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En 1917, dans un camp en Allemagne, deux ennemis se lient d'amitié: l'officier allemand Von Rauffenstein qui dirige le camp et le capitaine de Boïeldieu, un de ses prisonniers. Mais la loyauté envers sa patrie conduira l'officier français à commettre un acte désespéré afin de sauver les siens...

Dit comme ça, ce résumé assez succint ne montre en rien pourquoi ce classique est grand (comme d'autres films de Renoir dans cette période avant seconde guerre) et pourtant, tout est là mais sans les détails. Ainsi l'on pourrait dire du bien de Jean Gabin, oh combien sympathique avec sa grosse tronche (le Gérard Depardieu de l'époque ?), mais ce n'est pas là lui qui éblouit le plus malgré de belles scènes qui lui sont réservées, notamment à la fin face à la jeune Allemande dont il tombe amoureux. Non, le plus impressionant, c'est la relation presque fusionnelle d'amitié qui unit le commandant allemand et ce capitaine français au charme et au flegme si britannique, un français issu de la haute bourgeoisie avec certains tics qui pourtant nous touche car le personnage heuresement, est loin d'être traité comme une caricature ou du manichéïsme (une des raisons pourquoi je n'irais pas voir le dernier Charlotte de Turckheim même si je reconnais qu'il est salutaire au cinéma de se foutre de la gueule de son prochain mais j'ai peur d'un film français qui dénonce mollement, une satyre gentillette sans plus, sans mordant qui n'irait pas bien loin) et est écrit (et joué) avec de petites touches d'humanités bouleversantes et oui, à la fin (ou presque) on finit par pleurer pour son sort. Voilà un être qui ne laissait rien transparaître de ses émotions ou si peu, qui pourtant n'hésites pas a se sacrifier pour ses deux amis.

Le personnage de l'officier allemand n'est pas en reste non plus. Malgré sa droiture dûe à ses blessures de guerre (une métaphore ingénieuse de l'évocation des gueules cassées) et l'appareillage qui lui en coûte, c'est au fond un homme brisé et fragile. Erich Von Stroheim incarne avec une rare justesse cet officier qui se répugne à agir en soldat et pourtant, le fait pour sa patrie parce qu'on est en temps de guerre. Sous ses dehors rustres, il est aussi fragile que la petite fleur qu'il cultive dans ses appartements secrets et qu'il coupera en dernier hommage pour De Boïeldieu. Un personnage aussi humain que les autres, enchaîné à la grande illusion que constitue la Grande Guerre, celle qu'on espérait la Der des Ders.

Le film résume dans son titre tout ce qu'il transporte. La guerre comme illusion mais aussi l'illusion de pouvoir s'évader (le premier tunnel creusé au début), l'illusion de l'amour, de la survie, de l'amitié. Renoir semble lancer un avertissement à une France qui en grande partie tente d'oublier la guerre de 14-18 et y a malheuresement bien réussi. Dans peu de temps, prévoyant la Guerre à venir, il s'exilera comme de nombreux cinéaste français de cette époque vers les Etats-Unis...

Ce film mérite largement son statut de classique français à voir pour tous les cinéphiles en herbe. :)