Chroniques visuelles

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mercredi 3 janvier 2007

Le garde du corps (1961)

gardetoncorps

Sanjuro, un ronin (samouraï désoeuvré) arrive dans un village où deux clans s'affrontent : celui du fabricant de saké et celui du fabricant de soie. Sanjuro va proposer ses services au plus offrant. Rusé, il va tirer parti de la destruction des deux clans rivaux...


Quand on voit ce film, on comprend immédiatement que le samouraï de Kurosawa a fortement inspiré tout un pan du western spaghetti à la Sergio Leone notamment l' amoral "Sans nom" joué par Clint Eastwood. Sanjuro (notre bon vieux Toshiro Mifune, l'acteur clé de Kurosawa avant la brouille finale sur "Barberousse") est profondément cynique, il se fout royalement de faire régner la justice, seule compte pour lui le moyen de gagner de l'argent en semant la zizanie.

Pourtant au fond de lui, c'est un homme bon qui règne et agit pourtant dans le seul but de délivrer le village et résoudant les situations comme on résout une équation compliquée, il n'hésite pas bien souvent à laisser faire, poussant les situations à son comble (le combat raté entre les deux clans au milieu du film, perturbé par la visite d'un inspecteur de l'état) et se contentant d'observer au loin, prenant du recul, tel un arbitre, sur son promontoire avec vue sur la scène entière. Réfléchissant sans cesse, il calcule sans arrêt ce qui lui sera le plus profitable.


Pourtant il n'est pas invincible et sa seule action bonne visible (délivrer une famille entière), il la paiera sous la torture ! Homme cynique et incroyablement fort, il ne révelera sa vraie bonté qu'a travers la confontation inévitable avec les autres crapules des deux clans. Ces crapules, Kurosawa les a voulu fondamentalement stupides, cupide, sans courage, sans sens de l'honneur et fait même exprès de nous montrer des gueules caricaturalement moches à souhait que c'en est savoureux.


La structure du film ressemble fortement à un western (pas étonnant que celà ait influencé à ce point notre cinéphile Leone) : l'arrivée d'un étranger dans une ville où règle le mal, les habitants cloîtrés chez eux, une situation tendue à souhait qui ne demande qu'a éclater (ce que Leone amplifiera à fond dans le western spaghetti, il n'y a qu'a voir la lente et lancinente ouverture tendue de "Il était une fois dans l'ouest" quand Bronson arrive) et surtout ce détail des feuilles mortes et du vent qui souffle presque désertiquement dans les allées. Et ces plans, repris alors dans le western mais dans de nombreux films : quand Sanjuro s'avance pour le duel final, la caméra le suit presque à côté, en retrait, avec respect et considération pour nous faire partager l'intensité du moment.
Ajoutez à ça une musique teintée de claviers à la fois magiques, ironiques et inquiétants qui renforce parfaitement les situations.

Kurosawa avait parfaitement capté l'air du temps (les mentalités japonaises dans les années 60 se tournent vers un esprit individualiste et compétitif inquiétant), son samouraï n'a plus rien à voir avec les 7 autres, entrés dans la légende, blasé et cynique, Sanjuro force pourtant l'admiration. Sans but ni vengeance à accomplir, il est le signe du profond changement de la société, ce qu'évidemment le public Japonais (mais pas seulement on le sait par la suite...) appréciera. Le succès sera tel que Kurosawa mettra une suite en chantier (à la demande poussive des producteurs), "Sanjuro" (aussi disponible en dvd chez Wild side), plus construite, plus longue et...Plus violente pour dénoncer encore plus la violence que Kurosawa, grand pacifiste n'a jamais pu accepter.

Le garde du corps est un grand film auquel d'autres lui doivent beaucoup.

Vous pouvez aussi lire une chronique du film ici.

Posté par Nio Lynes à 16:05 - Films anciens - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Salut, sympa ton blog. Et si on échangais nos liens ?

Viandox

Posté par viandox, mercredi 3 janvier 2007 à 16:59

Le Shaman

Soyons clairs et nets et précis, un chef d'oeuvre authentique de maitre Akira. Sergio Leone et Tonino Valerii lui doivent tout. et même Kurosawa lui même. N'est-ce pas formidable?
Oeuvre clasée très haut, très très haut sur les marches de mon podium.

Posté par le shaman, mercredi 3 janvier 2007 à 18:08

a voir

toute façon kurosawa n'a fait que des oeuvres majeurs, du coup je vais pas me répandre en propos dythirambiques et je vais plutot te conseiller de jeter un oeil également a l'excellentissime Zatoichi contre yojimbo!!

Posté par kitano jackson, jeudi 4 janvier 2007 à 20:53

Sympa ton blog. Si on échangeais nos liens ?

Posté par aspirine, lundi 8 janvier 2007 à 13:04

Mais tu es déjà dans mes liens toi ! ;)

Posté par Nio, lundi 8 janvier 2007 à 15:55

western soja

Sympa ton blog! si on échangeait nos liens?
Non, je ne sors pas, j'ai d'abord quelque chose à dire.
Je n'ai malheureusement pas vu ce Kurosawa (wah! le boulet!), mais ce que tu en dis me fait également penser à Sergio Leone. Néanmoins cette façon de régler les problèmes d'un village en organisant le boxon et en jetant de l'huile sur le feu m'évoque plutôt "Pour une Poignée de Dollars", non? On retrouve la même thématique dans le sublime western de Clint Eastwood - qui est avec ce film le continuateur de Leone - "L'Homme des hautes Plaines" (scandaleusement trahi sa VF).
Anyway, Kuro est un grand inspirateur du western - je ne te fais pas l'affront de citer John Sturges...
Bon, à présent, je sors...

Posté par patchworkman, samedi 20 janvier 2007 à 09:13

hé hé

Ben récemment j'ai lu dans une analyse de Leone qu'il avait justement vu ce film avec son scénariste avant de commencer le "pour une poignée de dollars"...Etonnant non ?

Posté par Nio, samedi 20 janvier 2007 à 11:55

Le Shaman

Etonnant aussi dans les dialogues de "pour une poignée de dollars" : prépare 3 cerceuils! lance Clint. Dois-je rappeler qu'un film italien se regarde en VF? Et on retrouve les mêmes dialogues sortis de la bouche de Mifune dans "yojimbo".
Il n'y a rien d'étonnant que Sergio Léone soit cinéphile, et que les gens ne voulurent pas admettre que Kurosawa avait influencé toute une vague du western spaghetti, "Django" en tête!
Et bien entendu, comme dit patch, John Stuges doit tous ses mercis à Kurosawa.

Posté par le shaman, samedi 20 janvier 2007 à 15:02

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