samedi 25 novembre 2006
OSS 117

Égypte, 1955, le Caire est un véritable nid d'espions. Tout le monde
se méfie de tout le monde, tout le monde complote contre tout le monde :
anglais, français, soviétiques, la famille du Roi déchu Farouk qui veut
retrouver son trône, les Aigles de Kheops, secte religieuse qui veut
prendre le pouvoir. Le Président de la République Française, Monsieur
René Coty, envoie son arme maîtresse mettre de l'ordre dans cette
pétaudière au bord du chaos : Hubert Bonisseur de la Bath, dit OSS 117...

En passant, je vous mettrait un petit coup de pollish...
Celà pourrait être une histoire simple, une histoire d'amour.
C'est l'histoire d'un homme en voyage, qui soudain se retrouve à la tête d'un élevage de poulet. Une histoire d'homme et de poulet, mais hélas ce n'est pas ça, ce serait trop simple même si Jean Dujardin se retrouve vraiment très bon dans ce rôle d'agent secret simpliste, puéril et enfantin possédant toutes les tares (misogyne, macho, homophobe, raciste et j'en passe...) et que le film joue à fond sur la carte du décalage :
- Ennemis tout aussi comiques et grotesques (la scène de Gerard Müller, "éleveur" allemand qui veut recréer un troisième reich de pacotille en plein égypte mais se retrouve incapable d'enlever le drapeau nazi si ce n'est en le déchirant, contrepoint décalé et comique de scène de films de guerre vu déjà bien souvent, même (surtout ?) chez Indiana Jones) qu' OSS 117...
- Faux décors comme dans les films d'époques (un exemple frappant, les décors-écrans pour toutes les scènes de voitures où Bérénice Béjo est avec Jean Dujardin : le décor bouge en arrière plan mais en remarquant la cigarette de Mlle Béjo, dont la volute de fumée n'est pas dispersée par la vitesse de la voiture, on comprend la supercherie --faut dire qu'en plus elle est hyper-visible-- et l'on sourit. Nostalgie réutilisée ici et marchant à fond).
- Enfin OSS lui-même qui joue sur plusieurs plans : le comique décalé (il ne rate pas une occasion de faire des jeux de mots débiles assez savoureux, qui plus est), l'abruti fini et la classe folle d'un Sean Connery (et encore source de décalage, voir quand Hubert à peine levé, se passe la main dans ses cheveux ébouriffés, le plan d'après, ils sont déjà coiffés !). D'ailleurs Jean Dujardin dit de son personnage : "Un peu de Sean...Beaucoup de connerie."


Tu vois Slimane, ça c'est notre Raï à nous, le président René Cotty. Et c'est ton ami aussi.
Enfin pour compléter le tableau, le film ne se gêne pas pour égratigner les travers de l'époque que l'on pouvait aussi bien voir dans les films des années 50 que dans l'époque elle-même : Hubert est dévoué et hyper-patriotique à son président René Coty comme pas deux et distribue à qui mieux mieux, de nombreuses photos du président, croyant sans doute au fond de lui pouvoir les aider et les éduquer mieux --le fait qu'il donne de l'argent a Sidi en est un exemple à mourir de rire, où Hubert se verra clairement décontenancé : "Tiens brave Slimane, voilà cinquante francs pour acheter des chaussures a tes deux enfants" et l'employé de répondre humblement que ses enfants font de hautes études à New York...-- et de ce fait le film fait mouche en montrant la position limite colonialiste de l'époque avec un homme qui se croit partout chez lui !

Ha ha ha, Jack....
Celà faisait longtemps que je ne m'étais pas autant marré et pris mon pied devant un vrai film français humoristique qui ne nous prendrait pas pour des con-sommateurs sans cervelle (Les Bronzés 3 par exemple qui jouait énormément sur la nostalgie pour fidéliser le public français mais hem, plus de 20 ans ont passé quand même...Hélas..Vraiment hélas.) avec en plus de l'intelligence et un héros bien de chez nous, un vrai. Cocorico.
Le dvd du film en édition simple nous donne droit à des bonus non négligeables comme un commentaire audio à la fois humoristique et riche en technique par le duo tambour battant Dujardin et Hazavaniscus, sans oublier un bêtisier, des scènes coupées (qui n'apportent pas grand chose hélas) et les deux cerises sur le gâteau, un extrait des actualités gaumont de 1955 (!) ainsi qu'une photo de René Coty enchâssée dans le boîtier.
Bref, un très bon film qui fait plaisir à voir.
Et zoupla, 2 vidéos en extrait !
dimanche 19 novembre 2006
Profession reporter

La vie du reporter David Locke bascule lorsqu'il découvre le cadavre d'un homme lui ressemblant étrangement. Fatigué de sa propre vie, il décide d'endosser son identité et, s'emparant de son agenda, de suivre son emploi du temps.
Nominé pour la palme d'or à Cannes en 1975, Profession Reporter de Michelangelo Antonioni reste surtout célèbre pour son plan séquence final virtuose de 7 minutes mais il ne faudrait pas réduire le film à seulement ça. Car Antonioni, refusant les conventions du genre (le rythme est très lent) établi de la fiction s'empare d'un sujet (un homme se fait passer pour un autre) pour le traiter sur le chemin du vérisme et David Locke étant reporter, le film adopte une esthétique documentaire réaliste proche du reportage sur le terrain (technique déjà employée en partie sur Zabriskie Point en 1970 pendant la scène des manifestations etudiantes) : Comme dans la réalité on n'entend guère de musique si ce n'est celle provenant du lieu (une vague flûte dans le désert et c'est tout pendant les 2 heures du film !) et la caméra semble "flotter" comme dans un reportage, comme tenu constamment à l'épaule du réalisateur, celui-ci s'autorisant de nombreuses déviations de l'image.

