dimanche 1 octobre 2006
Sorcerer

Amérique du sud, en pleine jungle, une équipe desespérée de 4 hommes menée par Juan Dominguez (coucou Roy Scheider !) doit mener sur des camions à peine en état, des caisses pleines de nitroglycérine sur plus de 200 kilomètres d'une nature dangereuse et hostile pour stopper un potentiel désastre pétrolier...
Suite aux succès de L'exorciste et des French Connection, on finit par laisser carte blanche à Friedkin pour faire un film comme il le souhaite. Et Friedkin de faire péter le budget dans un film remake du classique "salaire de la peur" de Clouzot à travers ce film rapidement devenu culte auprès de nombreux cinéphiles puisqu'il fit un bide comme de nombreux classiques de cette époque injustement méprisés par des spectateurs stupides parce que ces films étaient en avance sur leur temps. Tous les The thing, Blade Runner, La porte du paradis, Vidéodrome... You know what i mean ?
Vidéodrome qui subira d'ailleurs un montage de Universal au grand dam d'un Cronenberg dégoûté, lequel aura paradoxalement sa vengeance suite au film heuresement livré intégralement dans son montage d'origine prévu par le réalisateur, film devenu culte comme d'autres grands films que l'on aime bien ici. Mais revenons à Friedkin...

Au regard de ce film, on comprends que Friedkin était en avance sur son temps et avait bien compris le cinéma, surtout le cinéma d'action et toutes les potentialités qu'il pouvait en tirer. D'abord le scénario, tendu, qui présente en 20 premières minutes, le passé des quatres hommes, venant de tous pays (d'ailleurs on remarque l'acteur français Bruno Cremer) et puis Friedkin qui, caméra au poing se fait fort d'illustrer les rares séquences d'action sur le terrain comme un reporter ou un Michael Mann. La caméra capte l'action, virevolte, suit les eclats de bois dans la trajectoire de leur explosion, n'hésite pas a suivre le vol d'un condor pour se désintéresser de l'action quelques secondes avant d'y revenir, survole la jungle comme le ferait un oiseau (une idée reprise par Kounen dans son Blueberry). La caméra de Friedkin se fond littéralement dans le paysage.

Ensuite Friedkin comme Mann a parfaitement compris l'immersion que peut provoquer la musique et engage le groupe Tangerine Dream qui par souci de capter l'esprit du film, écrit la musique sans avoir vu d'images de celui-ci, juste quelques indications. Au regard de la musique hallucinée, glaçante et terrifiante, on comprend que Tangerine Dream reste un groupe injustement sous-estimé. C'est la deuxième composition d'eux que j'entends pour une B.O de film après celle de Near Dark, Aux frontières de l'aube et jen reste sur le cul. Une telle musique, on a l'impression d'être dans une cathédrale avec des zombis et des fantômes qui feraient les choeurs. Comme ambiance pessimiste de fin du monde, j'ai rarement vu mieux, c'est dire.
Enfin l'action. Suite à la tension générée de caisses bloquées par du sable car risquant à tout moment de sauter au moindre choc, le réalisateur signe un film impressionnant. La séquence desespérée du pont (couverture) illustre à elle seule le film parmi d'autres séquences où Friedkin va en roue libre (les corps calcinés montrés au public, les explosions, le "paysage lunaire" onirique où Scheider échoue presque et la fin, presque surhumaine avec cette montée de feu) et se permet un film terribelement pessimiste où en définitive aucun espoir n'est permis (voir la fin).
Tous ces élements font clairement comprendre que le public préféra bouder ce grand film génial sombre qui montrait et disait beaucoup de choses (la misère des peuples d'amérique du sud, les malversations politiques encore à l'oeuvre aujourd'hui) et Universal perdu alors beaucoup et commença a devenir méfiant par la suite. Et Friedkin a osé pourtant, et il fit bien.
Malheuresement Universal en plus de traiter souvent le public comme moins que rien (mon dvd de The Thing, mon dvd de Vidéodrome...hem...je pense être clair), un peu comme Warner et ses boîtiers dvds en carton (pfff...foutage de gueule encore), bref Universal semble encore de nos jours se venger : ce film n'est disponible qu'en import zone 1 (à vos lecteurs dvd dézonés) avec comme seule piste audio, la V.O. Les sous-titres français et espagnols sont gros et quand en plus se superposent les sous-titres anglais pour les phases se déroulant dans d'autres pays, c'est illisible, on voit plus l'écran. L'horreur.
Pour ne rien gâcher, la copie n'est pas de bonne qualité (des points blancs, des grésillements, des taches noires là où des films plus vieux de 10 ans comme 2001, l'odyssée de l'espace sont nickel), on comprend que le film n'est pas remastérisé. Le son est lui à peu près bon mais le volume sonore semble pourtant varier à certains moments, se retrouvant presque dans l'inaudible. Fouyaaaa.
Ah oui pour les bonus, vous l'avez aussi dans le cul, une filmographie, quelques notes de production, la bande annonce (non sous-titrable on s'en doutait) et un pauvre lien internet qui ne marche plus.
En conclusion, un film superbe et mythique qui reste injustement charclé par cette edition inqualifiable et hélas la seule existante dans le monde. Je ne remercie pas Universal.
Commentaires
un chef d'oeuvre (décidément)
Au même titre que l'original de Clouzot voici un chef d'oeuvre absolu , le film le plus visceral de Friedkin , une grande oeuvre méconnue , Roy Sheider y est comme d'habitude EXCEPTIONNEL (ce type n'a pas eu la carriere qu'il MERITAIT , il est de la trempe des dustin hoffman et autres).
A voir ou a revoir , mais comme le souligne admirablement Nio mieux vaut attendre une edition convenable.
( sinon Nio ton texte de the thing va bientot être en ligne sur le cinoche des cancres)
> KJ
Tout à fait d'accord, Scheider méritait mieux quand à Sorcerer, a revoir mais encore faudrait il avoir une copie digne de ce nom, snirfl.
La musique de Tangerine Dream m'a donné envie de me faire une semaine immersion spéciale musique électronique. Je viens de commencer avec la B.O de Fight Club des Dust Brothers à l'instant.
J'ai des 33 trs de Tangerine Dream mais la platine n'est toujours pas remise depuis le déménagement grrr...
"( sinon Nio ton texte de the thing va bientot être en ligne sur le cinoche des cancres)"
> Rhooo il serait temps :)
nio
Tiens je te propose un petit jeu , va voir ici , le but est de trouver 50 titres de films d'horreur grace aux indices du tableau , j'en suis a 40 bonne chance : (attention les titres doivent être donnés en V.O)
http://us.mms.com/us/dark/
Putain c'est balèze....^^'
oui
m'en manque toujours 10 , je vais devenir fou!!
euuh
je precise juste que certains des films ne sont en fait pas des films d'horreur
Oué, Seven par exemple... :)
Je l'ai toujours loupé
ce film... grrr... J'espère que tu nous concocteras un article sur le salaire de la peur (le Clouzot, comme tu le sais), du coup... ce serait intéressant! :-)
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