Chroniques visuelles

Chroniques de dvd, films et autres...

mardi 25 décembre 2007

Petit top cinéma 2007...


Un peu en retard, voici un petit top 10 cinéma (très subjectif) en ce jour de Noël. Enjoy !


1. L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford



A défaut d'avoir eu un film de Malick, on aura eu quelque chose d'assez différent et pourtant proche pour nous faire patienter. Porté par son sens contemplatif, ses paysages, sa photographie magnifique, ses deux acteurs principaux et la superbe musique de Nick Cave, le film distillait une hypnotisation bienvenue (certain diront de l'ennui, les goûts et les couleurs...huhu) lui conférant une certaine magie. Un film à revoir encore et encore pour mieux l'apprécier.

2. Ratatouille



Sous un titre de nourriture des plus alléchants, Pixar signe une fois de plus un sans-faute (mais où diable s'arrêteront-ils ?) qui ravira petits et grands sur une histoire pas spécialement des plus originales mais soignée avec la grande classe du studio. Couleurs châtoyantes, respect du spectateur, personnages habilement construits, situations cocasses, Camille qui signe "le festin" en chanson principale...N'en jetez plus, c'est du très bon cru Pixar.

3. Zodiac



Tout le monde se sera forcément posé la question : Film de la mâturité ou habile film de transition ? C'est que Zodiac déroute, n'était pas prévu, ne ressemble pas spécialement à ce que faisait Fincher auparavant (sauf peut-être --et c'est là que pour moi il rejoint "the game" d'un point de vue classique : une musique subtile et pas grandiloquente, pas de mouvements pointus de caméra comme dans Fight Club et Panic Room, une histoire qui zig-zag, échappe au spectateur --comme aux personnages de zodiac ou du pauvre Michael Douglas largué et fatigué du jeu --au passage, Douglas n'apprendra vraiment ce qu'est le jeu à la fin. Nous, nous ne saurons jamais vraiment qui est le "zodiac". Ne nous reste que le doute, à l'image des personnages du film--...) car Zodiac est l'histoire d'une enquête (sous couvert d'une superbe reconstitution d'une décennie des 70's qui semble bien loin) qui piétine de plus en plus, rongée de l'intérieur par les désillusions et le temps... comme la réalité où bien souvent les procès traînent, les gens semblent oubliés, la justice piétine.


4. Control



Voilà un film que j'aurais facilement et méchamment pu démolir étant donné que je suis un fan de Joy Division d'une part, que j'adore l'esthétique noir et blanc des clips d'Anton Corbijn (même ses clips en sépia pour U2 et Dêpeche mode sont vraiment beau) d'autre part et qu'en général les adaptations biographiques ne sont pas ma tasse de thé (j'ai dû en voir...4 ? 5 ? ...Ray, 8 mile, ALI, Un homme d'exception, Control. Ouaip, 5.), bref...
Mais j'étais curieux du résultat bien sûr sans trop spécialement en attendre. Et je ne fut pas déçu par ce qui, pour moi est une des meilleures bios sincères et véridiques (qui mieux que Corbijn qui connaissait le groupe pouvait faire ce film ?). Encore que j'ai pas vu "i'm not there" qui me fait bien baver.


5. 28 weeks later



Bon lui au contraire je l'attendait méchamment. La moindre info me faisait saliver au possible. Et je ne fut pas du tout déçu, même ! Je fut agréablement surpris et j'ai sans doute plus aimé que de raison le film donc vous comprenez que sa place ici est bien sûr dictée par le coeur. Parce que j'aime sa musique, sa scène d'ouverture est tétanisante, Londres isolée avec les arrivées m'a rappelé mes voyages en angleterre (avec les sas et duty-free où je voyais derrière les vitres un monde qui m'était aussi inconnu que celui que redécouvrent les survivants qui veulent repeupler la ville), les marines qui s'emmerdent (ça m'a bien fait marrer), le plan gore (très exagéré je sais mais bon, j'ai toujours voulu voir un plan comme ça, crédible ou non) avec l'hélicoptère qui charcute par ses pâles les pauvres zombies (on va pas les plaindre non plus)...
Bref le coeur à parlé. C'est pas un chef d'oeuvre, y'a bien sûr des défauts mais après, on s'en fout, c'est fun, corrosif, parkinsonnien (heu ouais mais pas grave hein :) ) ), violent (le premier est battu largement), pas con etc etc....

