"Blood of eden" de Peter Gabriel (en live siouplaît) à télécharger et écouter avec la chronique. (mp3/itunes/real player)


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Dans un futur proche (que Wenders situe en 1999 --il tourne le film en 1991), un satellite menace de s'écraser dangereusement sur Terre et les gouvernements optent pour la solution de le détruire par missile nucléaire même si la peur des retombées et conséquences imprévues rôdent. Claire Tourneur (Solveig Dommartin, la belle brunette du merveilleux "les ailes du désir"), elle, s'en fout, elle vit au jour le jour et espère l'aventure. Sur sa route, elle croise deux braqueurs de banque en cavale et décide de les aider à convoyer l'argent pour pimenter sa vie. Sur le chemin, elle tombe amoureuse d'un inventeur en fuite (William Hurt) recherché un peu partout pour avoir crée une machine qui permettrait aux aveugles d'avoir des images du monde à partir des souvenirs de celui qui prend les vidéos. Claire suit alors cet homme dans une quête aux 4 coins du monde...

Longtemps préparé par Wim Wenders (près de 3 ans de préparations), ce film se présente comme son ultime road-movie (et de l'avis de beaucoup comme son dernier bon film. Perso, je n'en sais rien, je n'ai vu ni "Land of Plenty" (2003) ni "Don't come knocking" (2005)) et pour bien nous le signaler, Wenders décide de mettre tout le paquet à tous les niveaux.

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D'une part dans la durée, Wenders se permet un peu tout, donnant à son film les allures d'une fresque de près de 3h... en version courte. La version Director's cut elle, dure près de 5h et n'est disponible qu'en Italie à ce qu'il semblerait. Du coup, comme le film est raccourci, on a droit à une voix-off qui pour une fois passe bien, le film ayant par moment des allures de films noirs, film policier en couleur avec cette piste d'un homme qui saute de pays en pays au risque presque d'y laisser sa peau, celà dans la seule finalité de ramener des images du monde pour sa mère aveugle (Jeanne Moreau) avec son invention (qui ressemble à un casque de réalité virtuelle). Le fait que ce soit un film de SF permet au réalisateur d'aborder une fois de plus sa thématique de l'image (déjà bien abordée dans Alice dans les villes et L'état des choses) avec la vidéo et toutes les visions que peuvent donner ordinateurs et écrans de contrôle vidéo. L'image de synthèse fait même une courte apparition (non dénuée d'humour) chez lui, pourtant pas spécialement du genre à en mettre.

D'autre part, fresque oblige où le monsieur décide de se donner à fond = casting royal, qui touche presqu'au n'importe quoi que c'en est des plus réjouissants. Ainsi on croisera Solveig Dommartin, William Hurt, Sam Neill, Max Von Sydow, Jeanne Moreau, Chick Ortega, Rüdiger Vogler (le Philip Winter d'Alice qui reprend presque le personnage avec le même nom, alter-ego une fois de plus de Wenders dans cette longue quête), Eddy Mitchell (pour un rôle d'à peine 5 minutes, c'est fou...), Samuel Fueller, Tom Waits (on le voit juste une seconde, il est pas crédité au générique donc faut pas le louper !) et j'en passe, j'en passe....

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Dans la musique, le père Wenders s'est aussi sacrément fait plaisir (et nous avec) : REM, U2, Peter Gabriel (dont je vous ai uploadé le morceau en haut), Graeme Revell, Elvis Costello, Patti Smith, K.D.Lang, Elvis Presley, Lou Reed, Nick Cave, Depeche mode, Julie Cruise (on se demandait ce qu'elle devenait depuis David Lynch elle), Talking Heads, Neneh Cherry, des chants de pygmées... Quasiment tout y passe dans la fresque de l'ami Allemand (enfin... Ami Américain maintenant pour reprendre le titre d'un de ses --meilleurs-- films).

Mais avec tout ça, n'aurait-il pas eu les yeux plus gros que le ventre ? On peut légitimement se poser la question, la réponse étant oui... et non. Oui, parce que dans sa dernière partie, le film s'enlise un peu, fait du surplace (en même temps, il a bien tenu les 2h précédentes donc ça va) or Wenders est un cinéaste principalement de l'errance, du déplacement des corps, du mouvement (n'oublions pas qu'il créa un temps une boîte nommée "road-movies" !). Si surplace il y a, celà doit être au profit d'une esthétique, d'une vision métaphorique digne des plus grands cinéastes (ce n'est pas pour rien que "Les ailes du désir" est dédié à un certain Andréï Tarkovski), voire d'une réflexion qui appuie cette immobilité (L'état des choses, immense film trop méconnu dont je parlerais un jour ici). Il y a pourtant dans cette dernière partie, de nouvelles pistes interessantes données (les lunettes virtuelles en plus de prendre des images pourraient capter les rêves des personnes pour les donner aux aveugles ou --idée dangereuse donnée par Hurt en argument de sa fuite-- être vendus aux chaînes télés, lesquelles ne respectent que le dieu Money, celui décrié par la bande de Roger Waters en 73...) mais hélas pas toujours poussées à bout (on sent que dans cette version raccourcie Wenders à dû faire de sévères coupes et que ça l'embêtait un peu de couper)...

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Et en même temps non parce que le film tient remarquablement la route et qu'il fallait une bande-son et une histoire comme ça, il fallait du temps pour raconter ce road-movie ultime qui ne peut être dépassé que par un versant purement contemplatif (comme "Gerry" de Van Sant ou le --sublime, si si-- "Electroma".... des Daft Punk. --on ne rit pas là bas). Et rien que pour ces idées, ses ambiances, on aime le film de Wenders. Pas un chef d'oeuvre non, juste un grand film barré qui ose clamer son existance. Et on est content au fond qu'il soit là, il est attachant, imparfait mais sympathique. Il nous en faudrait plus des films comme ça, des projets légèrement Ovnis...