Chroniques visuelles

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lundi 21 avril 2008

KareKano

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Entre Elle et Lui.

(Kareshi Kanojo no jijyo) -- KareKano en abrégé.

Gros coup de coeur pour cette série d'animation de la Gainax. Evidemment, je ne pouvais que succomber, surtout si j'apprends que Hideaki Anno a participé au projet de près. Vous me mettez son nom sous mon fier nez de geek chaperonné à l'animation et à l'horreur très jeune (haut comme trois pommes) avant que je ne vire métaphysico-Kubrickien-Oshiien (ce qui n'est pas une tare en soi, d'ailleurs moi j'en vis très bien) tendance contemplativo-Antonionienne (là c'est plus dur, je me sens seul des fois...) et vous obtenez un Nio alléché, la babine soyeuse et le groin pourfendant le vent (mais la technique marche aussi avec d'autres bloggueurs : mettez du Argento et du Bava dans la gamelle de Patchworkman et il ronronnera comme pas deux) et prêt à se jeter sur l'oeuvre susdite.

Après cet interlude qui fleurait bon le Cyaranoïsme de Bergerac (qui se situe sur les rives du Bergerac, rappelons-le) et à votre air fébrile et étonné, vous vous dites que quelque chose cloche. Surtout si vous ne connaissez pas Hideaki Anno, subjectivement personnage hautement essentiel à la culture animé, au même titre que Walt Disney ou Miyazaki (c'est dire comme je le porte très haut), ou bien un Kevin Clerks chez nos amis Geek ou un Cronenberg dans le monde horrifique. Un personnage indispensable en quelque sorte, qui crée à la fin des années 80, avec une bande de potes, le studio Gainax. Studio "responsable" de Neon Genesis Evangelion, Gunbuster, Nadia et le secret de l'eau bleue et FLCL (Fuli Culi...Furi Kuri... enfin truc...FLCL quoi...), ce qui est déjà pas mal, voire beaucoup. Et puis la faute m'en incombe, je suis fan de ce studio d'animation depuis de nombreuses années et je ne m'aperçois que maintenant que je n'en avais jamais encore parlé sur ce blog. Bigre. Il était temps de réparer ça.

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Images du générique : entremêlement d'images réelles et animées.

Dans l'animation japonaise, il y a deux cas de figures principaux. Soit l'animé (la série) est issue d'une oeuvre papier préexistente (ce qu'on appelle "manga" comme on dit "comics" pour les States et BDs anglo-saxonnes mais au délà de ces termes abscons et un peu discriminant -- A tel point qu'on confond encore le manga avec l'animation japonaise en les englobant au nom d'un obscurantisme amplifié par des années de TF1-Dorothéïste datant des années 90 mais hélas encore largement répandu de nos jours), soit c'est une création totalement nouvelle. Dans le cas de Karekano, il y a donc à la base le manga sentimental (un "Shojo" donc. Qui s'adresse souvent plus aux jeunes filles qu'aux mecs mais les mecs aussi peuvent les lire, y'a pas de raisons. Surtout si vous vous sentez très fleur bleue) de Masami Tsuda mais que Gainax (tout comme pour FLCL) va se réapproprier personnellement avec sa propre touche mi-psychologisante, mi-absurde jusqu'a la folie (on se poile beaucoup pour une série qui aborde les problèmes existenciels et amoureux des jeunes d'aujourd'hui, c'est un fait).

A la base, il y a Elle, Yukino Miyazawa, première de la classe, sans égal, parfaite en tout et admirée de tous. Puis arrive Soichiro Arima, Lui, jeune garçon intelligent qui du jour au lendemain la supplante. Stupeur chez Miyazawa qui décide de tout faire pour se débarasser de ce rival plus qu'encombrant. Sans se douter que doucement naîtrait une relation d'amitié puis la naissance d'une relation amoureuse, ce qui, au fil du temps et de la série ne sera pas sans mal, face à bien d'autres personnes et des évenements imprévus qui leur colleront des bâtons dans les roues...

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Episode 9 : ça c'est du résumé, ça !!! J'ose à peine imaginer le résumé à l'épisode 20...

Oui bon, dit comme ça, ça vous semble très banal. Moi aussi, j'y ai cru, c'est pour ça que j'ai mis un certain temps avant de me jeter sur cette série, pourtant motivé à la base par les seuls noms d'Hideaki Anno et la Gainax mais que voulez-vous, on doute, on est un étudiant sans le sou, tout ça. Et je m'étais un peu trompé. D'une part, parce que justement c'est la Gainax, l'oeuvre est loin d'être banale (hum, regardez l'espère de résumé des épisodes précedents, lequel change constamment de forme d'un épisode à l'autre), et d'autre part avec Anno, on a droit à un traitement psychologique des plus importants. D'une simple amourette, la clique à Anno se charge de nous montrer avec simplicité, subtilité et émotion, étapes par étapes, le jeu de séduction, le jeu des apparences entre êtres et soulève une fois de plus des questions interessantes : Pourquoi plaire ? Pour qui ? Pourquoi revêt-on un masque en société et quelle est notre véritable apparence en dessous ? Qu'est-ce que la perfection ? Pourquoi lui et pas moi ?...