6. Beowulf 3D
7. Sunshine (même si les 15 dernières minutes m'embêtent un peu, au fond. Le reste, c'est beau, magique, sublime, réaliste, prenant)
8. Les promesses de l'ombre (même si j'avoue lui préférer "A history of violence")
9. Le monde, la chair et le diable (ressortie)
10. Suspiria (ressortie remastérisée de toute beauté)

Pas si loin que ça derrière : Amer béton, pirates des caraïbes 3, Tarantino et Rodriguez...




Ma déception de l'année.


Les contes de Terremer

Il y a bien sûr des qualités mais le fils Miyazaki n'est pas son père, c'est bien et en même temps un peu dommage et à force de vouloir jouer sur trop de registres, le film se dégonfle vers la fin dans ce qui me semble une pirouette abracadabrante formidable de naïveté (oui, oui, l'amour transforme ma coupine en dragon qui nous sauve de la méchante sorcière. Euh... Oui, c'est ptêt métaphorique mais y'a un nombre considérables de cinéastes --pas qu'intellectuels-- qui à ce jeu s'en sortent bien mieux Shocked ) dans un film pourtant des plus sombres et cruels au début (on y parle quand même de parricide, d'esclavage, de marque, de dragons qui se zigouillent à grandes giclées de sang, de double obscur, de magie noire...). Déception personnelle donc. Neutral


Pas vu, pas spécialement intéressé.

  • La Môme. Je subodorais une reconstitution spécialement lacrymale TF1nisée, donc...
  • 4 mois, 3 semaines, 2 jours. On pourrait rajouter 1 heure. Mais bon... :)
  • Die Hard 4. Mais ptêt que j'aurais pu le voir. Sur le coup, je manquais de temps en fait.
  • Les 4 fantastiques 2. En fait je voulais le voir mais juste pour le surfer d'argent. Comme tout le monde, donc.
  • Supergrave. Je craignais un film supergrave justement, au sens superlourd. Après, on me dit que c'est bien, mouais...


Les ressorties cinéma et dvd qui font plaisir...

  • Suspiria (1976). Les couleurs, bon sang, les couleurs !!! Bon, la fin rouge par contre, euh...oui...
  • The Killers (1946). Parce que Ava Gardner et Burt Lancaster.
  • A bout portant (1964). Parce que c'est le remake de The killers et que Lee Marvin et Angie Dickinson y sont superbes.
  • Blade Runner (1982).


Sur ce, je vous souhaite un joyeux Noël !


 

Posté par Nio Lynes à 22:03 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 3 décembre 2007

2001, l'odyssée de l'espace

Thème du monolite à chopper et écouter avec la chronique.

(Requiem for Mezosopprano par Ligeti. Vous mettre le "also sprach Zarathusta" de Strauss, archi connu au demeurant aurait été trop simple, non ?)


2001woatitile

C'était une gageure insensée de réaliser une oeuvre évoquant l'Humanité de la préhistoire au XXe siècle, voire au délà et pourtant, Stanley Kubrick avec l'aide du romancier (ici scénariste) Arthur C.Clarke s'y était risqué en 1968, changeant du même coup toute l'approche de la Science Fiction pour les décennies à venir. Il y a bien un "avant 2001" dans la SF, comme un "après 2001" et même les oeuvres les plus intéressantes de l'avant (je pense notamment à "Planète interdite") n'atteignaient pas ce niveau de modernité, de précision, de pure beauté tout comme les oeuvres de SF sorties après s'en sont rarement approchées ou sur d'autres plans (comme Alien qui subjectivement, d'un certain point de vue esthétique écrase encore aujourd'hui de nombreux films doppés à l'image de synthèse), à part de rares films de certains réalisateurs (dont Mamoru Oshii).

"2001" comme on le surnomme plus simplement (vu que la date fatidique est passée) a fait rentrer la SF dans l'âge adulte depuis près de 30 ans qu'il est encore désolant par moments de constater que le genre en lui-même reste encore à part, coincé entre la frilosité des lecteurs/spectateurs comme des critiques/producteurs/éditeurs/auteurs. 2001 lui-même reste encore un part dont le degré de perfection ne l'a guère fait vieillir. Depuis 68, l'oeuvre reste énigmatique, fascinante, contemplative et belle et l'on aura de cesse de visionner le Kubrick's cube, rien n'y fait (tenez, moi ça doit bien être la 15 ème fois que je vois le film. De plus en plus beau au fur et à mesure que la technologie évolue, tiens. En VHS c'était déjà beau, en dvd c'est supra-beau.)...

2001singe

Y'a t'il une clé pour décoder 2001 ? Non.

Ou plutôt si.

Vous.

Le film se construit sur l'interprétation très personnelle que chacun à en lui (alors que le livre fournit une réponse claire ce qui n'est pas forcément la meilleure chose) : Je me rappelle en avoir discuté il y a quelques années avec mon père, il en avait compris qu'a la fin, l'astronaute Dave Bowman avait subi une distortion du temps et remonté jusqu'au XVIe siècle, quand à moi j'avais plutôt cru qu'en allant aussi loin, il avait atteint un espace infini dans un monde parallèle qui l'effaçait successivement face aux autres lui-même afin de renaître... Et je pense que bien d'autres ont pensé à un moment leur propre interprétation du film face à la fin terriblement ouverte que le maître donnait.

Déjà, à sa sortie, ça avait dû être un choc. Je me souviens avoir lu des avis (notamment celui, passionné de Serge Kaganski des inrocks) très partagés entre les différentes générations. En gros, les plus âgés n'y comprenaient rien quand les plus jeunes se sentaient transportés de bout en bout sans ressentir la nécessité de comprendre l'histoire. Il suffisait d'accepter de se lancer dans le grand voyage interstellaire proposé par le cinéaste pour l'apprécier pleinement. L'histoire semblait alors secondaire face à la toute puissance des images.

2001station

On dit qu'au début était le verbe. Et avant ?

Avant il y eut la sauvagerie de ce qui n'était pas humain. Le début, sorte de documentaire presque véridique nous montre la tribu de Guetteur de Lune, hommes encore singes, pas spécialement sapiens (et encore moins homo sans vouloir faire de mauvais jeu de mot) en proie à un quotidien peu agréable : comme si celà ne suffisait pas de n'avoir presque rien à manger et de se faire constamment dévorer par de gros félins, nos pauvres hommes-singes se font humilier par une tribu adverse, plus aggressive pour avoir un peu d'eau.

Et voilà qu'un matin, surgit de nul part ce grand bloc opaque et étrange qui ne réfléchit aucunement la lumière du soleil tandis que s'élèvent des choeurs inhumains qui font frissoner le pauvre spectateur. Panique chez les primates qui s'écartent craintivement du bloc noir avant d'y revenir lentement, la peur se muant en fascination puis attirance. Ils caresseront tous la pierre et l'un d'eux plus tard aura une sorte de déclic en voyant des os : il s'en servira comme outil.

Là est la première trace de progrès semble dire Kubrick avant pourtant de nous montrer que ce progrès ne se départit pas d'un certain pessimisme : lors de la prise de conscience du singe que l'os peut lui servir d'arme pour avoir de la nourriture, le réalisateur inserre rapidement un plan du monolithe : cette évolution, notre évolution est guidée, aidée. Ce n'est pas le singe qui arrive tout seul à modifier ses neurones pour accepter tout seul le fait que l'os qu'il tient peut servir de matraque, c'est le monolite qui lui donne cette idée. Ensuite second point, toute évolution semble ne se faire qu'au dépens du plus faible et il y a toujours une perdition, un manque irremplaçable chez certains : Ayant récupéré de la nourriture, la tribu commetra alors un premier meurtre (tous les singes, galvanisés se mettent à achever la pauvre victime à tour de rôle). Là s'arrête l'état sauvage, là commence les sociétés humaines : sur le meurtre.

