samedi 3 mai 2008
The Wicker man

The Wicker man de Robin Hardy (1973)
Le sergent Howie de la police de Western Highland arrive à Summerisle, une petite île privée de la côte ouest de l’Ecosse, pour enquêter sur la disparition présumée de la petite Rowan Atkinson. Ce qui commence comme une enquête de routine devient une confrontation entre le policier dévot et les étranges coutumes et rituels ayant cours à Summerisle....
Etrange histoire que celle de ce film là, tant dans l'univers du film même que ce qui lui arriva. Un film dont l'on perdit le négatif original et dont les copies furent perdues car sur le passage d'une autoroute en construction. La légende veut aussi que du fait que sa jeune épouse Britt Ekland jouait nue dedans (oui, oui, ne vous affolez pas, je vais mettre une photo, du calme, y'en aura pour tout le monde !), le rockeur Rod Stewart essaya de récupérer toutes les copies, laissant la version censurée pour les rares pays qui purent le voir : parce qu'entre temps, le nouveau producteur de la British Lion remplaça le pauvre Peter Snell au pied levé, jeta un coup d'oeil au film, n'y comprit rien (c'est pas nouveau chez les producteurs, aurais-je envie de dire) et inquiet, décida de le sortir à rebours dans très peu de salles et à une heure tardive tout comme l'autre production de l'année du studio, "Ne vous retournez pas" de Nicholas Roeg qui connut à peu près le même sort. Résultat, aucune trace en France et d'autres pays et il fallut de peu qu'il ne passa à la trappe si Christopher Lee et Robin Hardy en personne ne tentent de le sauver en faisant une promo constante, Lee poussant même la chansonnette en plateau de télévision et déclarant personnellement qu'il s'agit du meilleur film dans lequel il joua.

Britt Ekland, future James Bond girl l'année d'après n'a pas froid aux yeux ! C'est plutôt le contraire...
Adapté d'un scénario du grand dramaturge du suspense qu'est Anthony Schaffer ("le limier" c'est lui, "Frenzy" de Hitchcock c'est encore lui), le film se propose d'être de l'aveu de Robin Hardy, un "anti-film d'horreur" dans le sens où, la Hammer finissant, ce sera un film des plus inquiétant mais non axé sur les décapitages et autres joyeuseries sanglantes en tous genre. De fait, grâce à sa formation de documentariste (d'ailleurs il est dans la même situation qu'Harvey (cf chronique de Carnival of souls) puisqu'il fit beaucoup de documentaire mais à la différence de Harvey tourna 2 autres films par la suite, à pratiquement 10 ans d'écarts. Films passés eux-aussi inaperçus au passage), Hardy se propose de restituer une ambiance plutôt bon enfant qui n'est en fait qu'une étrange façade, ce que le spectateur, aux côtés du policier bigote, comprend très vite, partagé entre l'envie de détester ce policier très coincé (on a même envie de lui donner des baffes), puis de le prendre par la suite en pitié, balotté qu'il est par tous les habitants de cette étrange île...
Pour vos vacances celtiques, adoptez la glamour attitude à "ouale-pé" près des monolithes, c'est tellement mieux.
Pour le policier arrivé ici (Edward Woodward très bon), choqué et outré par les pratiques bien libérées des habitants, il s'agit plus d'enquêter sur la disparition d'une fillette. Puis, avec le temps et le peu d'indices dont il dispose, il en vient à imaginer un assassinat collectif, comme une sorte de complot où la gamine aurait disparu au profit de cette étrange communauté qui ne se souvient étrangement même plus d'elle, comme si finalement elle n'avait jamais existé. Mais si assassinat il y a, où est le corps ? Et pour quel motif ? Plus Howie enquête, moins il ne comprend à quoi il a affaire et plus il s'enerve, plus il ne fait qu'aggraver son sort aux yeux des habitants de l'île plus ou moins dirigés par Lord Summerisle (Christopher Lee, ironique à souhait, en ayant marre de toujours porter les longues canines du Dracula de la Hammer accepta d'emblée le rôle) et plus le spectateur comprend qu'il a affaire à une véritable joute théologique entre une religion chrétienne intolérante (Howie qui représente l'autorité Chrétienne mais aussi Anglaise) et une religion païenne ultra-permissive (L'île elle-même qu'on peut voir comme des dignes représentants ecossais qui posent leur foi étrange en résistance face à l'envahisseur briton).

"Non, je ne veux pas chanter avec vous l'intégrale d'ABBA, laissez moi partir, siouplaîîîît, pitiééééé..."
On pourrait même se permettre une relecture psychanalytique (Howie représente l'autorité face à la jouissance incarnée qu'est l'île, il est donc l'image du père qui sera sacrifié et détesté par un fils oedipien en diable qui ne serait autre que le Wicker-man) au risque de dénaturer l'oeuvre, ce qu'on ne fera pas au vu de la fragilité du film. Une fragilité liée d'une part à son équilibre interne (l'oeuvre est parcourue de chansons folks magnifiques aux paroles souvent fort paillardes, enrichissant la fascination que l'on éprouve pour le film mais qui, je le reconnais, pourra laisser plus d'un spectateur sur le carreau) mais aussi à son époque (les 70's n'étaient pas toujours aussi libérées qu'aujourd'hui et le film s'inscrit pleinement dans la libération des moeurs notamment sexuelles engagées à la fin des 60's) et il était donc évident qu'on ne pouvait faire un remake à moins de tout reprendre à zéro avec un vrai respect de l'oeuvre originelle, ce qui est rare de nos jours.

"Bonjour, je suis à la recherche de ma moumoutte kidnappée dans cette île, auriez vous des indices ?"
Pourtant Hollywood, jamais en mal de se ridiculiser osa un remake avec un acteur qui déjà se coltinait une période de navets, j'ai nommé Nicolas Cage. Cage sortait alors de Next (pas vu après ce que j'ai pu lire. Dénâturer à ce point la merveilleuse nouvelle de Ph.K.Dick, faut le faire) et allait ensuite replonger avec Ghost rider dont le seul souvenir que je peut avoir de ce film (pas vu non plus mais je suis sûr qu'en toute mauvaise foi, il doit être bien fendard... Si on ne cherche pas un vrai film de super-héros hein) est un autocollant récupéré à Rock en Seine avec l'ami Edou par un jeune homme à qui l'on pardonnera d'avance, les temps sont durs pour les étudiants sans le sou. Apparemment le remake fit des scores assez pitoyables qu'il sortit directement chez nous en dvd par studio canal qui en profita pour réediter l'orginal de Hardy dans une très belle pochette qui nous change de la symétrie Mondriannenne de l'ancienne version "cinéma de quartier". Rassurez-vous, l'inoxydable Jean Pierre Dionnet (c'est un peu comme Philippe Manoeuvre ou Zégut, il faut lui couper la tête pour le voir arrêter de rescussiter) est toujours de la partie. Je termine la chronique de ce film culte (oui, oui, assurément, le terme n'est pas usurpé là) par la jaquette de la nouvelle édition.

"Come, come, it's time for your appointment with the Wicker man."
Au fait, si je ne vous ai pas parlé du fameux "homme d'osier" donnant son titre au film, c'est pour éviter, m'éviter surtout de trop spoiler, of course. Il faut voir le film vierge d'idées préconçues pour mieux en apprécier la substantifique moëlle...
Commentaires
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=148617&pid=9047873
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :
