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Et voilà, 3e film de Mann que je me voit, 2e en aussi peu de temps et à nouveau une claque dans la gueule.

C'est bien simple, Mann est l'Homme de l'action (notez le H majuscule), le parfait descendant de Peckinpah et il n'y a qu'a voir comment il dépeint ses personnages et surtout le sens qu'ils donnent à leur vie. Car (et là d'où vient la comparaison pas si usurpée que ça que je fais entre Peckinpah et Mann), Heat est plus qu'un "simple film de" ("braquage" mais je ne voulais pas dire le mot, zut...) par un simple réalisateur. Non, Heat c'est avant tout un film sur les relations des hommes avec les femmes dans deux milieux dangereux opposés : la police et le grand banditisme et surtout la grande solitude qui en résulte. Solitude face à la mort qui peut survenir à chaque instant et solitude face à l'autre. Et c'est d'ailleurs bien pour ça que Mann accorde autant de temps et d'importance à ses magnifiques personnages sur un film de presque 3 heures (2 heures 45 exactement) là où d'autres n'auraient fait qu'un film de 1h30 à peine plein de bruit et d'explosions en tout genre.

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Et le film de passionner de bout en bout à chaque vision, ce qui fait qu'on en viendrait même, comme pour tous les grands films, à vouloir qu'il dure encore, et encore. Car si Mann fait durer le plaisir de bout en bout c'est non seulement parce qu'il crée des personnages solides et attachants mais aussi des seconds rôles intéressants. Ainsi on notera avec délice les prestations formidables de Val Kilmer en second de De Niro et surtout Nathalie Portman, incroyable, un an après son rôle dans Leon. Dans le rôle court mais réussi d'une adolescente en mal de re-père (jeu de mot qui veut tout dire en plus), elle secoue.

Beaucoup réduisent ce film au magistral affrontement entre De Niro et Pacino et leur fameuse scène dans le bar mais ce n'est pas que ça bien sûr et il est incroyable de noter que film après film, Mann poursuit une thématique du solitaire presque impitoyable quand il n'est pas largué par la vie et il suffit de regarder De Niro pour s'apercevoir que le Vincent de Collateral joué par Cruise lui doit beaucoup : même coupe, même maîtrise de soi et l'on se doute que Vincent dans Collateral doit avoir la même devise que Neal (De Niro) dans le film : Ne jamais s'attacher à quelqu'un pour pouvoir le quitter en 30 secondes.

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Les solitaires de Mann sont pris dans l'engrenage de la vie, ne cherchant finalement qu'a vivre des instants en plus tout en étant à l'opposé de ce que la société peut produire. Al Pacino dans le rôle du flic obstiné pourra alors blaser par son cabotinage speed qui est pourtant justifié par une scène malheuresement coupée où l'on apprend que Vincent (le nom du flic que joue Pacino. Le fait que ce soit le prénom d'un des personnages principaux de Collateral n'est justement pas une coïncidence pour moi) sniffe de la coke. D'où impression de cabotinage à cause du montage final et réplique énormissimes dans la VF ("Elle a un cul énoooorme !") qui heuresement ne gâchent en rien le bonheur que procure un tel film.

Mann réalise un film que personne d'autre que lui n'aurait pu faire, dans le prolongement de son style habituel (poussé à l'extrême sur Miami Vice, d'où le fait que je ne comprends pas les mécontents qui crachent sur ce film, faudra qu'on m'explique) : tons bleutés, architectures vides et/ou aux abord de mer, vues de ville la nuit, scènes d'actions millimétrées et décoiffantes au possible, caméra qui survole les élements pour mieux se recentrer dessus. J'ai même cru voir un plan d'hélicoptère repris similairement tant dans Heat que Miami Vice mais aussi Ghost in the Shell de Mamoru Oshii. Un plan d'hélicoptère de 3/4 dans les immeubles et les lumières nocturne d'une ville sur fond de musique mélancolique.

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Le réalisateur ne juge pas, il montre avec une grande aisance, le quotidien d'hommes jouant aux mêmes jeux dangereux mais des deux côtés de la barrière. Les scènes d'anthologie se suivent quelque soit leur style : action (le braquage du début, avec les camions, le coup du faux colis, le braquage de la banque vers le milieu du film...) ou psychologie (Vincent et sa femme Justine, les adieux de Val Kilmer à sa femme sur un balcon : un geste, un regard, sublime et n'oublions pas non plus la scène du fameux face à face dans le bar...). Pour sûr on ne regrette pas d'être venu.

Enfin la musique et l'on sait que Mann est très méticuleux pour créer une ambiance à ses films. Et bien la musique comme toujours est sublime : Moby, William Orbit, Lisa Gerrard, Brian Eno, Joy Division... Que du beau monde pour un film que l'on peut sans crainte appeler...un chef d'oeuvre.