2001hotesses

Puis, à la suite de la plus célèbre ellipse du cinéma, plongée dans le futur, des millénaires après, dans notre bon vieux XXeme siècle. Suite à l'excavation d'un étrange monolite noir sur la face cachée de la lune (le spectateur pas dupe, comprend qu'à tous les coups c'est le même monolite qu'au début, bien sûr), enterré délibérément pour qu'il soit retrouvé par l'Homme et lance son étrange signal vers les étoiles, se met en place une expédition vers Jupiter, endroit où l'étrange signal fut stoppé net. A ce stade, nous avons pu remarquer le ballet des vaisseaux spatiaux dans le vide interstellaire sur une valse bien mélancolique de Strauss, cet aspect contemplatif offert par ces vaisseaux qui lentement glissent dans l'éther du vide spatial.

C'est dans l'espace donc que se jouera le deuxième acte, face à un ordinateur retors et paranoïaque étant le seul au courant de la vraie mission du vaisseau Discovery. Ironiquement, l'Homme de ce futur est poli, racé, courtois, ses instincts primaires de barbarie semblent avoir étés complètement disparu, ils ne sont presque plus que coquille vides et froides à l'instar des étranges momies des scientifiques en hibernation dans le vaisseau. En parallèle, HAL l'ordinateur qui guide la mission et contrôle tout le vaisseau nous est présenté comme une machine à l'intelligence artificielle qui reproduit et imite les sentiments humains mais l'attitude de HAL ne montre aucune sorte d'imitation : le pauvre (bon on va pas le plaindre non plus) se replit lui-même dans l'inquiétude, se trompe, questionne, et au final, en arrive au meurtre uniquement pour sa propre survie, ce qui est le propre de toute créature vivante ça, la survie. Alors comment ne pas ressentir de la pitié pour HAL quand Bowman viendra le "débrancher" puisque HAL à prouvé lui-même qu'il était un humain, seul son corps et sa manière de raisonner différaient.

2001dullea

C'est là encore sur cet acte de meurtre que Bowman, unique survivant aura accès (et nous de même) à toute la clé du mystère du monolite, abstraction personnifiée d'une étrange trace de forme de vie spatiale non-humaine qui pourrait presque s'apparenter à la présence sur pellicule de Dieu. D'ailleurs une hypothèse assez interessante avait été donnée par quelqu'un je ne sais plus où (Michel Ciment ?) qui disait que tant qu'on avait pas prouvé l'existence de Dieu, le monolite en resterait le seul avatar sans non plus l'être, gardant presque infiniment ses secrets. Quand à Kubrick, il a emporté ses secrets dans la tombe, suivi après par son ami Arthur C.Clarke. Mais comme je l'ai dit, la richesse du film permet à tous de se faire son interprétation quasi-plurielle (à ce stade, on accepte toutes les hypothèses) sur le film et sa fin.

Bref, par le meurtre, l'astronaute accède à la vérité et à une nouvelle évolution qui viendra après, vers Jupiter par délà la porte des étoiles, "l'effet trip" qui ravivait le plaisir des hippies qui y voyaient là en salle l'ultime hallucination causée par la drogue (alors que le réalisateur et son scénariste avaient avoués ne rien prendre sur le plateau), merveilleux effet spécial de Douglas Trumbull qui ira plus loin peut-être dans ses réalisations personnelles quand il ne travaillera pas chez d'autres (ahhh, Blade Runner...)....

2001room

Au risque de me répéter, rien n'a vieilli sur le film, ni son propos comme son esthétique stupéfiante d'ultra-réalisme. Peut-être les scaphandres mais là, je fais dans le pur chipotage. Le film est chez nous en zone 2 warner mais on peut aussi le trouver depuis quelques temps en version 2 dvd (enfin !) en zone 1 (ou 2 aussi mais je ne pense pas)... De toutes façons, tout cinéphile a vu au moins une fois (voire plus) dans sa vie ce chef d'oeuvre froid et exigeant.


Annexes...

2001newcouv

L'edition 2 dvd qui poutre du tonnerre de Zeus.

2001letrip

L'affiche de la ressortie en salles en....2001.

