Chroniques visuelles

Chroniques de dvd, films et autres...

lundi 12 juin 2006

La part des ténèbres

tenebres

Voici une petite association sympathique entre 2 maîtres de l' horrifique, j' ai nommé Stephen King pour l'un, George A. Romero pour l' autre.

La part des ténèbres s' inscrit dans une thématique chère à King, la perte du contrôle, sur sa vie, sur les évènements et l' horreur crescendo. Le livre à la base semble lui-même une extension d'une nouvelle pourtant parue après("Vue imprenable sur jardin secret") où King à déjà mis concentré tous les élèments en place comme il le dit dans "minuit 2" :

"Il y a quelques années, j' ai publié un roman, "Misery", dans lequel j' ai essayé de décrire au moins en partie, le haut degrès d' emprise que peut atteindre la fiction sur l' esprit du lecteur. L' an dernier, j' ai publié "la part des ténèbres", effort pour illustrer l'inverse : le degré d' emprise que peut atteindre la fiction sur l' auteur. Alors que ce dernier livre était encore à l' état de brouillon, j' ai commencé à penser qu'il existait peut-être un moyen de raconter les deux histoires en même temps, en abordant certains des élèments de l' intrigue de "la part des ténèbres" d'un point de vue totalement différent. Ecrire, me semble t'il, est un acte secret --autant que rêver-- et c'était là l'un des aspects de cet art étrange et dangereux sur lequel je ne m' étais jamais beaucoup attardé"

Le film de Romero illustre bien l' étrangeté pourtant commune à la nouvelle "Vue imprenable sur jardin secret" et "La part des ténèbres" puisque dans les deux (3 en comptant le film) cas, un être fictif revient d'on ne sait où pour accuser réparation donc se venger.

L' histoire : L'écrivain Thad Baumont désire prendre quelques distances avec les romans d'horreur et plus particulièrement avec George Stark, le pseudonyme sous lequel il écrit. Baumont décide alors de mettre en scène l'enterrement de George Stark et, par la même occasion de s'offrir un peu de publicité. Mais lorsque les gens de son entourage meurent dans des circonstances horribles, et que ses propres empreintes figurent sur les lieux des crimes, Baumont comprend que Stark a une vie propre... et qu'il est bien décidé à se venger...

Dès les premiers plans on comprends qu'on est chez Romero. L' horreur même gore (ohhh pas tant que ça, on est pas chez "Zombies" msieur dames non plus. En fait seuls le début et la fin choquent et marquent de par les plans parfois extrêmes) y est intellectualisée presqu'a outrance. Et qu'importe si Romero ne peut pas ici faire dans la critique sociale, on ne comprend que trop bien ce qui l'a attiré sur le projet : le thème de l' identité, du double, de la folie.

Sans trop dévoiler le film, Thad a bien en effet sa part de ténèbres, qu'il admire au début avant de lentement déchanter. Le pseudonyme qu'il avait pris pour écrire ses histoires mi-gores, mi-cochonnes (hmm, qui a dit Stephen King ?) représente une certaine image sans concession de l' homme viril presque cow-boy qui sans non plus faire dans le Eastwood reste très monolithique. Et cet être au départ, qui n' est seulement qu'un nom s' avère aussi commencer à avoir une vie propre dès que Thad essaye de le "tuer" , un peu comme l' écrivain de Misery décidait de se débarasser de son héroïne pour enfin faire autre chose. Sauf que c'est contraint et forcé qu' au départ il décide d' éliminer george Starck avant de lentement s' apercevoir de son erreur.

Bien sûr il hésite lentement mais poussé par les gens et même enterrant en grande pompe son pseudonyme, il le regrettera en lui même tant Starck semblait proche de lui, et pour cause, c'est sa part sombre, tellement sombre qu' elle ne peut que venir des ténèbres, un peu comme ces oiseaux qui sont toujours là quand il écrit dans une sorte de transe. Mais est ce vraiment lui qui écrit ? Ne serait ce pas George qui lui dicterait par la pensée ?