La sublime envoûtante et mystérieuse Maria Schneider....
Des déviations où Antonioni semble laisser de côté ses personnages pour admirer et donner à voir au spectateur les lieux alentours, aussi vrais soient-ils (il n'y a aucune reconstitution en studio), ainsi la caméra s'attache à suivre un fil électrique, ou observer le désert où David Locke (génial Jack Nicholson) embourbe sa voiture, ne se souciant guère de ce qui lui arrive. Celà occasionne des fulgurances inouïes d'une rare beauté (la scène du flashback avec le magnétophone qui tourne, Nicholson dans le téléphérique planant au dessus de la mer, Maria Schneider dans la voiture, regardant la route qui défile en arrière) mais l'esthétique du reportage n'est pas oubliée et participe de ces fulgurances car Antonioni va jusqu'au bout de la technique utilisée, n'hésitant pas a effacer le décalage avec la réalité et la fiction en insérant de vraies images d' executions de prisonniers africains (eh oui, et c'est là que le film frappe une première fois le spectateur) aux images tournées pour le reportage de Locke.

On adopte par là même le regard du réalisateur mais aussi de son reporter, un homme déjà mort. Car Locke est dès le départ un mort en sursis : ayant pris l'apparence d'un mort (Robertson, lui ressemblant étrangement) et s'être fait lui-même passer pour mort (ce qui le débarasse croit-il de sa femme...), que reste il au final ? Un mort + un autre mort ne peuvent que déboucher sur une troisième mort, l'itinéraire de Locke tournant à vide depuis le début qu'il prit cette identité. Au fil du temps, les rapports du journaliste avec la jeune étudiante se modifient pour n'être plus qu'artificiels. David Locke en plus de ne pas comprendre cette identité ne comprends pas plus la trajectoire qu'il a pris : les lieux de rendez-vous de Robertson semblent alors désertés momentanément mais le jeu est faussé dès le départ et croyant pouvoir changer de vie en endossant une autre identité, Locke s'enfoncera toujours plus à travers le néant. Ne comprenant déjà pas les autres peuples qu'il filme et interview (la scène où la caméra se retourne sur le reporter surpris d'être interrogé par celui qu'il devait filmer est révélatrice du personnage), il comprendra encore moins le monde qui entoure. Sa vision est faussée dès le départ mais cette nouvelle identité ne l'aidera guère à changer de point de vue.

Et comme dans de nombreux films d'Antonioni, le personnage est déconnecté de la réalité ou s'y retrouve successivement coupé. Dans Blow-up (1966), le jeune photographe de mode croyait (de par son métier justement qui consiste a capturer l'image de ses sujets) avoir photographié un meurtre mais au final qu'avais t'il vu puisqu'il n'y avait plus rien ? Seul un instant gravé en lui et une perte totale de rapports avec le lieu (déjà bien shooté le lieu puisqu'on se rappelle des nombreux plans où Antonioni insiste sur les joints et la fumette) qui le fera alors voir des choses qui n'existent pas dans le plan final avec des mimes. Dans Zabriskie Point (1970), le réalisateur opposait la vision de l'opposition d'une certaine anarchie (les étudiants, le héros, la notion de liberté) face à l'ordre (la police, les riches et leurs habitations à construire en plein désert), le tout dans une certaine critique de la société de la consommation (l'explosion finale). Le jeune héros s'inscrivait alors (comme Locke ici) dans une trajectoire du vide : pris pour ce qu'il n'est pas, il sera quand même rattrapé après une brève liaison amoureuse pourtant vouée à l'échec dans le désert.

Au final, le réalisateur italien livre un film sans artifices, sans concessions, une oeuvre austère et froide comme la mort. Un film qui frappe et laisse durablement un malaise au fond : la première vision laisse fatigué, déprimé car Antonioni à clairement montré l'absence de communication, d'amour, d'identité, bref de vie comme rarement auparavant, et c'est quelque chose que l'on retrouve à un autre stade dans nos petites existences de tous les instants. Puis lentement le film grandit en nous et l'on comprend que l'on vient d'assister clairement à un film incroyablement austère mais riche en lui-même qui exige autant du spectateur que de lui-même pour clairement montrer ce qu'il est, un chef d'oeuvre.
Et zoupla, 2 bonux ! Le premier, c'est le trailer de Profession reporter (The Passenger), le second, la fameuse séquence finale de Zabriskie Point sur fond de Pink Floyd. Bon visionnage...
YES : symphonic live

