samedi 5 août 2006
Memories

A la base, un recueuil de nouvelles du grand Katsuhiro Otomo (Domu, Akira, Steamboy et au scénario : Mother Sarah et Metropolis de Rintaro) dont trois histoire totalement différentes ressortent.
3 histoires indépendantes bien sûr : aucun lien temporel ne les ratache, pas plus que le graphisme (ultra réaliste pour la première histoire, très BD et exagéré et assez proche du style d'OTOMO pour la seconde, expérimentale entre dessin d'illustration, d'enfant, peinture pour la dernière), ni même la musique assurée par trois compositeurs différents dont Yoko Kanno pour le premier sketch.
Enfin la gamme d'émotion varie sensiblement d'un épisode à l'autre : Grave, sérieux, bouleversant et triste dans la première histoire, ironique et délirant dans la seconde, totalement désabusée et abstraite dans la troisième histoire.

- La rose magnétique
Ce premier sketch ne passe pas inaperçu et reste l'un des fleurons SF de l'animation japonaise. Réalisé par Koji Morimoto (Animatrix !) et scénarisé par Satoshi Kon (joie ! bonheur !) d'après une histoire de Otomo, il narre les mésaventures d'éboueurs de l'espace recevant un S.O.S d'un vaisseau spatial bien étrange où une célèbre cantatrice aurait vécu en ermite ses dernières années.
Rempli de références à Alien mais aussi Ph.K.Dick, il mélange allégrement basculement de la réalité, illusion et souvenirs des personnages sur une composition étonnante de Yoko Kanno, mélange d'opéra, d'électronique et de jazz avec une touche de symphonique. Bref renversant.
- La bombe puante
Deuxième sketch sur une musique aux accents jazzy-bossa nova, l'histoire d'un jeune employé timide, célibataire et complexé qui va bien malgré lui se transformer en arme bactériologique et déclencher la mort de toute vie humaine et animale dans le périmètre tandis que la vie végétale elle renaît...En plein hiver !
De mon point de vue c'est le sketch le plus léger mais il n'en reste
pas moins fendard : destructions en masse, caricature de l'amérique, le
héros est limite stupide... ![]()
- Chair à canon
Le sketch le plus court mais le plus intéressant. Suivant la vie d'une famille pendant 24 heures dans un pays utopique en pleine dictature, on s'aperçoit que la population n'est qu'une masse bêlante dont le seul but dans la vie est de tirer au canon sur un ennemi abstrait et invisible dont on se demande bien si il existe véritablement. Le fils apprend la trigonométrie du canon (savoir calculer où tirer, à quelle vitesse...), la mère travaille dans la fabrique d'arme tandis que le père est assigné au canon n°17...
On se doute bien dès le départ que le sketch est abstrait et exagéré de bout en bout (chaque maison à un canon sur son toit, c'est dire la paranoïa) et c'est celà même qui fait qu'on y adhère sans plus de retenue, d'où l'échange final entre le fils et le père, assez mordant et révélateur d'un sketch dénonçant l'absurdité de la guerre.
Pour ce dernier sketch (le plus court des trois), Otomo privilégie un style graphique assez proche de certains dessinateurs européens mais n'hésite pas a dessiner à la manière d'un enfant (vers la fin) pour bien nous montrer les rêves de gloire d'une jeunesse (d'une population ?) endoctrinée dès son plus jeune âge. Sublimement jouissif.

Quand je vous dit qu'il y a des canons partout....
En bonus : un documentaire de 30 minutes et la bande annonce.
Un indispensable de l'animation japonaise pour les passionnés d'animation.
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