Des questions qu'on se pose tous plus ou moins, surtout à l'adolescence. Un problème déjà soulevé par Neon Genesis Evangelion et son final métaphysique qui en débouta plus d'un (moi, j'ai adoré par contre. C'est vous dire comme je suis tordu) et pouvait être interprêté de différentes manière (comme le Kubrick's cube donc) même si l'on en arrivait à peu près tous à une conclusion du style : La vie ne se limite pas qu'a soi-même. Leçon lancée par un Anno furieux envers tout un public d'Otakus nippon. Leçon non comprise, ce qui laissera le monsieur remettre le couvert avec bourrinage et violence insensée dans le film d'Evangelion (la musique est superbe par contre). KareKano partage le sérieux sombre et adulte qui entourait Evangelion mais pas que.

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Des décors qui peuvent à la fois être réalistes comme esquissés à l'aquarelle, évanescent, selon l'état d'esprit tant de la série que d'un personnage...

Pas que. Parce qu'en plus de moments sombre, de sa lucidité inquiétante (les oeuvres de Gainax sont souvent plus adultes que d'autres oeuvres de studio animés tout en étant aussi très regressives. Bigger than life donc.), de son analyse brillante des rapports entre différentes personnes du même sexe ou non, l'oeuvre est aussi extrêmement drôle. Jouissive même. Et ça, c'est ce que j'apprécie parfois plus que tout chez la Gainax (même si l'aspect psychologique et le traitement sont des plus importants chez eux), surtout quand ils --au sens propre-- pètent littéralement un cable et s'amusent dans l'absurde même. D'un point de vue esthétique, ils experimentent constamment et ça rejoint l'aspect presque de folie du studio : Textes en plein déroulement dans l'action --cf, la photo "bruits" plus bas-- façon Animé-BD live, incursion de photographies au sein de l'histoire, plans retouchés, cases et split-screens même quand il n'y a pas d'action, déformations à l'extrême des personnages, clins d'oeils de déconne --dont un, énorme à Miyazaki avec son personnage de Totoro !!--, résumé en 8 cases (photo plus haut), textes calligraphiques dans l'image, cases façon manga, caricature même des personnages de mangas féminins (il faut le voir pour le croire), tout est permis, tout y passe. Enorme.

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Tour de force de chaque instant, à la fois pur délire et l'une des plus belles analyses des sentiments amoureux et du comportement de la jeunesse actuelle, l'oeuvre s'inscrit pleinement dans le sillon que la Gainax a laissé derrière elle : L'introspection et la psychanalyse comme dans Evangelion et FLCL. Et pour enfoncer le clou, on reprend aussi des séquences filmées live en générique de fin comme dans FLCL. Comme pour souffler et effectuer une légère mise à distance (ils savent très bien que c'est un animé et mettent en garde d'une manière des plus subtiles justement. Bien malin qui pourra les accuser de pervertir la jeunesse actuelle comme certains imbéciles ont accusés les films d'horreurs ou les jeux vidéos d'avoir rendu des lycéens tueurs alors que le problème venait déjà à la base de ces jeunes en questions --lire aussi pour les curieux, l'analyse des rapports média/jeunesse par le psychanalyste Serge Tisseron dans "Enfants sous influence", je ne m'étendrais pas là-dessus par manque de temps...) vis à vis de l'animé et du réel : Ainsi on verra non seulement des couloirs d'un vrai lycée avec de vrais classes en générique de fin mais aussi les deux doubleuses (mignonnes en plus) des personnages des deux soeurs de Yukino (photo après).

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Bref, KareKano est une vraie perle, sensible, humaine et délirante comme pas deux que je conseille non seulement aux fanas d'animation comme aux néophytes (Patch ? agnaaa). Ce genre de perles devient rare de nos jours dans un milieu de plus en plus aseptisé (tant l'animation que le cinéma), alors profitez-en sans préjugés...

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"C'est pas toi qui est fan de Totoro ?

_ Totoro ?

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_ Lui-même.

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_ Parce que figure toi que je viens d'en voir un vrai là-bas, un grand.

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_ TOTOROOOOOOOOOOOOOOOOOOO !!!!

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Mais c'est vraiment n'importe quoi... gouuutte


Annexe...