Une ancienne chronique remise ici et remaniée...
Une chronique totalement placée sous la non objectivité totale vu que je suis un fan du groupe. Ah oui, c'est aussi légèrement bordélique. Pas grave.
Premier frisson sur "Close to the edge". Avec l' orchestre
symphonique, ça déchire sa mère tro' de la balle ! Je remarque aussi
que Jon anderson entretient des liens étranges de parenté avec une
créature nommée Jean Saintôt et ami de la créature que je suis
moi-même. C' est simple, si Jean s' était lancé dans la chanson plutôt
que des études littéraires, il serait devenu un Jon anderson, le côté
"hippie périmé" en moins. Les mêmes gestes (plus lents avec Jon
néanmoins)...C'en est troublant.
Long distance runaround, mais où est the fish, sa suite ? Aie aie.... Don't go reste toujours aussi marrante et sympathique (ha ce pwet pwet ! huhu), In the presence of reste un beau morceau sombre qui néanmoins pourrait encore faire un peu mieux...Mais c'est beau.
Gates of delirium. Aoutch, second frisson de fan assumé qui vous
courbe délicatement l' échine et vous fait pousser ce "aouuuuuuuuhhhh"
à la tex avery.
Puis little pause ,Steve Howe qui reprend Bach (je crois. Concerto pour
lute en D majeur, second mouvement, c'est de qui sinon ? o_O) en
guitare accoustique et en solo suivi de son traditionnel "mood for a
day", pendant que tout le monde va aux toilettes, c'est toujours
chouette et faut dire que le "papy" à la guitare, ben putain il touche
toujours autant et mweft, ça fait plaisir à voir.
Oui je suis pour l' hypothèse que les vieux boivent (et donc urinent
beaucoup) malgré que la canicule à failli en faire disparaître une
bonne partie dernièrement.
*Mode pub on*
LE VIEUX. Une espèce en voie de disparition à protéger impérativement. Une espèce à redécouvrir.
*mode pub off*
Bon je m' embrouille là...De là à ce que l' on suivre mon exemple et
fabrique des parks et zoos pour vieux, il n' y a qu' un pas.
Et puis comme dit l' autre, les vieux faut les tuer dès la naissance. Certes.
Rahhh je m' embrouille encore. Bon "Starship trooper" sans
le symphonique (oui c'est un morceau, rien à voir avec le film sinon le
titre), c'est toujours la classe et le final en ascension est toujours
aussi bien, mais avec l' orchestre symphonique (encore aux gogues ?) ça
aurait été super-méga-bien-de-la-mort-qui-tue (©). Magnification, bien, mais dreamtime la surpasse, et c'est dommage que cette dernière n' ait pas été jouée live (mais bon, elle est un peu complexe alors...). And you and I, sublime. L'or reste et ne s'en va pas au détartrage moulinette 90's. Tant mieux. Ritual,
3è choc car toute une partie en improvisée où notre bassiste semble
jouer les duettistes avec le batteur, le claviériste ou steve howe
notre guitariste adoré^^ . I've seen all good people, toujours aussi bon. Je me retient encore de jouir, je deviens un vieux cochon là sinon. Owner of a lonely heart,
manque de pêche comparée à la version live du house of blues de 1999.
Bizarre.L' orchestre ne jouait pas pour ce morceau ni celui d' après.
Peut être la peur de dénaturer le morceau ? Allez savoir.
On Termine sur un Roundabout toujours aussi succulent.
Puis soudain ça devient Ibiza. C'est la fête, YES est là, les
choristes, violoncellistes et tout le bataclan, viennent à côté du
groupe (situé au premier plan dans la salle), tapent des mains, des
pieds, youpi c'est la joie, tralàlàlà. Nan je ne rêve pas, ni n'
invente. Il faut le voir pour le croire...
Comme quoi Roundabout est prouvé être aussi efficace que les beatles ou Queen dans la mélancolie et la déprime qui nous guettent.Joie.Jouir.
Voilà, le concert est fini, merci de m'avoir écouté pousser de longs râles gutturaux.
dimanche 12 novembre 2006
Mise à jour ! (1)
En plus d'un nouveau lien venu enrichir la colonne de droite (kinemax), la chronique de Haibane Renmei se voit éditée et enfin finie. Enjoy ! ![]()
samedi 11 novembre 2006
On achève bien les chevaux...
"On achève bien les chevaux" de Sydney Pollack s' avère être un classique culte ainsi qu' une parfaite dénonciation de la cruauté et de la bêtise humaine qui n'a rien perdu de son mordant acerbe en montrant une société du spectacle sous le prisme de jeux du cirque moderne.
En 1932, les Etats-Unis sont en pleine dépression et poussés par le chômage et la misère, des hommes et femmes de tout le pays décident de participer aux marathons de danse dont les vainqueurs reçoivent des primes pouvant aller jusqu' a 1200 dollars.
Dès le début du film, on sent que tout ça va mal tourner. La caméra regarde lentement chacun des protagonistes importants et même les seconds rôles ne seront pas oubliés. Il suffit de voir leur évolution et les chemins qu'ils vont suivre tout au long du film pour comprendre que tout va aller de travers. C'est un jeu de massacre impitoyable et pourtant, pour gagner un peu d' argent, les gens sont prêts à aller jusqu' a la déchéance ultime, voire la mort.
Les conditions sont en elles même horrible : 10 minutes de pause toutes les 2 heures et c'est tout.
Un candidat tombe par terre et y reste plus de 10 secondes et le couple est éliminé.
On sort de la piste quelques secondes, on est éliminé.
On parle avec le public, on est éliminé.
Le marathon devient alors lentement inhumain.
Au bout de 20 heures, il y a encore 70 couples sur la piste de danse. Certains abandonnent par résignation plus que par fatigue.
10 minutes de pause, juste le temps pour pisser, prendre un peu de repos, dormir sur des matelas improvisés dans une petite salle au fond de la piste de danse, prendre une douche ou essayer.
Au bout de 40 heures, les premières cernes arrivent, mais les candidats tiennent encore. Alors pour en éliminer plus, on leur fait faire un derby de courses, comme les chevaux. On trace une ligne blanche au sol, la piste est ovale puis ils ont droit à 10 minutes de course le long de la piste sans s' arrêter. Et les couples ne doivent pas se lâcher (ils se tiennent par la ceinture, devant ou sur le côté) d'une semelle.
150 heures. 45 couples et demi. Certains se défont parce que l' autre à eu une crampe ou un nerf qui a lâché. Dans ces cas là, le ou la solitaire a 17 heures pour trouver quelqu'un d' autres avec qui continuer avant d' être éliminé. Et pour couronner le tout, face à des danseurs qui comment lentement à craquer et névroser, les maîtres de cérémonie n' hésitent pas a faire des coups bas.
1070 heures. Plus que 10 couples, la fin qui lentement approche, mais peut on encore parler d' êtres humains pour ceux qui sont restés ? Leur vie ne tient presque plus qu' a un fil.
Une critique sociale de la cruauté humaine terriblement encore d' actualité.

