Après lecture des interventions de Gans et bien sûr, bien avant celà, de Akiora Yamaoka, on comprend plus clairement le jeu à travers le prisme du film (et vice-versa).Une ambiance, une esthétique, une volonté d'ouvrir pour un plus large public, la peur plus comme malaise que comme sursaut (un truc très travaillé chez Cronenberg où la "peur-malaise" continue de travailler aux tripes bien après la vision du film), et bien sûr la question que se posent plus ou moins tous ceux qui ont joués aux jeux ou écoutés les fabuleuses soundtracks des jeux : "Y'a t'il la sirène ?"

Non, c'était pas ça ? dent

Ah merde.

"Quelle sirène ?" s'exclament ceux qui n'ont pas vu le film.

Il y a tant dans le jeu que le film, une sirène qui retentit quand Silent Hill est plongée dans les ténèbres. A ce moment, le noir semble recouvrir tout l'écran, et le spectateur, content, se cramponne dans son fauteuil, car il sait qu'a ce moment, ça ne va pas être rose du tout. D'ailleurs disons le, la sirène retentissante du film est un des meilleurs moments.

Je me rappelle quand j'avais vu le film en salle avoir rédigé sur un blog perso défunt mon exaltation en ces termes :

" Pendant le film et sans trop dévoiler de spoilers, disons qu'une sirène se fait entendre dans Silent Hill, celle ci étant le signal que la ville plonge dans les ténèbres, offrant un fort contraste entre le monde d'une ville noyée sous le brouillard et une poétique pluie de cendres (j'ai même cru que c' était de la neige au départ) et celle, plus glauque, qui surgit dès que la sirène surgit et que le monde se voile de ténèbres qui tombent d'un coup, comme ça, un peu comme si quelqu'un avait éteint la lumière. Du coup forcément, on attends la prochaine sirène avec exaltation, crainte et envie. Exaltation car le film dévoile progressivement les ténèbres de Silent Hill, crainte parce que c'est un gore malsain digne des meilleurs Cronenberg (d' ailleurs, c'est la première fois que je vois un gore aussi esthétique, chapeau !), envie parce qu'on sait à chaque sirène qu'on va avoir sa petite dose, et quand la sirène retentit le temps semble se figer, le papier peint se décole du mur pour former des plaies sanglantes dans le sol et les parois, et celà avec des effets spéciaux de toute beauté, pas superflu du tout (ouf). On jurerait presque qu'un artiste schizophrène aurait refait la déco murale".

(Nio - note du samedi 13 mai 2006. nilas.canalblog.com...)


L'autre point fort (ou plutôt les autres, aurais je envie de dire), c'est la créature (les créatures)....Pyramid Head, issu normalement de l'univers du jeu qui ici avec son épée, crève littéralement l'écran. Impressionant, on redoute dès son attaque la créature, qui ressurgira avec fureur (j'ai failli faire un mauvais jeu de mot à base de national socialisme ici, ouf, pas fait) à un autre moment important du film (qui aura hélas le défaut de montrer la source de la sirène. Personnellement je trouve qu'on aurait dû rester dans le mystère).

pyramidsongrad
Pyramid song. Ah non, ça c'est radiohead, autant pour moi.

Enfin, le brouillard, élèment des plus importants dans le film, qui participe de son esthétique fabuleuse pour moi (avec aussi les décors, signés par Carol Spier, la décoratrice de Cronenberg, quand même) et là le bât blesse un peu. Si je devais donner dans les reproches au film de Gans, j'aurais préféré que le film reste plus "ambiant" et "abstrait", noyant totalement les spectateurs tant dans le fond --l'histoire qui serait devenue encore plus mystérieuse que ce fameux brouillard et ces cendres-- que la forme --le brouillard mais aussi plus techniquement la manière de filmer qui aurait pu s'attarder sur le décor, les roches, un peu comme dans certains films d'Antonioni--. Mais ce sont des reproches assez personnels finalement qui concerne subjectivement ma manière de conce-voir et apprécier un film et là vous me direz : "bref, chacun son point de vue" et vous avez raison. Et oui, parce que là le vécu de tous s'immisce selon que d'une part on a joué ou non aux jeux, d'autres part, on soit plus fans d'une pré-esthétique au jeu (les 4 B.Os de jeux dont des musiques sont reprises avec grand bonheur) que l'on connaissait depuis un certain temps (je crois qu'Edounet et moi, adorateur de Yamaoka pouvons nous placer dans cete catégorie).

Gans savait qu'en s'attaquant à une adaptation de jeu pour le cinéma, il devait faire des choix et que bien sûr celà ne serait pas parfait mais comme il le mentionne --avec roublardise bien sûr-- plus bas (ou plus haut, ça dépend comment vous lisez ma chronique), son adaptation reste l'une des meilleures adaptations de jeux vidéos du moment (et pour longtemps je pense...Et ce n'est pas le 3e volet de Resident Evil avec Milla-fifth-element-Jovovitch qui me contredira. D'ailleurs pour les connaisseurs du jeu, le personnage de Leon apparaitrait dans ce 3e volet en film. Je n'imagine même pas l'horreur si on nous colle un bellâtre stupide, aie ouille...) parce que Gans a compris qu'il fallait puiser la synthèse du jeu sans non plus reprendre des choses qui seraient purement du jeu en lui-même même si on peut effectivement se demander ce qu'apporte le petit jeu de piste vidéoludique inscrit dans le scénario et introduit par le personnage dans les toilettes (et la clé), ce que Patchworkman a très bien souligné.

silenthilllfog
Je me demande encore comment ils ont fait ce brouillard. Faudrait demander à John Carpenter...

Pour autant et en reprenant les reproches que le Patch donne dans sa chronique (notamment le scénario un peu bancal) subjectivement je ne trouve pas que Silent hill soit raté (et si j'avais été plus agacé par le film en le considérant comme un ratage, ma chronique serait dans la catégorie "beurk" à droite....). En le revoyant avec le recul dernièrement, je lui trouve un aspect de plus en plus plaisant et ses quelques défauts ne le rendent qu'encore plus sympathique à mes yeux. Une esthétique du gore aussi belle, je n'en avais pas vu récemment dans les films (sauf chez 2,3 réalisateurs de ci, de là), les plans sont d'une grande beauté, les décors tuent (enfin pas littéralement non plus mais ceux qui ont vu le film me comprendront), on retrouve nos musiques d'ambiant/indus' adorées et même si l'héroïne semble le personnage le plus intéressant (pour moi hein...Le pauvre Sean Bean par exemple est trop effacé du film tout comme Cybelle la fliquette qui reste trop "plan-plan" je trouve), j'avoue avoir été encore plus bluffé par la jeune actrice Jodelle Ferland (en plus elle est mimi comme tout), que je trouve mille fois plus naturelle que Dakota Fanning. Et Jesus Gris m'indiquait qu'elle est encore plus incroyable dans le Tideland de Gilliam. J'ai hâte de le voir, curieux que je suis.

Bref, sans être un chef d'oeuvre, Silent hill le film, s'avère être des plus plaisants, une chouette série B luxueuse (qui ne fait pas spécialement peur, tant pis) aussi sympathique (voire plus) qu'un quelconque blockbuster ou dans le style adapted video game, Resident Debile (pardon c'est nerveux)...

Vous pouvez aussi lire la chronique du Patchworkman et l'avis de Jesus Gris dans son bilan.