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Et un oscar pour Chihiro, un ! Bah après tout, ce n' est que justice...

Récemment je me suis revu Le Voyage de Chihiro, incroyable film somme de tout l' univers de Miyazaki et pour peu que l' on soit fan de l' ami Hayao, on remarque que cette odyssée intérieure, cette ôde à l' enfance et au courage est aussi un point de non retour, plus que Princesse Mononoke, dans le sens où l' oeuvre de Miyazaki, maintenant à son sommet se permet de faire dans le recyclage intérieur (ce qui n'est pas une critique négative mais plus un effet de style bienveillant du maître pour ma part), sans compter les nombreuses références universelles qui marquent une fois de plus.

Ce qui frappe dans ce film à chaque vision, ce sont non seulement la richesse thématique de l' oeuvre (les trucs facilement discernables, vous savez, la compréhension mutuelle, le courage, la confiance en soi, l' inconnu, la peur de l' étranger et son acceptation progressive, bon tout ça vous connaissez je ne vous fais pas l' affront de vous le rappeler, ça saute naturellement aux yeux dès qu' on voit le film), mais aussi les séquences géniale et les clins d' oeils, énorme, riches en intensité, bien plus que chez Princesse Mononoke ou Le château dans le ciel, par exemple.

chichiflouuuu

Par exemple, les scènes du train où Chihiro et ses nouveaux amis font le voyage presque seuls jusqu' à la station de Zeniba, la soeur jumelle de Yubaba. Comment ne pas être frappé par ces gens transparents, presque de parfaits anonymes, de simples fragments de temps qui font un bout de trajet avec Chihiro mais n' iront pas avec elle. Et l' espace d' un trajet, des saillies de merveilleux se déployant : une île-maison avec son arbre dans un océan, le train lui-même, voguant sur l' océan, une gare puis une fillette transparente, à peine une silhouette, qui reste sur le quai tandis que lentement on s' éloigne.

La séquence d' après, alors qu' on est arrivés à destination s' engage une marche dans la forêt, à peine éclairés par une lampe sur patte.
Un fragment de rêve sublime.

J' ai parlé de clins d'oeils plus haut, Miyazaki en adresse une directe à un autre géant de l' animation japonaise et du manga, j' ai nommé Katsuhiro Otomo. Comment dans la chambre du bébé, ne pas s' étonner en effet, de l' incroyable ressemblance avec la chambre nurserie des enfants mutants d' Akira ? Même endroit au décalque près (presque), même voûte étoilée avec ptérodactyle au plafond. Troublant non ? C'est la citation la plus visible, les autres se situent dans l' architecture, les années 70 et la culture japonaise, il faut les chercher...

wouuuuuuuuuuuuah

Mais plus que tout, la richesse et les différents niveaux de lectures, on sait Miyazaki aussi engagé que son comparse Takahata (Le tombeau des Lucioles, pour n' en citer qu' un), et même si on peut lire le film à une première lecture thématique, on peut en voir d' autres si l'on y réfléchit bien, un peu comme dans les films de Romero.

Dans Chihiro, les humains ont abandonnés un parc d' attraction que les dieux ont investis et les humains mangeant de la nourriture des dieux se voient punis en se transformant en cochon. Faut il y voir une punition de la part de Miyazaki et une critique envers un Japon ne croyant plus à son folklore et son identité culturelle ? La question se pose là et dans une étrange confrontation de la modernité (les parents avec leur voiture moderne et leurs manières de s' installer comme ça au restau' alors qu'il n'y a personne, très sûrs d'eux : "on a notre carte bleue de toutes façons") et du traditionnalisme (la mythologie, les bains publics japonais, les divinités). La modernité se voit placardée, brochardée d' un coup (on peut dire que les parents sont punis pour leurs mauvaises manières) et Chihiro est alors la passerelle, celle qui en acceptant et découvrant ce monde petit à petit, réconciliera les deux univers, à l' image du Japon moderne. D' ailleurs ne dit on pas que notre monde se construit dès l' enfance ?

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Pourtant malgré toute sa richesse et sa beauté, ses expérimentations (1er Ghibli colorié a l'ordinateur ! Du jamais vu à l' époque ! Et puis l' eau en image de synthèse, la pluie en prise de vue réelles à certains moments, fallait le voir), Le voyage de Chihiro n' est pas mon Miyazaki préféré. Dans ce film (et celà se confirma avec le suivant, le château ambulant), Miyazaki semble proposer étrangement un sympathique best off en recyclant son univers : Les cochons, le dragon Haku qui ressemble aux loups de Mononoke, l' homme en noir transparent rappelant la noirceur jaillissante du corps découpé du dieu cerf de Mononoke, les boules de suif renvoyant a Totoro...

Enfin celà ne gâche en rien le film qui reste un chef d' oeuvre (comme pratiquement tous les films de Miyazaki), mais je lui préfère Princesse Mononoke (le lyrique sans recul) et Kiki la petite sorcière (la part de rêve, d'autant plus que ce dernier touche a des choses et des situations assez proches de moments de ma vie)...