Le film si les couleurs sont à peine bonnes à un son mono horrible et parfois grésillant ce qui ne lui rend pas justice. Il n'y a qu'une seule piste d' ailleurs : la VF, pas de V.O sous titrée ce qui pour une fois me déçoit fortement : La doubleuse française de Jane Fonda a un accent horrible à la Jane Birkin (mais encore plus à couper au couteau) difficilement compréhensible.
Film génial mais édition dvd honteuse, pas de pot...
Paris, Texas

Un des plus beaux road movies intimistes qui soient et une palme d' or à Cannes en 1984 amplement méritée.
A la frontière du désert, un homme marche lentement pour arriver
dans un bar où a bout de force il s' évanouit. Revenu à lui et ausculté
par un des rares docteurs de la bourgade, l' inconnu semble refuser de
parler, dans un semi état de choc. On appelle alors son frère Walt qui
viendra le chercher pour le ramener chez lui.
Cet inconnu, c'est Travis. Pendant 4 ans il avait disparu ainsi que sa femme et son fils de 3 ans,confié puis élevé chez Walt.
Que s' est il passé pendant ces 4 ans ?
Qu 'est devenu sa femme ?
Son fils Hunter maintenant âge de bientôt 8 ans acceptera t' il ce père inconnu qui débarque dans sa vie ?
Y'a t'il vraiment une ville de Paris au Texas ?
Dès le début, on sait que Travis est un homme solitaire. Campé par l'
excellent Harry Dean Stanton (Twin Peaks, Une histoire vraie, Alien),
le personnage est taciturne, il n' éprouve pas le besoin de parler,
refermé sur lui-même qu'il est. Il ressent les lieux, les errances et
l' on sent que tout ça l' a rendu encore plus autre qu' il pouvait l'
être 4 ans auparavant et le film adopte son rythme de marche à travers le désert : un rythme lent, contemplatif et généreux.
Paris-Texas tout comme Arizona Dream est une chronique
portée sur le rêve Américain vu d'ailleurs et son réalisateur tout comme Kusturica
pour Arizona dream est étranger. Oui, Wim Wenders est allemand et il ne
faut donc pas s' étonner à ce que le film se dote d' un regard sans
complaisance sur le rêve américain ici vécu sous forme de voyage
personnel et intimiste, on the road again.
Au contraire de Kusturica qui prenait le rêve américain pour mieux le
désenchanter, le film de Wenders en fait un éloge sublimement magnifié
à presque chaque plan.
On ne connait vraiment un lieu que quand on y a vécu et partant de cet
adage, le réalisateur nous emmène à la fois sur des lieux qu' il
connaît (pour voyage mais aussi repérages) mais aussi des lieux rêvés
ou lointains tel ce Paris, perdu dans le Texas, ici rien à voir avec la
capitale française.
Palme d' or non volée au passage car le film était (presque) parfait :
scénario bien écrit (le face à face final entre Travis et sa femme puis
son fils avec cette mère qu'il n'a pas connus bouleversent réellement),
images magnifiques et dignes des plus grands tableaux américains (c'est
bien simple on se croirait devant du Hopper par moments !) et musique à
la guitare par mr Ry Cooder auquel Wenders rendra la pareille par le
sublime documentaire Buena vista social club... Qui connaîtra aussi la
palme ! Décidément, les deux se portent chance.
Un superbe film en 5.1 pour la V.O et 2.0 pour la VF auquel s' ajoute
un sympathique livret de 16 pages dans le boîtier en bonus ainsi que
sur le dvd, la bande annonce originale et des photos du tournages
commentées auparavant par Wenders... Qui parle très bien français en
plus.
Superbe film.
Et zoupla, la séquence d'ouverture du film !
L'intégrule des Nuls (*)

(*) L' intégrule, c'est presque comme une intégrale sauf qu' il y a un " u ". 
Arf. Un arf de joie. Les nuls, c'était le bon vieux temps. En ce temps,
il y avait de l' humour sur canal+, c'était même "l'humour Canal", un esprit révolutionnaire et jouissivement libérateur soufflait alors sur les grandes contrées du paysage audiovisuel français, Gildas régnait en maître et De
Caunes lançait des saucisses sur tout le monde (quand il ne se
travestissait pas en ptit rigolo avec Garcia...).
C' était le temps chouette où Desproges tiraillait à tour de bras avant de disparaître trop brusquement, le
cable et le satellite prenaient juste leur envol (plus le satellite que
le cable, mauvais jeu de mot sorry) et TF1 restait un peu méprisée partout, comme d'habitude. C' était le temps où je me gavait de Fort Boyard et Thalassa en jouant aux
extranimals chez mémé et...
Merde j' allais faire du hors sujet en racontant ma life moi.
Mais comment expliquer cet enthousiasme pour cet humour aussi absurde
et déconnardant que les Monthy Pythons, qui favorisa la marque "Nul" ? Des Nuls qui doivent beaucoup d'ailleurs à l'humour anglais en plus d'être allés dans des directions parfois plus osées et scatologiques, ce que de nos jours sur une chaîne hertzienne, on oserait plus trop, que voulez vous...
Ce dvd même si il n' est pas rempli en intégralité de tout ce qu'on
peut voir sur "les nuls" (enfin bon, y'a "l'intégrule" vol 2 aussi....)
est quand même un sympathique truc de plus de 4 à 5 heures de
programmes (qui passent horriblement vite) sélectionnés spécialement
par Alain, Chantal et Dominique.
A l' occasion, les plus jeunes d' entre vous redécouvront Bruno, le 4è
Nul, trop vite disparu (on peut sur l'intégrule 2, voir en bonus des séances de répétition touchantes avec Bruno) , quand aux autres, ils se referont leur culture
avec Les Nuls et toutes sortes de belles répliques pour briller en
société (ou pas...) toujours aussi cultes...
"Avec Toniglandyl, mes couilles, c'est du béton"
Indispensable
Metropolis (Rintaro version)
I can't stop loving you...
Metropolis en dvd zone 2

Bon oki ça n'a rien a voir avec celui de Fritz Lang ou en fait si, un peu et en même temps non. Pour l'anecdote, ce film d'animation s'inspire d'un manga de Tezuka (le mangaka qui créa tout là bas, un peu comme notre Hergé), passionné lui-même par un autre grand, Walt Disney. Et l'on raconte qu'il aurait eu l'idée de "Metropolis" (en fait une trilogie en manga dont le film ne s'inspirerais que d'un des 3 tomes) en tombant un jour sur l'affiche du film de Lang. N'ayant même pas vu le film de Lang, l'affiche seulement du film lui donne une idée d'énorme manga qui se révelera étonnemment proche du film de Lang. Après la mort de Tezuka, Otomo et Rintaro s'empareront des droits du bouquin et tout en reprenant le style graphique de Tezuka (très années 50), livreront une version sublimée autant respective de l'oeuvre originale que du film de Lang.
Quand je m'en souviens...Je l'avais vu avec un pote en
avant première au salon de l'imaginaire a la vilette il y a de ça quelques années. Que de
souvenirs ahhhh... A la fin,je n'oublierai jamais ça, toute la salle
s'est levée et a applaudi...

