Chroniques visuelles

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mardi 26 septembre 2006

La grande Illusion (1937)

renoirestgrand

En 1917, dans un camp en Allemagne, deux ennemis se lient d'amitié: l'officier allemand Von Rauffenstein qui dirige le camp et le capitaine de Boïeldieu, un de ses prisonniers. Mais la loyauté envers sa patrie conduira l'officier français à commettre un acte désespéré afin de sauver les siens...

Dit comme ça, ce résumé assez succint ne montre en rien pourquoi ce classique est grand (comme d'autres films de Renoir dans cette période avant seconde guerre) et pourtant, tout est là mais sans les détails. Ainsi l'on pourrait dire du bien de Jean Gabin, oh combien sympathique avec sa grosse tronche (le Gérard Depardieu de l'époque ?), mais ce n'est pas là lui qui éblouit le plus malgré de belles scènes qui lui sont réservées, notamment à la fin face à la jeune Allemande dont il tombe amoureux. Non, le plus impressionant, c'est la relation presque fusionnelle d'amitié qui unit le commandant allemand et ce capitaine français au charme et au flegme si britannique, un français issu de la haute bourgeoisie avec certains tics qui pourtant nous touche car le personnage heuresement, est loin d'être traité comme une caricature ou du manichéïsme (une des raisons pourquoi je n'irais pas voir le dernier Charlotte de Turckheim même si je reconnais qu'il est salutaire au cinéma de se foutre de la gueule de son prochain mais j'ai peur d'un film français qui dénonce mollement, une satyre gentillette sans plus, sans mordant qui n'irait pas bien loin) et est écrit (et joué) avec de petites touches d'humanités bouleversantes et oui, à la fin (ou presque) on finit par pleurer pour son sort. Voilà un être qui ne laissait rien transparaître de ses émotions ou si peu, qui pourtant n'hésites pas a se sacrifier pour ses deux amis.

Le personnage de l'officier allemand n'est pas en reste non plus. Malgré sa droiture dûe à ses blessures de guerre (une métaphore ingénieuse de l'évocation des gueules cassées) et l'appareillage qui lui en coûte, c'est au fond un homme brisé et fragile. Erich Von Stroheim incarne avec une rare justesse cet officier qui se répugne à agir en soldat et pourtant, le fait pour sa patrie parce qu'on est en temps de guerre. Sous ses dehors rustres, il est aussi fragile que la petite fleur qu'il cultive dans ses appartements secrets et qu'il coupera en dernier hommage pour De Boïeldieu. Un personnage aussi humain que les autres, enchaîné à la grande illusion que constitue la Grande Guerre, celle qu'on espérait la Der des Ders.

Le film résume dans son titre tout ce qu'il transporte. La guerre comme illusion mais aussi l'illusion de pouvoir s'évader (le premier tunnel creusé au début), l'illusion de l'amour, de la survie, de l'amitié. Renoir semble lancer un avertissement à une France qui en grande partie tente d'oublier la guerre de 14-18 et y a malheuresement bien réussi. Dans peu de temps, prévoyant la Guerre à venir, il s'exilera comme de nombreux cinéaste français de cette époque vers les Etats-Unis...

Ce film mérite largement son statut de classique français à voir pour tous les cinéphiles en herbe. :)

Posté par Nio Lynes à 11:11 - Films anciens - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Le Shaman

En tant que spécialiste des classiques français et italien, un des plus beaux films de guerre, poignante amitié, déchirant et violent. Un très grand Jean Gabin, au meilleur de sa forme dans l'un des rôles qui l'a consacré comme l'un des meilleurs acteurs de sa génération. A ranger aux côtés de "pépé le moko" et "french cancan"

Posté par le shaman, jeudi 28 septembre 2006 à 16:39

En effet...

Un grand Gabin certes mais je le préfère vieillissant... Quelle claque je me suis collé quand j'ai vu "le chat" avec Gabin et Signoret presque limite en train de se bouffer le pif alors que hors plateaux, il paraît qu'ils s'aimaient bien...

