idées, une invasion vue par le prisme des gens qui se font inexorablement détruire, ainsi ce camescope numérique qui vient de tomber devant nous où les gens courent sous la panique ne fait que renforcer l' illusion de réalité. Frappant.


    Autre point technique pour parler du dvd donc, les menus. Si le menu d' ouverture est assez sublime sur fond de nuages noirs annonçant bien la teneur (cf photo suivante), les autres restent finalement assez simplets. C'est l' édition simple ok, mais on aurait pu faire un petit effort. Même remarque de ma part pour les scènes de chargements entre deux menus qui dévoilent des pans entiers du film. Pour celui qui n'a pas vu le film, c'est malin tiens...Comment faire disparaître déjà l' effet de terreur digne de magie de la première vision...Grmbl...

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   Un mot sur les acteurs avant de rentrer dans le film aussi. Tom Cruise ? Bien, bien. Mieux que dans Minority Report même. Jeu simple, sobre et pas trop embêtant. Dakota Fanning est elle, LA révélation du film, tout comme Haley Joel Osment volait la vedette à Jude Law dans A.I. Rien à redire, son interprétation est au diapason et même si dans le rôle d'une gamine surdouée, on grince un peu des dents en se rappellant d'une petite Drew Barrimore largement plus innocente, fraîche et naïve dans E.T, elle n' empêche que la Dakota Fanning a tout d' une grande, d' ailleurs c'est une grande. Pour l' information, elle a déjà joué pour Spielberg dans la série Disparitions (Taken) et s' en sortait déjà pas mal. Tim Robbins et Miranda Otto ? Le premier joue bien le rôle d'un pauvre homme ayant sombré dans la peur primale même si je ne lui trouve pas la carrure exacte du rôle tandis que la seconde fait juste de la figuration en mère enceinte au début et à la fin. Pauvre Eowyn de Jackson, on pourra pas dire que t'aura eu un grand rôle là, enfin bon c'est déjà sympathique.

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Oué, oué c'est bien l' Eowyn... A côté c'est pas Aragorn par contre...

Bon et maintenant votre film du samedi soir (mode Tarantino et Shaw Brothers On) ! Celà commence lentement avec une ellipse présentant l'intérieur d'une goutte d' eau, les bactéries sur narration voix Off par Morgan Freeman, le André Dussolier américain (qui narre aussi la version américaine de la marche de l' empereur c'est dire), et ma foi j' aime bien ce timbre de voix... Puis pendant 20 minutes, le décor est posé : Ray est un docker beauf menant une vie misérable et divorcé. Il n'a pas su gérer le bonheur avec sa femme et comme un vieux remords, celà lui revient en voyant son fils adolescent qui ne le connait plus, ne le respecte plus (l' ado tête à claques qu'on a envie de baffer) et sa fille qui ne lui demande que très peu son avis, végétarienne et un peu hautaine. Dès le film, Steven vise là où il faut. Ainsi LGDM (abrégé, ça va plus vite) au contraire de Independance Day aborde le monde juste par le peu de parcelles qu'on en connaît, l' information télévisuelle (l' Ukraine), le bouche à oreille (le Japon), histoire de renforcer le spectre limité que nous avons nous aussi tous et permettre une identification presque totale. Les minorités elles aussi ont la part belle, Steven évite de les laisser de côté et les intégre dès le début dans les deux banlieusards amis (un black et un métis à bonnet) qui discutent avec Ray, histoire de renforcer le lien avec le spectateur. Tout est dit, l'invasion alors sous jacente grâce à l' orage magnétique et à la rupture de toutes communications (le meilleur moyen d' attaque, on le sait depuis la 1ere guerre mondiale, c'est l' isolement) peut alors commencer. Les tripodes sortent du sol (mouais bon, le fait qu'on ne les ait jamais remarqués, c'est un peu gros quand même je trouve...Steven aurait dû garder le côté "vaisseaux venus d' ailleurs" du livre de Wells et du film de Byron Haskins de 1953 mais soit...), lentement comme une menace lente et évidente. Les gens regardent, s' approche de la chose métallique qui ne bouge plus, interloqués, surpris, curieux (un peu comme dans l' état d' esprit de la première rencontre sur la plage dans le livre de Wells). Leur noirceur et leur côté félin, comme des prédateurs bondit alors aux yeux et alors que la musique monte lentement, on comprend qu'il y a un truc pas net. Courez, fuyez, reculez, mais ne restez pas là, a t'on envie de dire.

Trop tard.

La violence de l' attaque surprend d' autant plus qu'elle est d'une incroyable et douloureuse brutalité : les hommes sont désintégrés en cendres par les rayons ardents, les vêtements volent pour planer lentement (à noter une scène limite morbide et poétique où les vêtements volent dans un sous bois sous une lumière bleue), et les mêmes rayons passent aussi bien à travers les vitres (lors de la course de Cruise) qu'ils sectionnent le bois et le fer avec une efficacité monstrueuse (cf les toits des maisons, le pont qui s' écroule) à tel point que les tripodes paraissent presques indestructibles et que rien ne peut entamer leur lente extermination de l' humanité. D' ailleurs toute résistance est vaine, ils ont un écran de protection (un clin d' oeil au film de 1953).
Mieux vaut fuir et c'est l' éxode sur déjà toutes les routes...

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      Sur un plan référentiel, le film de Spielberg s' inspire aussi bien du livre de Wells que du film de 1953 dont il reprend les principaux ingrédients. Bien sûr, il n'y a plus la quête d' errance du narrateur issue du livre, pas plus que le couple homme fort Ugh !-femme godiche, criante et molle Ugh ! propre aux 50's mais il reste la scène traumatisante de la maison sous les décombres (déjà dans le livre et film de 53), la séquence traumatisante de la première rencontre avec les tripodes (fortement calquée sur celle du livre), le parallèle avec le ferry (une cannonière dans le bouquin de Wells), l' herbe rouge (le point le plus marquant du livre), les noms repris du livre (Ogilvy, Ferrier) ainsi que la fin déjà géniale et culte du livre comme du film de 53. D' ailleurs ceux qui n'ont pas compris la fin du Spielberg devraient se revoir la fin du Film de Haskins et relire le livre. Là Spielberg à plus montré toujours sur le plan subjectif que de se perdre en explication comme dans Minority...Et c'est tant mieux, l'impact n'en est que plus fort.

En plus Steven en profite pour se réapproprier personnellement le film et mettre des nouvelles idées bien dans l' ambiance crépusculaire : le train qui brûle encore (!!), la plaine d' herbes rouges presque s' étendant à l' infini (plan sublime), les restes de vêtements qui volent...


    Mais il y a surtout une seconde vision, une seconde lecture propre au film, incroyablement personnelle, à laquelle tout le monde n'y a rien vu, et sans doute pour ça qu'ils n'ont pas compris et aimé. La guerre des mondes est un film profondément nihiliste tant dans sa forme que son fond : les extraterrestres sont assimilés aux nazis, et les ravages visibles qu'ils causent sont révélateurs du traumatisme post-11 septembre 2001. Cette poussière d' humain que Cruise à jusque sur ses cheveux et vêtements c'est comme les décombres et la poussière des Twins towers, cette avion écrasé près de la maison, sans passagers, c'est aussi une énorme réminiscence du 11 septembre mais non, les gens passent à côté, allez savoir, ils recherchent un divertissement tout fadasse pour se vider les neurones. Oh tiens y'a Armaggedon, je crois qu'ils vont aimer...
Et puis cette métaphore du vampirisme vue hors cadre, où les extraterrestres boivent de l' humain parce que c'est riche en protéïnes, ça fait pousser l' herbe rouge, c'est bien ça. Au délà de cette vision noire, le message est clair, l' envahisseur c'est celui qui nous engraisse pour finalement nous aspirer et nous laisser mourir vide au soleil.

Rarement un Spielberg ne parlant de politique aura pourtant été aussi agressif, rentre dedans et engagé, bref génial.

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Un Spielberg indispensable. Du moins faut il le voir...Et l' avoir je dirais^^
Et pour ceux qui pestent contre la fin, je les envoie lire cette excellente chronique :
http://critikcine.canalblog.com/archives/2005/07/07/634340.html

Lisez le spoiler intelligent masqué par typo blanche (décidement on joue sur les apparences...).


Voiloù.

Et en écho, la chronique 50's du Patchworkman !

Ah là là que demande donc le peuple...?