J'avais aussi les larmes aux yeux après l'avoir vu.
On sourit avec ce
film.
On pleure aussi avec pour peu qu'on ne soit pas un monstre
inhumain.
On s'attache aux personnages, de Tima,jeune heroine sacrifiée à
Rock, méchant plus qu'attachant au même prix que le duke red, son père adoptif...
Quand je dis qu'il y a un grand respect de l'oeuvre originale mais aussi du film de Lang, c'est en effet au visionnage qu'on peut observer les différences notables entre les anciens et cette remise à jour. Exit donc l'impressionisme de celui de Lang mais on a droit à une véritable atmosphère de film policier des années 40, celà appuyé non seulement par les décors mais aussi et surtout la musique, à la fois jazzy et très symphonique. Le décalage avec un monde architectural ultra réaliste n'en est que plus probant et celà se ressent aisément pendant le film. Chamboulés, perdus nous serons pour mieux être pris par le final hallucinant et apocalyptique (Otomo en plus de produire à écrit le scénario et avec Otomo on est toujours servis par une petite fin du monde. On se rappelle Akira et en manga chez Delcourt, le superbe "Mother Sarah")...

L'histoire ? Heu je ne vais pas vous la reveler non plus,il y a assez de sites qui le font,mais brisent alors la magie de ce film en racontant aussi ce qu'il ne faut pas...
Disons juste que les similitudes avec le film de Lang sont facilement observables : la ville divisée en caste avec les pauvres et les exclus sous terre, le soulèvement des masses, l'androïde...Mais le film va plus loin que ça en proposant un monde où se sont aussi et surtout les robots les exclus, esclaves d'un pouvoir qui se niche même jusque chez les révolutionnaires et les pauvres des bas fonds. Surtout comparé au film de Lang, il évacue toute forme de manichéïsme et les "mauvais" se révèlent aussi touchants et humains que les "bons". Si Rock agît comme celà, c'est uniquement par amour pour son père adoptif et son dernier geste, même destructeur sera bien un geste d'amour envers son paternel, Atlas malgré ses actes agit par pure utopie envers ses semblables qu'il veut protéger, quand à Tima, de jeune timide, elle devient rapidement touchante et brièvement humaine par ses attitudes avant sa fusion fatale avec l'ordinateur de la ville....
Rintaro est réalisateur,et ça se voit. Et comme il est assez perfectionniste comme otomo,il se paye même le luxe de jouer de la clarinette basse dans la B.O et peint avec l'équipe,quelques planches même si le film était alors être fini dans l'urgence et la douleur, ce qui ne se voit pratiquement pas sur le résultat final d'où la magie de ce film...

L'image ? Nickel.Les couleurs petent bien,et on ne se lasse pas
d'admirer les decors,tous a presque 90% en images de synthese (et c'est grandement réussi) alors que les
persos sont en 2D....
Le son ? La Bande originale est excellente,pour peu que vous aimiez le jazz et la
musique symphonique. On a droit ainsi au sein d'un même film au "st james infirmary" ainsi qu'au "I can't stop loving you" de Ray Charles, excusez du peu....Le generique de fin est un très beau morceau de jazz chanté suavement par une jeune danseuse inconnue qui ne vous fera guère regretter ce petit voyage loin de tout....

Le film ? Chef d'oeuvre mais je me redis un peu non ?
Les bonus ? Sur le disque 1,celui du film,on a des trailers et dedans, oh
surprise,la BA de Final fantasy le film semi réussi de squaresoft. Bah mouais, sympa.
Ainsi qu'une BA americanisee et moche de metropolis et une BA de la
serie en images de syntheses de starship troopers....Mouais prefere le
film de Verhoeven moa...

Le disc 2,c'est les bonus,hélas y'en a pas assez....Y'a des croquis,mais on aimerait en avoir plus....Un documentaire ? Inintéressant ou alors, mouais pq pas ? Mais bon,j'ai largement déjà vu mieux...L'interview OTOMO/Rintaro...Mouais,les questions etaient deja posées en doc, c'est un peu de la redite remplissage...une séquence multi angle etc ? Mouais, gadjet un peu non ?
Au final, un excellent film que l'on pourrait presque ranger dans les chef d'oeuvres.
dimanche 5 novembre 2006
Mark Romanek
Mark Romanek - Le perfectionniste

