mardi 25 juillet 2006
La nuit des morts vivants
Night of the living dead
(la nuit des morts vivants - 1968)

Barricadée dans une maison isolée, une poignée d' hommes et de femmes tentent de survivre face à une armée de zombies affamés. Mais la tension qui règne au sein du petit groupe de survivants s' avèrera tout aussi dangereuse...
Et d' un ! Pour ce film, qui est aussi son premier film, Romero et toute son équipe, font fort, très fort. Budget ridicule voire inexistant, jeu sur le noir et blanc assez brumeux, référence à l' expressionisme, caméra aussi mobile que celle de la Nouvelle Vague (Truffort, Godard et consorts...) et des effets spéciaux riquiqui... On joue à la fois sur le vu et le non vu (le non dit, qui marche toujours dans certains films d' horreur), tandis qu'une ambiance peu à peu malsaine s' installe. Les réfugiés ne sont même pas capable de s' entendre quand ils ne sont pas terrifiés par la peur. On se bat pour un fusil, d' autres tentent de s' enfuir --vainement-- en voiture, la radio débite des nouvelles peu rassurantes... quand elle marche.
Il faut noter aussi qu' avec ce film, Romero ose le pas bien avant d' autres : gros plan sur un cadavre en décomposition, festin anthropophage de boyaux et d'os humains et surtout un héros noir alors que celà n' existe pas encore (en 1968, il n'y a pas encore la vague de la "blaxploitation" avec Shaft et tous ses amis). Rendez vous compte, un héros noir, alors que dans les films américain, c'est le noir qui meurt en premier !

Le film reste encore redoutablement efficace de nos jours qu'hier :
comme le dit Stephen King dans un numero spécial Romero de Mad Movies :
"Lorsque
quelqu'un m'affirme que les films d' horreur ne lui font plus peur, je
l' invite à faire l' expérience suivante. Allez donc voir le nuit des
morts vivants, et allez y tout seul (avez vous remarqué que la plupart
des spectateurs de films d' horreur arrivent en couple, en groupe et
parfois en meute ?). Ensuite reprenez le volant, rendez vous dans une
maison abandonnée, en ruines. Il y en a une dans pratiquement toutes
les villes. Entrez. Montez jusqu' au grenier. Asseyez-vous. Ecoutez la
maison qui craque et qui gémit autour de vous.Remarquez à quels points
ces bruits ressemblent à ceux que pourrait produire quelqu'un ou
quelque chose qui monte l' escalier. Humez l' odeur de la poussière. De
pourriture. De décomposition. Repensez au film que vous venez de voir.
Vous êtes assis là dans le noir, incapable de voir ce qui s' approche
de vous... Ce qui va peut-être poser une main sur votre épaule...ou sur
votre gorge."

Il faut aussi noter l' aspect du film en noir et blanc, ressemblant à un film des années 30 ou 40, ce que cherchait Romero : un aspect petit film du soir comme ceux qui passaient sur la télévision. Mais un petit film aux allure de drame social sous emballage de gore. Tout passe à la moulinette du reflet social : la ségrégation, le racisme, la peur de l' autre, de l' inconnu. L' amérique alors dans la guerre du viet-nam, une poignée de réalisateurs plus ou moins indépendants s' engageront alors dans un cinéma dur, sans concessions ni humaines, ni politiques. Des gens tels que Denis Hopper (Easy Rider), Sam Peckinpah (les chiens de paille), George A Romero....
Il faut aussi que j' évoque la musique de ce truc, ce bidule, ce film, cet ovni. En plus de l' image photographique brumeuse comme issue d'un mauvais rêve on peut ajouter une musique plus ou moins planante, aux effets de réverbération, de samples et d' orgue distendu, comme quelque chose de pourri à travers la bande originale, une menace qui plane lentement. A l' image de son film, la musique participe du rêve éveillé.
Extraits du Mad movies spécial Romero :
Quel but poursuiviez vous en écrivant et tournant "la nuit des morts vivants" ? Derrière la façade d' un pur film de terreur il y a autre chose...
Romero : J' ai seulement essayé de dresser le tableau d'une société en pleine mutation, tant au niveau politique que social. Le film traite des contractions de toute une génération, de la structure même de cette société. Je n' avais pas l' intention de délivrer un message quelconque. Simplement de dresser un constat, de tendre un miroir à un système sur le point d' imploser, d' exacerber les problèmes de communication, de dialogue entre individus. J' ai lu des interprétations très savantes de mon film. J'y ai appris que j'y avais mis des choses dont je n' avais pourtant pas idée. Peut être tout ça est-il sorti de mon subconscient.
Le choix d'un comédien noir dans le rôle principal ne pouvait pas être innocent, surtout que vous avez tourné le film deux ans seulement après les émeutes raciales de Watts....
R : Pourtant ça n'a rien à voir. J' ai donné le rôle de Ben à Duane Jones pour deux raisons : d'abord parce qu'il comptait parmi mes amis, ensuite, parce qu'il était le meilleur des comédiens que j' ai auditionnés. Je ne me suis jamais posé la question de la couleur de la peau. D' ailleurs après avoir engagé Duane, je n' ai pas changé une ligne aux dialogues et à l' histoire. A l' origine, tel que le décrivait le scénario, le personnage était un homme blanc issu de la classe moyenne. Il l'est resté par la suite. Sans doute est pour cette raison que la nuit des morts vivants a eu cet impact, que son scénario fonctionne jusqu' au bout. Par bien des côtés, la nuit des morts vivants réflète son temps : le soir où nous avons mis les bobines du film dans le coffre d' une voiture pour le présenter à plusieurs exploitants, nous avons appris l' assassinat de Martin Luther King par la radio.
(note de Nio : sans faire de spoilers, ça a un rapport avec la fin du film)
Les versions dvd du film :

La version zone 1 chez Elite, sublime, parfaite, celle que je recommende entre mille, si vous avez des sous. THX, 5.1 (y'a même le mono d'origine), des tonnes de bonus, le pied, le bonheur entre mille quoi.
Par contre je ne sais pas du tout si piste française voire sous titre français il y a. J' en doute...

L'édition 30e aniversaire en zone 2. AAAAAH putain non !
Evitez cette édition à tout prix, c'est du foutage de gueule lamentable. C'est le film mais colorisé avec un soin et une laideur inimaginable. La copie est dégueulasse, le son est vraiment pourri. En bonus : le making of du remake réalisé en 1990 par Tom Savini, artisan des effets spéciaux de zombies et le jour des morts vivants. Bref, le foutage de gueule intégral...

Le remake de 1990 par Savini. Boarf, mouais ben sympa mais sans plus. N'a pas l' aura noirâtre de l' original quoi... Dommage. M'enfin ça reste sympatoche mais bon...

L'édition zone 2 de Ciné FX, qui change de pochette à chaque fois ou presque. Ma version à moi, c'est une jolie blonde tripotée par plein de mains zombies derrière elle. Kitch mais je préfère ma version à celle ci ^^
Edition correcte mais sans plus : VF en stéréo et V.O en mono. Quelques bonus du genre bande annonce et filmographies assez sympathiques. Et "la nuit des pains vivants" en bonus, court métrage parodique inspiré du film de Romero, qui m'a fait penser "merde c'est pas croyable le nombre de tranches de brioches gaspillées dans ce truc"
L' édition la plus courrante et la moins chère partout, trouvable au petit bonheur la chance en cherchant bien. Moi je l' ai trouvée à 6 euros chez le marchand de journeaux ^_^ !
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