Mais c'est plutôt Von Stroheim qui m'a impressionné et donné envie de découvrir plus le bonhomme (cinéaste aussi à ce qu'il paraît tiens donc). L'acteur qui jout le capitaine De Boïeldieu est très bien aussi, j'aimerais bien savoir qui c'est...

Posté par Nio, jeudi 28 septembre 2006 à 19:09

Le Shaman

Salut Nio (excuse, je commence dardar)
Comment vas tu?

Ma petite anecdote quotidienne sur Mocky. Il a été assistant réalisateur sur un film de Von Stroheim (ainsi que sur "la strada" de Fellini) dans les années 40 et 50.

Pour Erich Von Stroheim, jette toi sur "les rapaces" (un monument de la terreur psychologique ; au meme titre que "l'aurore" aussi culte), et sur "la symphonie nuptiale" ; deux immenses films, "la symphonie nuptiale" est une sorte de film qui assemble les saynètes improbables.

Donc voilà.
Je te souhaite une bonne soirée.

Moi ce soir, je fais mon marathon Marco Ferreri (sur le cinoche des cancres, très bientôt, un cycle consacré à lui)

Posté par le shaman, jeudi 28 septembre 2006 à 19:57

Le Shaman

Concernant Gabin, il n'aura jamais été aussi grand que dans "2 hommes dans la ville" de José Giovanni avec Alain Delon et Mimsy Farmer("Quattro Mosche di Velluto Grigio
")

Posté par le shaman, jeudi 28 septembre 2006 à 19:59

la grand illusion

Grand chef d'ouvre mythique que (honte a moi) je n'ai..... toujours pas vu.... oui je sais je sais , mais on peut pas tout voir en même temps hein .... mais je me dépeche promis juré.

Posté par kitano jackson, jeudi 28 septembre 2006 à 20:45

"Moi ce soir, je fais mon marathon Marco Ferreri (sur le cinoche des cancres, très bientôt, un cycle consacré à lui)"

Ayant toujours voir des films du bonhomme j'attends tes chroniques avec impatience tu t'en doutes. :)

"Pour Erich Von Stroheim, jette toi sur "les rapaces" (un monument de la terreur psychologique ; au meme titre que "l'aurore" aussi culte), et sur "la symphonie nuptiale" ; deux immenses films, "la symphonie nuptiale" est une sorte de film qui assemble les saynètes improbables."

L'aurore est dans ma liste de films a voir dans ma vie sans quoi je devrais être tué sur le champ. Un Murnau doit se voir pour tout cinéphile. Amen. :)

Posté par Nio, jeudi 28 septembre 2006 à 21:41

Le Shaman

Et en même temps, la vie c'est long et le film a déjà des années au comteur donc tu ne seras pas exécuté sur le champs, enfin pas par moi en tout cas.
Pour les Ferreri, je prépare ça (parmi tant d'autres trucs ffffffffffffffffffffffffffffff et après on va croire que je me plains toujours, donc j'arrête !)

Posté par le shaman, vendredi 29 septembre 2006 à 09:59

Le Shaman

Bon Nio, j'essaie tant bien que mal de t'envoyer des liens par cette connerie de commentaire mais ca veut pas marcher (ça a décidé de me faire chier), le mieux : shamanblues6@msn.com

Bon week end
Julien

Posté par le shaman, samedi 30 septembre 2006 à 11:06

ah ?

En général ça marche, exemple d'un site de mes favoris au hasard :

http://www.cinemastrikesback.com/index.php
Voiloù ^_^

Bon sinon je prends note, t'inquiètes.

Nio.

Posté par Nio, samedi 30 septembre 2006 à 12:31

Le Shaman

Je comprend pas, j'ai l'impression que je suis pas compatible avec l'informatique

Posté par le shaman, samedi 30 septembre 2006 à 14:54

Quel casting

pour l'époque : Eric Von Stroheim, Pierre Fresnay, Jean Gabin et Julien Carette. Que du beau linge, du talent. Une réalisation comme on ne sait plus en faire. Magnifique sur l'amitié entre les peuples.

Posté par dasola, lundi 22 octobre 2007 à 15:01

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