Perfectionniste féru d'Art et de cinéphilie (grand fan de Kubrick), Romanek est peut-être le plus perfectionniste de tous, en contrepartie c'est une sorte d' ours associal qui n' hésite pas à martyriser les acteurs et musiciens qui tournent les clips avec lui, à imposer ses ordres et désirs pour que le clip colle avec la vision qu'il a choisi et bien sûr, à chaque fois l' image est d'une beauté nette et stupéfiante, c'est dire le soin maniaque de ce gros barbu qui a souvent des airs reclus de Peter Jackson.
Les anecdotes sur Romanek ne manquent pas et si possible j'en livrerais quelques unes, mais sachez que tous ses clips ont en général presque tous des clins d'oeil à l'Art, que ce soit l'Art contemporain, l'Architecture, les peintures de Dali ou Magritte, des photographies ou le cinéma etc....
Tracklist :
1. Jay Z 99 "Problems" (director's cut)
2. Linkin Park "Faint" ( 3mn)
3. Red Hot Chili Peppers "Can't Stop " ( 4mn 36)
4. Johnny Cash "Hurt" (3 mn 50)
5. Audioslave "Cochise" (director's cut) (4 mn 04)
6. No Doubt "Hella Good" (director's cut) ( 4 mn 11)
7. Mick Jagger "God Gave Me Everything" ( 3 mn 31)
8. Janet Jackson "Got Til It's Gone" ( 4 mn 11)
9. Fiona Apple "Criminal" ( 4 mn 24)
10. Nine Inch Nails "Perfect Drug" (4mn 10)
11. Beck "Devil's Haircut" ( 3mn 14)
12. Weezer "El Scorcho" (director's cut) (4 mn 06)
13. Eels "Novocaine for the Soul" ( 3 mn 40)
14. Sonic Youth "Little Trouble Girl" (4 mn 25)
15. Michael et Janet Jackson "Scream" (director's cut) (4mn 47)
16. Madonna "Bedtime Story" ( 4 mn 25)
17. R.E.M "Strange Currencies" ( 3mn 50)
18. G. Love and Special Sauce "Cold Beverage" ( 2 mn 51)
19. Nine Inch Nails "Closer" (director's cut) ( 4mn 41)
20. David Bowie "Jump, They Say" ( 4mn 02)
21. Madonna "Rain" ( 4mn 32)
22. Lenny Kravitz "Are You Gonna Go My Way" ( 3mn 24)
23. Keith Richards "Wicked as it Seems" (director's cut) (3mn 55)
24. En Vogue "Free Your Mind" (4 mn 13)
25. k.d Lang "Constant Craving" ( 3mn 58)
Pfiooooou ça en fait des choses à dire, alors comprenez qu'il y a des
clips dont je ne parlerais pas...Ils ne sont pas spécialement
intéressants quand à d'autres, je n'esquisserais qu'une ligne alors bon...
Jay-Z
Bon ben on voit des nanas qui trémoussent leurs fesses, le producteur
Rick Rubin (gné ?) et un mec qui arbore un casque de viking. Mais sinon
c'est une banale vidéo de rap. En clair, ça n'intéressera peut-être pas grand monde puisque c'est un clip assez banal...
Linkin Park
La grande originalité consiste à avoir filmé pendant les 2/3 du morceau, le groupe en concert, de dos. Des ombres chinoises si on veut. Intéressant.
Red hot chili peppers
Un gros clin d'oeil aux "one minutes sculptures" de l'artiste d'art contemporain Erwin Wurm mais au lieu que ce soit le public qui pose comme dans les expos de l'artiste, là Romanek fait poser le groupe dans des situations similaires...
No Doubt
Contient des images de homards et Jet set Radio (footage noir et blanc !). Bon sang Mark !
Mick Jagger
Ah ! Celle là est intéressante à plus d'un titre. Romanek impose un
système de cables harnaché aux épaules et ventre de Mick Jagger et des
différents intervenants et par ce système, la caméra est maintenue de 1
à 2 mètres. Ce sont les acteurs quand ils bougent qui font bouger la
caméra et se filment eux-mêmes, imposant leur rythme malgré le poids de plus de 20 kilos à se trimballer par les harnais. Une vidéo à voir.
Fiona Apple
Intéressante aussi cette dernière puisque Mark choisit d'illustrer le
propos de la chanson, une histoire de fillette consentante pour être
violée, une histoire d'inceste ou je ne sais plus quoi... Pour
accentuer le malaise des paroles et des situations (une jeune fille
recroquevillée dans un placard...), Romanek réduit la lumière en un
cercle, comme si un voyeur découvrait la maison avec une lampe de
poche, en plus d'utiliser un flash spécial donnant à Fiona et les
jeunes filles des yeux rouges. A voir aussi malgré/pour son côté inquiétant et dérangeant.

Beck dans le clip d'Odelay...
Nin Inch Nails
Première vidéo pour Trent Reznor, seconde en fait si on prend l'ordre
chronologique. Les références aux vampires d' Anne Rice abondent.
Romanek construit une ambiance de tons bleutés et verdâtres où l'
absinthe coule à flot. Les images surréalistes abondent (le vautour et
le crâne, les jumelles inquiétantes un peu siamoises par leurs cheveux entremêlés, le cimetière, la statue à la main
géante), le résultat est sublime.
Beck
La vidéo de l' album Odelay voit notre frippon marcher dans les rues
avec sa boîte à zik et l'instant d'après, l'image stoppe et la caméra
regarde plus précisément la tête du personnage avant de passer à une
autre séquence. La "vérité" on ne la saura qu'a la fin du
clip...Sympathique.
*une anecdote* A un moment, on voit une voiture arriver sur Beck, s'arrêter à ses genoux, et le plan s' arrête pour aller ensuite sur le visage en gros plan... La vérité c'est que Beck s'est fait l'instant d'après à peine renverser et à eu une fracture au genoux...
EELS
Novocaine for the soul, morceau mythique qui voit le groupe planer au
dessus du sol, faire de la musique dans l'air, sur des murs, sauter au
ralenti en noir et blanc. Simple mais beau.
Sonic Youth
Grandes références à l'architecture pour un clip barré et froid (jouant sur les cadrages) qui fout largement les boules. Cherchez le petit martien, arg...
Michael & Janet Jackson
Un vaisseau spatial où nos deux chanteurs se montrent énervés, cassent
tout, hurlent...Mais finissent par se réconcilier. Après Jet set, Mark
insère des images d'anime japonais de personnages qui hurlent.
*l'anecdote* C'est un des clips les plus chers du monde et pour cause,
il a fallu construire l'intérieur du vaisseau spatial et les effets
spéciaux. Et Romanek d'entrer dans le guiness book des records pour
ça....

