moomood

Grâce à la magie des vacances (enfin du peu que j'ai vu que je bosse snirfl), j'ai pu me revoir ce sublime film avec la Aude. ("Doudou corporation" une marque célèbre by Renata inc ©)

Parler de film commercial ou de blockbuster pour ce film s'avérerait fastidieux, voire déplacé ou incongru, à l'image des autres films de Wong Kar Waï. Contrairement à un certain Almodovar (cf, la déclaration du réalisateur espagnol, déçu que son "Volver" n'ait pas eu plus de prix que ça à Cannes...Sorry Pedro mais la mayonnaise que tu concocte commence à toujours être la même...(*)), Wong Kar Waï n'a jamais fait ses films en fonction d'un quelconque calcul si ce n'est celui d'incorporer le spectateur dans une logique du désir amoureux, de l'attraction amoureuse ou sexuelle.

Bien sûr, celà ne se voit pas vraiment pour ses premiers films.
Il y a certes des fulgurances dans l'excellent "les anges déchus" (1996 si je me souviens bien. Je conseille d'ailleurs ce film au Edounet) mais l'explosion n'est atteinte qu'avec le délice pop sucré qu'est "Chungking Express". Dans ce dernier, Wong Kar Waï mettait en place une histoire s'entrecroisant entre différents personnages dans une même ville, avec attirances réciproques et éllipses fabuleuses. Le système Kar Waï se mettait alors en place : La musique vecteur d'émotion en thème répétitif tel une valse ("california dreamer" des Mama's and the papa's si je me rappele bien) et des acteurs, oh combien séduisants (Tony Leung, dont on peut tomber fou amoureux tellement l'acteur à de la classe  http://ecritvain.jexiste.fr/miragev2/html/emoticons/love.gif  et la sublime Faye Wong, à se damner par terre...
Sans oublier des ralentis intemporels et des plans de corps à la fois immobiles/en mouvement...


In the Mood for love semble donc une sorte de réactualisation de Chungking Express puisque cette fois Wong Kar Waï use de tous les stratagèmes, toutes les techniques (sa patte personnelle) déjà précédemment employées mais va encore plus loin. Pour hypnotiser le spectateur dans l'époque du film (Hong-Kong de 1962), notre réalisateur se dote d'une photographie élegante d'où ressort chaque vêtement, chaque drapé, chaque couloir et tapis. C'est bien simple, c'est tellement beau qu'on touche avec les yeux (à défaut de toucher avec les doigts)  images/icones/icon18.gif  !

Ensuite la musique. D'un thème répétitif comme précédemment il en use et en abuse mais cette fois, pour figer la valse des corps aux ralentis et imprégner musicalement et visuellement la rétine du spectateur.

Les acteurs ? Diable, mais il y a Maggie Cheung. Et Tony Leung. Bref encore une fois, on est (presque) prêt à mourir pour eux...
Et tous ces non-dits amoureux et toutes les répétitions...Kar Waï l'a bien compris, l'amour ne naît pas d'un coup (du moins pas toujours) et pour qu'une histoire dure, il faut que la conscience s'installe. Ainsi nos héros répètent des situations qui les lient de plus en plus tel un acteur de théâtre qui ferait intimement partager ses émotions sur scène (ce qui est aussi le propre de certains grands films) et le désir, la mélancolie, le désarroi amoureux naissent.
Une main à serrer.
Une épaule où poser sa tête.
Une femme à réconforter.
Le regard de Tony Leung.
Le regard de Maggie Cheung.

Wong Kar Waï veut que l'on aime ses acteurs et abolit toute distance entre eux et nous : leur jeu de séduction s'adresse aussi bien envers eux-mêmes que nous et c'est là que l'on est pas épargnés par le film.

Tout le film porte sur le désir amoureux qui pourtant ne se terminera pas comme celà pouvait être espéré....


Bilan ?  Un chef d'oeuvre hypnotique au rythme lent (ce qui pourrait en gêner certains. Amoureux des films d'actions qui pètent dans tous les sens, passez votre chemin...) mais fabuleux.


Avis plus ou moins contraire de ma part : Sans nier les qualités esthétiques du film, il dépasse difficilement le cap de la seconde vision tellement il marque (que l'on aime ou pas) l'esprit. Dommage, ou alors faudra que je le revoie en... 2046.
Mais je maintiens que c'est un grand film.



(*) enfin, moi je reproche surtout à Almodovar de créer quelque chose qui sonne parfois trop artificiel et en ce sens "Volver" ne m'a pas trop convaincu.