+ La chro magistrale de Chris ! (bonne lecture)

Posté par Nio Lynes à 16:53 - Espaces lointains - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

dimanche 2 décembre 2007

Scanners (v.2)

Votre serviteur s'est récemment précipité pour voir le nouveau Cronenberg peu de temps après sa sortie sans oublier toutefois de se faire un petit revisionnage de quelques films. Pour l'occasion et comme je suis d'un naturel chiant et enclin a embêter mon pauvre lecteur (courage lecteur, je t'aime !), je vous fait une chronique pas spécialement nouvelle mais annexe à une autre chronique du film. Un nouveau visionnage avec de nouvelles données, une chronique donc assez différente de l'engouement presque enfantin ressenti sur l'ancienne et pourtant, la passion reste, elle se replace juste dans le contexte de la filmographie du cinéaste canadien. Donc, si vous n'avez vu qu'un seul film de Cronenberg, cette chronique ne vous aidera guère hélas...


Thème du duel final/générique de fin du film à télécharger et écouter pendant la lecture.(cadow' bonux)

C'est quoi un télépathe ? En quoi consiste la télépathie ?

Un télépathe, semble nous dire Cronenberg, c’est, un être qui non seulement peut entendre les pensées des autres mais aussi en retour donner ses pensées, les imposer. Entendre les « volontés » des autres mais aussi pouvoir donner les siennes, les faire sienne à l’autre. Chez le cinéaste canadien, la pensée devient ainsi, plus qu’un pouvoir, un outil supplémentaire à l’homme. Il avait ses bras, sa logique, ses sens, désormais chez les Scanners, c’est la pensée qui fait Loi et devient ainsi une arme non seulement chez les Scanners mais aussi le restant de l’humanité.

attentiooon

Allo chérie ? Je t'appelle du boulot là, je vais pas pouvoir rentrer ce soir...

ayayaiiiiie

Bon chérie je doit te laisser, ça va couper là...

bibouuuum

Allo chérie, ça a cou...*SPLORCH*.

Car le cinéaste évite tout manichéïsme. Foin de méchant télépathe et gentil humain : il y a des dissentions et désaccords même chez les Scanners : entre ceux qui se mettent sous couvert de la « protection » de Darryl Revok sous peine de mort (une protection presque maffieuse. Revok en récupérant Vale ne fait que ça : « agrandir la famille ». On est loin d’A History of Violence et pourtant…), les autres qui résistent (Kim Obriest et ses amis) et ceux qui se réfugient dans une certaine neutralité (Benjamin Pierce, solitaire avouant : « j’ai des amis…Mais je n’en veux pas. »), le cinéaste décrit au mieux des points de vue largement plus intéressants que dans un simple film Hollywoodien.

Le héros lui-même est un Scanners indécis qui ne provoque pas forcément l’empathie du spectateur : bien sûr on peut gagner fait et cause pour sa quête mais on sent que le cinéaste ne nous livre pas tout dès le départ (bien sûr le tournage chaotique et les deux morts ont forcés le cinéaste a écrire et tourner au jour le jour mais le film y gagne une cohérence et en sort finalement grandi). Vale nous reste froid et mystérieux mais finalement n’a rien à envier des autres personnages de l’univers du cinéaste, comme eux c’est un marginal, un solitaire.

artoptica

La création comme ultime refuge face aux semblables. On la retrouvera dans Faux-semblants ("les instruments pour mutantes" du docteur sont une partie de lui-même. Il n'hésitera pas a tenter de les récupérer après les avoir vus dans une vitrine.)...

Car tous les personnages chez Cronenberg sont seuls bien souvent malgré eux, qu’ils soient artistes (eXistenZ avec Allegra Geller qui tout comme le Benjamin Pierce de Scanners s’isole complètement dans la création ou bien William Lee qui « s’exile » en Interzone puis en Annexie), scientifiques ou médecins (Faux-semblants, La mouche), voire simples personnages dont la vie bascule d’un moment à l’autre (Dead Zone, A history of violence, Vidéodrome…). Le personnage Cronenbergien ne peut qu’être face à lui-même, sa plus grande peur au fond, car en lui-même il porte le vide et la mort, inévitable quand celle-ci n’est pas finalement le signe d’un renouveau (Vidéodrome) ou d’un dépassement de soi (Scanners et son final hallucinant qui évoque presque d’une certaine manière la téléportation bien avant La mouche, sauf qu’ici ce n’est pas dans un lieu… ou bien les frères Mantle de Faux semblants qui trouvent dans la mort pourtant une certaine immortalité chez le spectateur : leur « pietà » formée est aussi émouvante que celles de notre passé historique et il n’y a finalement que dans la mort qu’il retrouvent ce lien coupé entre eux).