David Bowie dans Jump they say...
Madonna
Un clip étrange et beau qui explore les rêves érotiques de la madonne
et fait des réferences à la mythologie, aux anges, à l'onirisme. Le
style Romanek (colombes, ralentis, instants suspendus) à son apogée.
Nin Inch Nails
La vidéo de Closer qui avait déclenché un certain tollé à l'époque et
pour cause, on y voit un animal "torturé" (en fait non, c'est du simulé
: Romanek ne supporte pas qu'on fasse du mal aux animaux), une femme
nue, des masques, un nautile (oui, oui...), des cloportes, un crâne de
cochon, des humains torturés, une gravure de vagin etc...
Et Romanek n'épargne rien non plus au film, le frottant au sol,
utilisant du super 8, du 16 mm, brûlant la pellicule à certains
moments...
*l'anecdote* Trent Reznor est suspendu à plusieurs fils qui le font
tournoyer tête en bas à plusieurs moments. Après ce plan, le pauvre
Trent est parti gerber aux chiottes...
Mark arrête de torturer tes chanteurs
David Bowie
L'une des meilleures vidéos de Bowie, et on la doit à Mark, donc merci.
Les références au "2001" de Kubrick et à "la jetée" abondent dans une
chanson où Bowie évoque son demi frère schizophrène disparu...
Madonna
Seconde vidéo ici de Madonna, on la voit cheveux coupés courts et
bleus. En fait toute l'esthétique tire vers le bleu, on se croirait
chez Bilal. Le clip met en scène une publicité en tournage au japon.
Madonna joue le rôle d'un célèbre mannequin dirigée par un grand
réalisateur, lequel n'est autre que le génial compositeur Ryuchi
Sakamoto, invité spécialement pour le clip.
Lenny Kravitz
Un classique de chez classique ce morceau ! Et selon Robin Williams, ce
clip est un hommage à la coiffure afro-américaine. En voyant le clip on
comprend...
*l'anecdote* La discothèque du clip fut construite spécialement pour celui-ci et détruite après. Erf....
Kd lang
Une scène de théâtre avec des clowns et une grande mélancolie dotée
d'espoir qui s'en dégage. La musique est sublime, ça m'a donné envie
d'écouter un peu plus ce groupe.

Le nautile ! Là !
Comme avec tous les dvds de cette collection, on a droit à un livret de
56 pages assez remplis d'interviews et photos et des commentaires audio
de Romanek à propos de son travail. Sans oublier un mini documentaire
où Ben Stiller, Robin Williams et Chris Rock évoquent le travail de
Mark. Et le making of de 99 problems.
Le son est en stéréo et le seul regret que l'on pourrait formuler outre
le prix parfois excessif de cette collection, serait le manque de
sous-titres français... Mais bon, ce sont des clips surtout non ?
Bon visionnage.
Edit du 25 décembre 2006, ajout de deux vidéos : NIN : Closer ainsi que David Bowie : Jump they say.
Anton Corbijn
Anton Corbijn - Le rêveur...

De tous les réalisateurs de clips, Corbijn est sans doute le plus
ancien, celui qui photographe de Joy Division à la base, est resté le
même, proposant un univers en noir et blanc, ou caméra super 8, ou
couleurs sépia dans ses vidéos, en plus d' un certain sens des
cadrages, géométries, oppositions...
Eh oui, Corbijn est le plus ancien de tous puisque contrairement aux
autres, il commence les clips vidéos dès la préhistoire de ceux-ci, en
1984....
Tracklist par ordre chronologique :
* Propaganda - Dr Mabuse (1984)
* David Sylvian - Red guitar (1984)
* Echo and the Bunnymen - Seven seas (1984)
* Golden earring - Quiet eyes (1986)
* Echo and the Bunnymen - The game (1987)
* Depeche Mode - Behind the wheel (1987)
* Joy Division - Atmosphere (1988)
* Joni Mitchell + Peter Gabriel - My secret Place (1988)
* Depeche Mode - Enjoy the silence (1990)
* U2 - One (director's cut - 1992)
* Nick Cave and the Bad Seeds - Straight to you (1992)
* Depeche Mode - Walking in my shoes (1993)
* Nirvana - Heart Shaped Box (1993)
* Henry Rollins - Liar (1994)
* Metallica - Hero of the day (1996)
* Metallica - Mama Said (1996)
* Depeche Mode - Barrel of a gun (1996)
* Depeche Mode - It's no good (1997)
* Herbert Grönenmeyer - Bleibt alles Anders (1998)
* Mercury Rev - Opus 40 (1999)
* Mercury Rev - Goddess on a Hiway (1999)
* Joseph Arthur - In the Sun (2000)
* Herbert Grönenmeyer - Mensch (2002)
* U2 - Electrical Storm (2002)
* Travis - Re-Offender (2003)
* The Killers - All these Things That I've done (2005)
Comme on peut le voir, ça se bouscule au portillon, et en plus y'a que du beau monde. Et l' esthétique Corbijn dans tout ça ?
Difficile a décrire.
Etant fils de religieux hollandais à la base, on
sent une certaine iconographie mais ce n'est pas que ça. Plus que les
musiciens, c'est le cadre et le côté plastique qui l' intéressent,
ainsi on verra souvent défiler des espaces déserts, des plaines, des
lieux où l' homme est presque inexistant. Corbijn dans le livret avoue
adorer les deux T de l' Europe (Tati et Tarkovski).
Sans doute celà joue-t-il beaucoup et effectivement on ressent par bribes ces influences mais loin d' être totalement digérées, elles ne font que servir le clip en lui-même et se révèlent parfois anecdotiques. D' ailleurs, remarque personnelle de cinéphile, à part Oshii et peut-être Gilliam, je ne voit aucun réalisateur réussir à comprendre pleinement l' oeuvre de Tarkovski, le seul dont Bergman disait qu'il était son maître (Je parlerais de Tarkovski un jour ici, au grand dam de Kitano Jackson hu hu...)... Mais passons aux clips, je vais tenter de dire quelques mots, du moins sur les plus intéressants, vu que ceux sur Dépêche mode, tout le monde en a sûrement vu un (Corbijn est le photographe et réalisateur attitré du groupe) mais je peut toujours en parler...