(générique d'ouverture)

Posté par Nio Lynes à 18:52 - Animation - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Bonjour Nio. Merci beaucoup pour ce long billet instructif qui me fait connaître un pan de l'animation japonaise (moi qui n'y connais strictement rien et qui me suis arrêtée à Goldorak et Candy). Et en plus tu en parles avec une grande ferveur et un enthousiasme communicatif. Petite question: comment peut-on voir cette série ?

Posté par dasola, vendredi 25 avril 2008 à 09:11

Dybex...

Bonjour Dasola. :)

Pour le billet, avec le recul, j'ai bien peur d'avoir laissé un peu trop parler ma passion et mon fanatisme mais qu'importe... D'ailleurs plus que 4 épisodes et j'ai fini la série...J'ai hâte et j'en profiterai pour faire un edit à ce sujet d'ailleurs vu qu'avec la Gainax, à chaque fin de série ou OAV (voire film), il faut s'attendre à quelque chose de surprenant : Gunbuster et son dernier épisode entièrement en noir et blanc, les 2 derniers épisodes métaphysiques d'Evangelion, les 15 dernières minutes des Ailes d'Honneamise (tiens, j'ai peut-être dû en parler de ce film en partie animation...) qui recréaient une sorte de vision de l'humanité de la préhistoire à son présent... Je m'attend donc à quelque chose de surprenant avec la fin de la série. Et puis, c'est la dernière oeuvre à laquelle à collaboré Hideaki Anno, donc je suis confiant (aux dernières nouvelles, le studio se laisse vivre actuellement de sa gloire passée, c'est un peu dommage. Anno, revient !).

Et puis Candy au passage, c'est bien. :)

Je me souviens que de cette époque, j'adorais Albator (78 comme 84). Par contre, "Rémi sans famille"... Mais j'avais envie de le flinguer ce gamin ! C'est vraiment le misérabilisme poussé à bout uniquement pour faire pleurer dans les chaumières. En plus, il ne lui arrive que misères sur misère.... Dans ce cas là, je préconise d'abréger les souffrances de Rémi.

Bon, blague à part, on peut trouver cette série de la Gainax en dvd très facilement sous la houlette de l'éditeur Dybex en zone 2. Bon, néanmoins, sans chipoter, je vais mettre le holà : Dybex comme Kaze à la facheuse manie de vendre ses dvds a un prix des plus prohibitifs suivant de nombreuses raisons que je considère encore comme assez déplacé. La nouvelle fausse-raison invoquée pour KareKano (enfin "Entre elle et lui"), c'est à cause des 2 disques. Et on ose nous dire que ce sont des éditions collector.

Je m'explique : Dybex plutôt que de proposer un doublage français plus ou moins adapté (parce que parfois les voix françaises sont bonnes comme criardes et immondes), nous gratifie de deux dvds, fruit d'un intense travail de traduction en plus du sous-titrage. Travail plus qu'indispensable tant le texte est plus que parti-prenante dans cet animé (c'est d'ailleurs la première fois que je vois autant de texte dans une série japonaise. Et ça défile parfois très vite), ainsi le premier dvd contiendra par exemple les episodes 9 à 12 avec des sous-titres français mais l'intégralité des textes et panneaux à l'écran en français là où le second dvd aura les sous-titres français mais le reste, panneaux, textes sur l'ecran, lectures des personnages restera en japonais (comme dans les séries animées de notre jeunesse donc).

Dans l'état, je suis tout à fait d'accord avec ce travail de traduction, mais pourquoi nous vendre ça sous l'étiquette "edition collector" et sous un prix qui va dans les 30 euros ?...Pour un boîtier de plus ! Il y a 6 boîtiers, donc pour se faire une idée du prix, ça casse sévère. C'est d'autant plus regrettable que Dybex sait parfaitement que le marché de l'animation s'adresse en priorité généralement aux adolescents et jeunes adultes, lesquels n'ont pas forcément toujours les moyens. Là pour le coup --et ce n'est pas la première fois--, ils se font, passez moi l'expression, des "couilles en or".

D'un autre côté, il faut reconnaître que Dybex a toujours soigné ses editions dvd et les nombreuses séries japonaises éditées sous leurs bannières bénéficient d'un soin que l'on ne retrouve pas chez d'autres éditeurs, mais à quel prix !

J'ai trouvé Karekano en occasion dans une des nombreuses boutiques consacrées à l'animation japonaise sur Paris et pour une fois, je suis fier d'être djeunz (Desproges me pardonnera --cf, son sketch "non aux jeunes !"), car bien que garçon, j'ai fait les yeux doux au vendeur --j'ai ausi ressorti mon statut de pauvre étudiant sans le sou, ça aide-- et l'ai obtenu 10 euros moins cher encore. Une très bonne affaire donc, et je suis sûr que tu peut trouver les 6 boîtiers facilement sur internet ou en occasion aussi.

Voilà, voilà. See you soon. :)

Posté par Nio, samedi 26 avril 2008 à 17:21

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