raneuh Celà faisait longtemps qu'on ne l'avait plus vu ici, le revoiloù, mister Akira Kurosawa avec son Ran (1985), fresque imposante de près de 2h45 (presque 3h donc), librement inspirée du Roi Lear de Shakespeare (que je n'ai pas lu). D'emblée le film impose le respect. Ascétique, presque froid, crépusculaire, sous tension perpétuelle (grâce à la musique du compositeur d'avant-garde Toru Takemitsu), lyrique et quasiment desespérée puisque quasiment tout le monde ou presque y laisse sa peau. Devant tant de noirceur, on comprend que le vieux maître ne croit presque plus aux humains. Le constat semble desespéré, seuls les vieillards fous, les bouffons ou hommes encore loyaux peuvent espérer survivre, les autres n'en parlons pas, ils n'échapperont pas à la colère froide de maître Akira, grand humaniste qui prônait les valeurs morales comme sauvegardes de l'être humain dans presque toutes ses réalisations. Ici tout le monde triche, ment, complote, cherche à tirer son épingle du jeu et à des scènes quasi immobiles succèdent le fracas guerrier de la mort en couleur (Kurosawa dessinait et peignait lui même ses synopsis, celui-ci lui prit deux ans pour être pleinement couché sur le papier) et de la folie la plus totale. On ressort hagard, le coeur noir, tel le vieil Hidetora (génial Tatsuya Nakadai qu'on oublie trop souvent. Eh oui, y'a pas eu que Toshiro Mifune dans le cinéma de Kurosawa même si...) qui erre, le visage blafard et émacié, spectre aux confins de la mort, errant perpétuelle sur la lande japonaise... Grand film.

rankaede

rancheval


soldiereuhs Tiens, un petit film de guerre qui a reçu nombres de récompenses. Saints and soldiers, le film de Ryan Little sur une poignée d'américains et un anglais perdus dans les Ardennes en 1944 les méritait-il vraiment ? Je vais être franc et sans doute un peu dur, la réponse est non. En l'état celà reste un film soigné et inspiré d'élements réels (il semblerait bien qu'effectivement des américains aient échappés à un massacre Allemand et rejoints leurs lignes au prix de durs sacrifices) avec de relativements bonnes idées (le film s'ouvre sur un mort et se termine aussi sur un mort, la relation entre le soldat anglais très orgueuilleux et un des soldats désirant à tout prix fumer quelques clopes fait sourire, le soldat Allemand qui l'espace d'un instant devient leur allié, sans doute la plus belle idée du film : Ayant été missionnaire en Allemagne, le jeune héros reconnaît dans le soldat allemand fait prisonnier un ancien ami. Un soir de garde, il le laissera partir à la barbe de ses compagnons et ce dernier plutôt que les trahir les aidera à un moment dangereux) mais aussi parfois une réalisation moyenne et des idées scénaristiques dont on se serait bien passé (le héros ayant subi un traumatisme voit très souvent une poupée par terre ou une petite fille dans les bois. A un moment ça devient un tic très lourd heuresement oublié dans la seconde partie comme si le film se reprenait). Au final, une sympathique curiosité, un film à voir. Et puis l'affiche est sublime.


pato3 Là au contraire, l'affiche donne pas spécialement envie, on se croirait revenu dans le cinéma des années 80 où des affiches parfois superbes et signées de grands illustrateurs (regardez les affiches d'Indiana Jones ou Star Trek, pur régal visuel) côtoyaient des trucs bizarre fait à la va-vite. Il en a été de même avec le cinéma Japonais qui nous a doté d'affiches fort kitch. Patlabor III ici présenté n'en avait pas spécialement besoin et même si Mamoru Oshii n'est pas à la réalisation, il serait fort dommage de bouder son plaisir car son équipe y est elle, heuresement. On retrouve donc son scénariste Katzunori Itoh pour un script très intelligent mêlant experiences scientifiques à une créature terrifiante comme seuls les Japonais savent nous abreuver (où les coréens, revoir l'excellent "The Host"), mêlé à une bonne dose d'enquête policière comme dans le premier volet. D'ailleurs ce sont presque nos deux détectives du premier volet je crois, vieillis de quelques années. Ensuite à la musique, le fidèle Kenji Kawaï qui délivre une fois de plus un score phénoménal et d'une incroyable richesse. Je précise d'ailleurs que c'est sa composition la plus dure d'accès avec celle de Dark Water et que la musique en fait ne grandit qu'au fil des écoutes : l'OST est maintenant une de mes préférées du monsieur avec celle de Ghost in the Shell. Je n'ai redécouvert cette OST qu'il y a un mois et là, grosse claque, du coup je me suis revu par la même occasion le film.

Bref, une très bonne enquête policière avec ces moments forts (l'attaque de la créature dans l'entrepôt désert sur une composition très aggressive et répétitive de Kawaï, vous aussi, vous allez bondir de votre siège je vous le garantit) et scènes d'anthologies qui font grimper l'adrénaline d'un coup (la poursuite du sous-marin Ryujin). Deux petits regrets néanmoins, l'absence d'Oshii qui enlève la dimension métaphysique et contemplative qui aurait pu subvenir au film ainsi que le fait que les Labors ne sont utilisés que dans les 10 dernières minutes du film. Sinon, ce film est vraiment excellent et n'a pas à rougir face à certains films d'animation actuels. Personnellement je le considère comme aussi important que le premier Patlabor par Oshii, c'est vous dire.


scarleteuh 3e film de Wim Wenders après "L'été dans les villes" et "L'angoisse du gardien de but au moment du pénalty" (quel titre !), et à nouveau adaptation d'un roman de Peter Handke pour ce dernier, on ne comprend pas trop ce qui poussa le Wenders à faire cette Lettre Ecarlate. Lui non plus l'avoue-t-il un peu partout, le reniant ouvertement, le considérant comme une catastrophe et le poussant ensuite à remettre sérieusement son travail en question, d'où naîtra le sublime "Alice dans les villes", l'année d'après. Bon, sans pousser aussi loin que notre cher Wim, je reconnais quand même des qualités au film malheuresement elles se retournent souvent contre ce dernier. D'abord, en premier lieu la sublime musique de Jürgen Knieper qui malheuresement est surutilisée (surtout dans les moments calme où justement on aimerait qu'elle cesse l'enrobage), nous dictant constamment les émotions : "là tu dois pleurer, l'histoire est triste, pleure cher spectateur." Eh ben non, je ne marche pas comme ça, désolé. Mais je maintiens que la musique est très belle. Ensuite les acteurs, inexpressifs au possible, surtout le personnage féminin principal aussi belle qu'elle est douée pour jouer un meuble. Ah non, pardon. L'histoire enfin dont on a rien à faire, qui traite de colons hollandais et anglais, d'adultère prohibé par la société bien-pensante et que Dieu à dit ceci, que c'était pas bien... Le spectateur baille... Heuresement ça bouge un peu à la fin : on reconnait qui est celui qui a fait un enfant à la madame. Surprise, le spectateur le savait déjà depuis le début tellement c'était prévisible.

Bref, à part la musique et la petite Yella Rötlander, adorable gamine lunatique à la mèche blonde rebelle qu'on retrouvera avec plaisir dans "Alice dans les villes" et la musique de Jürgen Knieper, il n'y a hélas pas grand chose à sauver. Wenders déteste ce film et trouve que c'est son plus mauvais. Effectivement Wim, tu nous as pas fait du Wenders mais du Jane Campion en petite forme. Bref, pour du Wenders, c'est très très moyen.

scarletteuheuh

Petit jeu : trouve toi aussi où se cache la petite Yella.


hallowenuh Chez Nico, il y a à boire et à manger, c'est un fait. Il y en a donc pour tous les publics et le Nico est aussi bien fan de Tarkovskiveries (dur à dire d'une traite, essayez pour voir) que d'Argenteries, Carpenteries et autre Cronenbergeries. Par contre Nico ne supporte pas le Rohmerisme, cette étrange doctrine consistant à faire courir Fabrice Lucchini clamant un texte en vers dans des décors en cartons censés nous faire croire que c'est le moyen-âge alors que chacun sait qu'en France se trouve de forts belles régions avec des châteaux qui ne redemandent qu'a revivre l'espace d'un tournage, mais bon... Il paraît qu'on a plus de sous dans le cinéma français, ce serait dommage que nos cinéastes n'aient pas non plus d'idées, ahem. Des idées dans le cinéma de série B, c'est heuresement pas ça qui manque, en témoigne ce Halloween de John Carpenter tourné déjà à l'époque avec un budjet dérisoire et devenu l'un des plus grands films horrifiques du XXe siècle. De l'aveu de Big John lui-même, c'était une sorte d'hommage gonflé à "Psychose" de monsieur Hitchcock mais le résultat s'avère des plus impressionnants encore aujourd'hui. Notamment dans l'utilisation quasi magistrale du scope dont fait preuve Big John, celà couplé à une caméra subjective terriblement mobile qui nous place constamment en voyeurs avec le meurtrier qu'est cette grande folle de Michael Myers qui tue parce que c'est Halloween et qu'il faut pas chercher midi à 14h. Si il veut tuer des gens, c'est son problème hein, ce n'est pas le nôtre. Notons d'ailleurs la séquence d'ouverture magistrale où le jeune Michael commet son premier meurtre : Carpenter utilise la caméra subjective pour nous mettre dans la sensation jubilatoire de celui qui tue avant de nous présenter à la fin de la séquence l'identité de l'assassin, un pauvre garçon qui redevient banal quand on lui enlève son masque.