Nirvana - Heart Shaped Box.
Reviens Kurt tu nous manques...
Propaganda est assez intéressant dans le fait que Corbijn se sert du noir et blanc pour faire un clip expressioniste en clin d' oeil à Fritz Lang. Tout est donc utilisé, surimpressions, noir et blanc, jeux de lumières, même la "main" et le titre donnent à penser que ce clip en plus de s'inspirer de Lang en est aussi un bel hommage. La musique du groupe est bien aussi.
Le clip de David Sylvian, encore noir et blanc (cherchez pas la couleur chez Corbijn, elle n' apparaît que vers 1990, arf...), joue cette fois sur le visage du chanteur de Japan et du générique de Furyo en alternant celui-ci (qu'il a fort beau d'ailleurs) dans un paysage de plaines, roches acérées, avec des chevaux (...Sortis d' Andréï Roublev de Tarkovski ?), un enfant et un vieillard. Bien sûr, chaque plan ici à sa symbolique et la musique, très poétique s' accorde merveilleusement avec les images. Un de mes préférés de Corbijn.
Echo and the Bunnymen (seven seas) présente le groupe sur une pièce de théâtre tandis que celui de Joni Mitchell en duo avec Peter Gabriel, présente une tente et une pièce sombre, isolés de tout.Mouais.
Passons à Joy Division. Au vu de la date, celà fait
maintenant quelques années que Ian a disparu pourtant, un matin, le
patron de la Factory ainsi que des proches de Curtis demandent si il ne
serait pas possible de faire un clip en hommage à celui-ci, en
réutilisant le "morceau posthume" Atmosphere diffusé peu de temps après
la mort du chanteur sur les ondes. Corbijn, d' abord réticent (il a été
le photographe du groupe, il les connaît tout aussi bien, même voire
mieux que d' autres...), puis poussé par Tony Willson, s' exécute, réutilisant ses
propres photos (mythiques depuis le temps), où défilent des êtres
coiffés comme des moines, en blanc ou en noir, à l' image des deux
polarités, négatif, positif qui ouvrent le clip. Un bel hommage.
Depêche mode maintenant. Hmmm, je ne les ai pas tous vus, mais je peut en parler tout de même : Enjoy the silence
est le plus Tarkovskien dans son etat d' esprit : un roi (dave gahan)
qui se promène (non c'est pas Peer Gynt), loin des hommes, de ses
sujets (paradoxal...), à la recherche du calme pour poser sa chaise
longue et se reposer. Grands plans de paysages, arbres isolés, soleil
et neige, les couleurs rendues par la super 8 sont assez hallucinantes
je trouve. Et ce grain...
On en boufferait, certes.
Barrel of a gun montre Dave qui s' enerve, deviens méchant, a
des paupières peintes sur ses yeux ou le contraire, change de coupe (oh
placebo avant l' heure !) et porte un vêtement fait d' ampoules
lumineuses, tandis que It's no good présente le groupe comme un ptit groupe sans fric obligé de faire les bars miteux avec deux danseuses... 
Nirvana est intéressant pour son esthétique marquante et choquante de la couleur. A la base, c'est tourné en noir et blanc, puis on repeint par dessus, et puis le clip est riche en connotations lourdes de sens psychologiquement : le père crucifié avec chapeau de noyel sur la croix, les corbeaux mécaniques, la mère énorme avec les organes à l' air (comme sur la pochette d' In Utero), l' arbre a foetus, la jeune fille représentant la terre, qui gît comme morte avec les roses qui se fânent (couverture du dvd au fait). Anton, mon ami, qu' avais tu bu ce soir là ?
Un mot sur les autres clips, plus ou moins intéressants. Si celui de Metallica ne révolutionnera pas l'industrie du clip (c'est assez humble et gentil mais bon, on aimerait mieux pour Metallica), le clip de Joseph Arthur dénote une idée poétique : le chanteur-guitariste marche devant lui en lisant un livre dont il déchire les pages après lecture. Au fur et à mesure qu'il fait ça, des ailes d' ange lui poussent dans le dos...
Le clip d' Herbert Grönemeyer, Mensch, nous montre l' envers d'une pub pour glaces avec un ours joué par un figurant qui quand la lumière s' éteint, décide se promener. Il déprime et erre ça se voit, et pendant tout le clip, le figurant jouant l'ours (il a une bonne bouille en plus) n' enlève pas le costume au point qu' on arrive a croire en l' existence mélancolique de cet ours. Sublime. Le clip de The Killers joue sur une chronologie à la Tarantino contrariée (faut tout reconstituer le clip à l'aide des petits numéros) tandis que ceux de U2 nous montrent le groupe soit comme des Travestis à Berlin en quête d' identité (le mur n'étant tombé que depuis 2 ans et demi) dans One, soit comme une histoire d' amour entre le chanteur et une sirène (jouée par Samantha Morton, la précog de Minority Report) pour Electrical Storm.
Enfin le meilleur pour la fin avec Mercury Rev et Goddess on a Hiway
qui est une énorme critique à peine voilée des USA : Le chanteur, dès
le début peint des flingues en bois, des jouets. Sortant de sa maison,
il prend la route et se fait poursuivre par le shérif de la mince
frontière du petit pays d' Amérique. On pourrait s' attendre à ce que
le pauvre chanteur se fasse coffrer mais non : le shérif lui confisque
les flingues en bois et lui en donne un vrai à la place. (!!) Puis un
peu plus tard, le chanteur peint des petites statues de la liberté
qu'il accroche à sa voiture. Rebelotte, il prend sa voiture, va faire
un tour, le shérif l' arrête, et lui enlève toutes les statues de la
liberté. (!!!)
Jouissif et facilement compréhensible par tous. 
En plus de ça, on a droit à un livret de 56 pages comme les autres dvds de la collection, des vidéos de promos, un documentaire sur Anton et son sens de l'humour Hollandais, des interviews de Dave Gahan, U2 etc...
Du tout bon, ok c'est du toutes zones, mais un si bel objet d' art a ce prix, ça casse. Bref regardez les clips sur You Tube (cf partie musique), et amusez vous bien...