Pourtant malgré sa solitude, le personnage Cronenbergien ne veut qu’une chose : entrer dans le groupe, la famille, vivre auprès de ses congénères. Un bonheur qui lui est souvent refusé ou imposé, forcé, quand il n’est pas brutalement interrompu. La petite Christie de The Brood n’avait pas demandée a entrer dans « la ruche » de sa mère pour être assimilée aux côtés de congénères peu humains pas plus que le dernier personnage pas encore contaminé de Frissons à la fin du film (scène de la piscine), quand a Tom Stall, il n’avait pas prévu que sa chère « famille » de la côte ouest remonterait jusqu’à lui pour le faire réintégrer de force le giron familial et meurtrier. Scanners n’échappe pas à cette donnée pendant une des scènes les plus significatives du film : Ayant rejoint le groupe de Kim Obrist, il sera convié a une certaine réunion de fusion des esprits en une seule pensée unique, comme pour créer déjà une autre chair par la fusion de la pensée, ne restera plus qu’alors a lui trouver un corps autre, au delà du physique (ce sera Vidéodrome si l’on veut…). Hélas ce bonheur sera brutalement stoppé…

Une seconde tentative de fusion forcée aura lieu vers la fin dans l’affrontement de Cameron contre Revok son frère (l’affrontement avec le frère…On retrouve ça dans A history of violence, tiens…). Là aussi la même idée de réintégrer la famille à défaut d’un groupe donné et là aussi une sorte de refus, comme si la famille signifiait la mort en elle-même (comme pour A history…Faux-semblants…).

catalepsiedegroupe

Le refuge dans le groupe et la punition qui va s'ensuivre...

Finalement le film s’inscrit très bien dans la filmographie du maître et amorce remarquablement bien le virage de Vidéodrome, 2 ans plus tard. La toute puissance de la pensée préparera à la nouvelle chair, pas forcément visible, qui évolue en dehors de l’image. Avant ça, The Brood et Rage évoquaient des transformations, des chairs nouvelles provoquées par l’homme et sa médecine (les greffes expérimentales de peau dans Rage, la « nouvelle médecine » dans The Brood) et Scanners n’y échappe pas. C’est un médicament donné aux femmes enceintes, l’éphémérol qui est à la base la cause de la naissance des Scanners. Cronenberg s’inspire là directement des ravages de la Thalidomide, ce médicament donné aux femmes enceintes entre les années 50 et 60 qui provoqua de graves malformations sur les fœtus et nouveaux nés (pas la peine que je mette de photos, on peut en trouver sur le net, c’est assez éloquent et impressionnant pas moments)…

On retrouve aussi le thème de la conspiration chère a l’auteur, que ce soit la mainmise et la concurrence de ces groupes pharmaceutiques industriels cités dans le film que plus tard une certaine Spectacular Optical ou une secte de Réalistes.



Et puis si on ajoute que le film est doté d’une certaine énergie folle, qu’il regorge d’idées a pratiquement chaque plan (la scène de la tête qui…, quand le cinéaste filme au ras du métro, la scène de scannage de l’ordinateur –brillante idée d’introduire au système informatique une certaine analogie avec le système humain-- , la poursuite de voitures et la fusillade incroyable qui s’y déroule, le sens caché du nom de Revok qui déroulé à l'envers donne "cover" comme la couverture que prend le personnage pour vendre de l'éphémérol ou bien l'idée de couvrir une autre âme --référence a la fin là aussi--…) , qu’Howard Shore y délivre une formidable partition où l’organique se mélange au mécanique et vous obtenez une petite perle formidable et un Cronenberg très sous-estimé qui gagne largement à être revu.

rarephotocoupee

Cette scène étrange où Revok maîtrise des soldat semble sûrement une scène coupée ultra rare. Quid d'une édition dvd digne de ce nom un jour ?

Quid des suites (car il y a eu des suites) ? Pendant longtemps j’ai voulu les voir par curiosité mais après être tombé sur certaines reviews dont le lien que je donne, j’aurais tendance à penser qu’on peut franchement les oublier…


Annexe : Affiches du film.

scannerrrrz

scannnnnnerzs

Posté par Nio Lynes à 18:07 - Enragé - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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