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Il fallait oser faire un film sur le 11 septembre alors que la plaie Américaine ne s'est guère cicatrisée. Et surtout, il fallait oser faire un film réussi, réaliste, dégagé de tout relent hollywoodien ou patriotique, abordant la vérité de front pour recevoir sa douloureuse gifle. Parce que la vérité fait mal mais elle est nécessaire. Ainsi, Vol 93 par le soin apporté à l'histoire, la reconstitution et le parti-pris de se coller au plus près de la réalité, évite de se planter à l'atterrisage (désolé pour le mauvais jeu de mot foireux, je reconnais qu'avec un tel film il n'y a pas là de quoi rire), ce qui n'est pas le cas du World trade center d'Oliver Stone, bourré de bêtise et inutile bravoure pour la gloire du drapeau aux 50 étoiles.

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Faut il raconter l'histoire ? A vrai dire j'en doute, tout le monde doit la connaître a peu près mais peut-être peut on encore la repréciser. Sur les 4 avions "lancés" contre les Etats-Unis le 11 septembre 2001, trois atteignirent leur cible. Le 4e, le vol 93 de la United Airlines, qui devait normalement atteindre la maison blanche pour s'y écraser, n'y arrivera jamais, les passagers s'étant sacrifiés en tentant de déjouer les plans des terroristes, l'avion s'écrasant fatalement en pleine campagne.

Comme tous maintenant, vous connaissez l'histoire mais Vol 93, n'est pas que ça, ne se résume pas qu'a ça. Ce serait comme penser "oh ben c'est comme Titanic", on connait déjà la fin, ça vaut pas le coup. Grosse erreur (et Titanic de Cameron a quand même eu 11 oscars, pas mal pour un prétendu film dont on connait plus ou moins déjà la fin, non ?), ce serait sous-estimer largement le film.

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Comme évoqué plus haut, le film refuse les écueils narratif en vigueur dans le cinéma actuellement. Paul Greengrass adopte un style documentaire pour le coup, caméra a l'épaule et scinde son film en 2 grandes parties, retranscrivant à la fois la panique en vol à bord de l'avion détourné, mais aussi la panique au sol (on voit que la situation file entre les mains des contrôleurs aériens mais aussi des militaires) pour ne plus se concentrer dans sa 2e partie sur les derniers instants de peur mais aussi de courage des pauvres passagers du vol 93. Pour permettre au maximum l'identification mais aussi coller a la réalité, les acteurs jouant les passagers sont non seulement pas ou peu connus mais possèdent presque pratiquement le même visage que les passagers disparus (cf dans les bonus, les photos des véritables passagers de l'avion, c'est dingue comme ils se ressemblent !).

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Et bien sûr plus la vérité sur le moment monte, plus l'intensité décolle horriblement, accentuant le malaise que le film provoque. Les 20 dernières minutes se déroulant exclusivement dans le cockpit, Greengrass cerne tout au possible, la peur des passagers comme des terroristes, la violence extrême pour la survie lors de la tentative desespérée de récupérer l'appareil par les passagers, et la fin, noire, fatale, du crash filmé de l'intérieur même de l'avion, clouant le spectateur dans son vertige étouffant. Le tout sur une musique formidable de John Powell sachant rester discrète ou mouvementée (sans trop en faire) quand il faut au bon endroit.

Vol 93 est une gifle magistrale car terriblement bien plus humaine et réaliste que tous les films catastrophes qu'on a pu voir depuis près de 10 ans.