Et c'est là où Carpenter tape très fort : le mal se cache dans la banalité des êtres. Myers est abstrait est le restera quasiment jusqu'a la fin puisqu'il porte un masque et qu'on ne verra presque jamais son visage. Carpenter pousse même la logique à faire disparaître son corps à la fin, alors qu'il s'est bien boulotté plein de pruneaux par le bon docteur Loomis (coucou Donald Pleasance). Comme si tout celà n'avait été qu'un certain cauchemar (on pourrait le croire vu que dans un dialogue, un gamin pense que Myers est le croquemitaine, pur objet fantastique de cauchemard qui se cache dans les placards et n'existe pas réellement !), c'est dire... Le film aura 30 ans l'an prochain (1979 eh oui) et vieillit très bien je dois dire.

Au passage fuyez la VF d'époque en mono où le nom "Michael" se change en "Michel". Le mythe en prend un sacré coup ! agnaaa


goooonies  Les années 80 restent encore pour moi un mystère. Pourtant j'y ai grandi, j'ai écouté plein de musiques pops et dansantes, j'adorais les clips, je matais plein de films. J'étais un enfant des 80's (et 90's aussi). En grandissant on éprouve souvent un sentiment fatal appelé Nostalgie. Ce même sentiment qui vous fait prendre conscience maintenant qu'en fait les années 80 finalement c'était pas si top que ça, non et que de nombreuses choses devraient rester enfouies sous peine de faire sacrément peur. Les Goonies en fait fatalement partie.

Plus jeune j'adorais Les Goonies. Tout me faisait tripper dans ce film, surtout le petit Data (alias aussi "double lune" dans "Indiana Jones et le temple maudit") et ces gadgets fabuleux. Et puis Sinok le gentil monstre mal évelé et puis les Fratellis, cette famille de semi-mafieux qui tenaient une immonde gargotte sur la plage. L'aventure à deux pas de chez nous donc, le plaisir d'un garnement en culottes courtes.

Et puis là, un ami me prête le dvd des Goonies (estampillé "Warner KIDS" en gros sur la jaquette. Au moins on ne ment pas sur le film) et c'est la consternation. Soit je suis devenu un vieux con soit, c'est très mauvais. Les gamins jouent mal (sauf le petit "data" qu'on regarde avec nostalgie et bienveillance), on nous assène du Cindy Lauper à plusieurs moments (non que j'ai quelque chose avec Cindy Lauper mais encore faudrait-il que la musique existe), Sinok se révèle un --effectivement-- gentil, trop gentil monstre, on gazouille, c'est mignon, c'est consternant. Surtout la réalisation de Richard Donner ("Superman" hein... D'ailleurs y'a un clin d'oeil amusant dans le film) se révèle d'une platitude absolue. On sent d'ailleurs dans le documentaire que Donner est contrôlé par l'ombre du producteur Steven Spielberg, très soucieux de son "produit" et est un peu pieds et poings liés. J'ai d'ailleurs la même impression pour les productions Spielberg avec Tobe Hooper et Joe Dante mais je crois que Hooper s'en est sorti bien mieux au contraire de Dante qui s'énerva à plusieurs moments avec Spielby. Enfin, on sent les scènes coupées : On mentionne bien une pieuvre dans les dialogues mais dans le film, niet, nada (elle est par contre en scène coupée sur le dvd et l'on comprend pourquoi : Monument très Z, la pieuvre qui s'attaquait aux jeunes filles et mise en déroute avec un walkman qu'on lui fait avaler. Elle s'en va ensuite en bougeant les tentacules sur du Cindy Lauper --décidement-- ...Affligeant et à mourir de rire tellement c'est immonde. La pieuvre est même pas finie, on voit les finitions du caoutchouc !).

Ne reste au final que de très belles images (dont l'image finale d'un galion du 17e siècle qui navigue à l'air libre) mais c'est maigre. On devrait pas toucher aux vieux mythes : ils tombent en poussière à l'air libre. erf

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Les goonies avant et après. Ils ont mieux vieillis que le film ! (remarquez Richard Donner qui se cache là bas)