Pas une grande adaptation de King ni un grand Romero mais un film sympathique avec 2,3 grands moments et de bonnes idées.

Il n'y a pas de bonus si ce n' est dvd mgm oblige, la bande annonce, même pas sous titrée. Les langues anglais, français, allemand et espagnol proposent toutes une bonne piste stéréo 2.0 (ouf on échappe au mono propre hélas aux Woody Allen snif).
Sous titres anglais, allemand, suédois, norvégien et danois. Pas de sous titres français ce qui semble étrange... Amis fans des V.O, vous devrez vous contenter de sous titres de la langue de Shakespear...

Posté par Nio Lynes à 18:59 - Strange... - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Dr King et Mister Bachman

Selon diverses sources, tout serait parti d'un doute. Après ses premiers succès, dus en grande partie au cinéma et au "Carrie" de DePalma, King se mit à douter de son talent d'écrivain: suis-je devenu une idole parce que j'ai un réel talent d'écriture, se demanda-t-il, ou bien ne suis-je qu'un label soudain mis en avant comme une marque de lessive? Mon succès est-il le fruit de mon travail et de mes compétences, ou bien celui de la publicité acharnée qui se fait autour de mon nom? Ainsi naquit Richard Bachman, pseudo sous lequel King publia certains romans de jeunesse et en écrivit d'autres. Personne ne connaissant Bachman, King repartait ainsi de zéro et serait bientôt fixé sur sa valeur objective en tant qu'écrivain. Néanmoins, le succès fut au rendez-vous. King rassuré, le secret put être levé et chacun apprit que les cinq romans publiés sous le nom de Bachman étaiant en fait de lui. Ce petit jeu schizophrénique ne pouvait qu'inspirer notre homme, et c'est ainsi que naquit "La Part des Ténèbres". Le petit jeu refit surface un peu plus tard avec le dyptique "Désolation" / "Les Régulateurs": les deux romans parus en même temps, le premier signé du nom de King, et le second de celui de Bachman (présent également en tant que personnage) se renvoient l'un à l'autre dans un jeu de miroirs pleins de clins d'oeil, un vrai régal pour les fans! Dernier avatar de cette schizophrénie simulée: la mise en abyme qui introduit King dans son propre rôle en tant que personnage de "La Tour sombre", écrivant l'histoire au fur et à mesure que les héros la vivent: King joue à Dieu et semble beaucoup s'amuser.
Bref, le thème du double a encore de beaux jours dans la littérature fantastique. Petit jeu: prend n'importe quel roman fantastique au hasard dans ta bibliothèque et relis-le: le thème du double y apparait forcémént quelque part sous une forme ou sous une autre!
Bibliographie: à lire absolument, "Le Double" de Dostoëvski(Folio): positivement hallucinant!

Posté par patchworkman, mardi 8 août 2006 à 20:12

Décidement après Woody allen qui mentionne Dostoïevski dans nombre de ses oeuvres notamment Match Point (chronique a venir ici...), si toi aussi tu m'en parles, va falloir que je m'y mette...

Pour la "tour sombre", j'avais entendu parler d'un King démiurge en effet mais je n'imaginais pas que ça deviendrait comme ça...Enfin je n'ai toujours pas lu les 3 derniers tomes de la tour sombre, j'attends desespérement que "J'ai Lu" qui aime bien nous enfiler jusqu'a la moëlle, les réédite en format poche. Non parce qu'en gros et malgré les sublimes illustrations, ça coûte cher.

Et pour la petite histoire, je peste un peu contre "J'ai lu" car ils n'ont même pas fait l'effort de réediter de nombreux écrivains de leurs domaines de SF, Fantastique et horreur, notamment Carolyn Janice Cherryh dont j'aime beaucoup les livres et dont le seul moyen de les trouver est maintenant pour moi l'occasion et les rares brocantes....

Posté par Nio, mardi 8 août 2006 à 21:48

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=148617&pid=2075215

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :