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Eté 1945 : Le Japon est occupé. "Le Soleil" retrace les événements intervenus entre deux décisions historiques prises par l'empereur Hirohito : la reddition sans conditions de son pays face aux Alliés et la renonciation à son ascendance divine. Il reconstitue des scènes de la vie quotidienne de l'empereur, évoque la rencontre de deux personnages que tout oppose, Hirohito et le général MacArthur. Sans forcer l'empereur japonais à prendre des mesures spécifiques, sans le menacer, sans l'humilier, le général américain finit par obtenir ce qu’il veut.


C'est assez étonnant que ce soit TF1 vidéo qui édite le film de Sokourov chez nous. C'est même assez étonnant quand on s'aperçoit que le film même si il ne brille pas par un portage technique (on a juste la version originale sous-titrée en français et c'est tout ! Même pas de piste russe...) est par contre rempli de bonus (dont deux des plus intéressants sur lesquels je reviendrai en détail après) a foison des plus intéressants ! Tandis que sur Kill Bill chez le même TF1 vidéo, le son est porté par différents moyens sonores (5.1 et DTS par exemple) mais côté bonus c'est du pauvre de chez pauvre où on frôle presque l'autocongratulation (même ce pauvre Quentin Tarantino semble plus intéressant en interview papier !).

Bref deux poids, deux mesures, mais qu'y pouvons nous ? Tant que les éditeurs continueront de prendre les spectateurs comme de pauvres moules sous-affamées accrochées a leurs rochers, ça restera comme ça...


Mais même avec de faibles moyens techniques, rien ne pourrait altérer la portée de cet immense film qu'est Le soleil.
D'abord ce film est grand parce qu'il voit petit, au sens positif du terme. Sokourov choisit d'éviter le spectaculaire en montrant humainement, humblement, un dieu vénéré qui, après tout, au fond de lui, aurait plus aimé qu'on le traite en homme. Quand bien n'y fait, il essaye de faire comprendre son statut à ses serviteurs, ceux-ci ne le comprennent pas. Après tout, comment pourrait on changer plus de 1000 ans de culture japonaise où l'on conditionne un peuple a croire que l'empereur est théoriquement le descendant de la grande déesse Amaterasu (qui créa le soleil pour les japonais si j'ai bien compris...) ? Hiro-Hito (formidable acteur qu'est Issey Ogata : Il ressemble presque traits pour traits à l'empereur !) semble donc isolé, retranché, perdu tel un enfant dans un monde qui le dépasse, où tout le monde semble a ses pieds. Presque innocent dans quelque chose qui ne le concerne pratiquement plus (il le dit lui même dans le film, les décisions de guerre telle que Pearl Harbour ne sont pas de son fait...!).

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Sokourov filme sur un rythme contemplatif  la lente déchéance de l'empereur sur 2 parties (le retranchement dans le bunker puis l'abdication de tous les pouvoirs), ce qui risque de faire fuir une grande partie de la population, peu réceptive a cette manière de filmer en suspension, hypnotique. Ils auraient bien tort ! Car en dehors de son rythme lent (donc, je précise que le film n'est absolument pas a regarder si vous êtes très fatigué. Ah non.), le film en plus de son grand humanisme et de la compassion dont il fait preuve pour le dernier dieu vivant Japonais (son fils, l'empereur actuel japonais n'a pas tout à fait les pleins pouvoirs a ce point) dans la quadrilogie de Sokourov (les autres films sont Taurus et Moloch et parlent respectivement d'Hitler et Staline. Le 4e est en préparation et serait, selon le réalisateur russe, sur Faust) se dote en plus d'un tournage en haute définition au numérique en plus de retouches plastiques sur ordinateur à certains momens.

Le résultat est d'une beauté désincarnée à tomber à la renverse qui atteint son apogée dans les rares scènes extérieures de nuit, voire la scène du rêve de l'empereur, hallucinée où des avions en forme de poissons-chats balancent des bombes poissons. Une scène malheuresement trop courte mais hallucnante a tous points de vue.

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Ce qui surtout ici, intéresse le réalisateur russe, c'est la condition de l'homme, ou plutôt de ce dieu vivant qui doit abdiquer au final pour renoncer a son ascendance divine. Le prix en retour est dur à payer : le pays est ébranlé, c'est définitivement la fin pour les japonais mais à ce prix, un être redevient humain et peut désormais retrouver sa femme et tenter de mener une vie paisible a laquelle il aspirait plus que tout.

Merveilleux film. Complexe certes mais d'une rare fragilité et d'une grande beauté.
Et quand on l'a fini, il revient vous hanter, par fragments épars.
Par rayonnements.

Ce soleil, maintenant, c'est le nôtre. Intérieur.

Et bonux, le trailer (somptueux aussi) pour vous donner une idée :