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Italie - 1526. Le destin de Jean de Medicis, capitaine de l'armée Pontificale de 28 ans chargé de stopper l'avancée Allemande des troupes du général Frundsberg qui marche en direction de Rome pour la détruire.....

C'est ce qu'on appelle être touché par la grâce. J'avais vaguement entendu parler d'Ermanno Olmi, cinéaste peu prolifique mais véritable maître, hélas trop peu connu en comparaison de Fellini et autres Antonioni mais je ne m'attendais pas à trouver là un descendant Italien de Tarkovski, l'égal d'un Malick européen, la surprise n'en est que plus troublante. Olmi filme parcimonieusement avec un montage digne d'un Bresson et une science de la narration hautement complexe mais nullement académique ou chiante. D'ailleurs le film surprend dès le départ car Olmi choisit de nous mettre en condition sans nullement avoir pitié de nous ou nous prendre pour des neuneus-visuels. Ainsi le film commence par les personnages se présentant brièvement à chaque fois dans un décor different et nous exposant avec acuité la situation politique et historique du pays. Et d'une part avec la langue de l'époque, hautement soutenue et distinguée; d'autre part, dans une reconstitution hallucinante de réalisme tant dans les costumes que décors.

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Là bas en 2001, le film a d'ailleurs remporté nombreux David (l'équivalent Italien des oscars) notamment pour les costumes et décors, c'est dire. Et comme si celà ne suffisait pas, Olmi soigne aussi l'image avec un rare soin, construisant à plusieurs reprises de véritables cadres-peintures qui rendent hommage non seulement à la Renaissance, mais amplifient encore plus la portée sociale qu'on pouvait alors voir dans les peintures de Vermeer, Van Eyck, Rembrandt, Bosch et bien d'autres. Tout en oubliant nullement la dimension humaine restituée à sa vraie échelle : les batailles ont à peine une centaine d'Hommes et pour éviter de nous embrouiller, on a même droit à une carte des régions, aussi digne que la gravure d'un Malick au début du Nouveau Monde ou plus près encore de nous, des tracés aventureux d'un Indiana Jones, rendant toujours aussi clair et passionnant le récit de la chute d'un Homme au moment où la technologie humaine fait un nouveau bond de plus.

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La technologie qui évolue prodigieusement et justifie le mêtier dangereux et sans répit de Jean, c'est donc bien évidemment les armes, notamment l'emploi des premiers canons légers facilement transportables avec leurs grosses roues. Olmi en profite justement pour s'attarder à un moment à la construction puis l'emploi sur une cible artificielle d'un boulet de canon. Plus tard en une courte séquence où un blessé gît agonisant, on pourra rapidement voir l'effet sanglant et destructeur de ces nouvelles armes (on voit un bout de moignon ensanglanté digne des plus beaux films gores. Efficace, net, precis) qui vont changer radicalement ce siècle et achever la vie de Jean de Medicis : Si la première partie s'attarde sur sa dure vie de stragtège guerrier délaissant malgré lui épouse et maîtresse (le personnage féminin le plus beau et complexe de ce film qui tente même de le rejoindre sur le champ de bataille uniquement par Amour dans un monde et un temps où les sentiments et la Foi occupaient une place des plus importantes : loin de nourrir du remord, Jean pense néanmoins mélancoliquement à son épouse et sa fille loin de lui, au coin du feu dans une composition digne d'un grand peintre) pour remplir sa dure mission de croyant (à noter que "la foi" n'est nullement tournée en ridicule ici, ni même bêtement appuyée par des effets grossiers d'Ayatollahs Hollywoodiens post-11.09.2001. Ici la foi est plus qu'une croyance, un mode de vie de l'Homme, ce qui rejoint la conception profondément humaniste qu'en nourrissait Andréï Tarkovski dans la majeure partie de son oeuvre), la seconde partie traite de l'agonie des 5,6 derniers jours que va vivre le jeune homme, mortellement blessé par un boulet de canon.

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Plus fort que du Vermeer...

C'est dans cette seconde partie que l'oeuvre prend un envol profondément romantique et métaphysique. Jean, sur son lit de mort repense à sa vie, son épouse, le décor environnant, le bal/soirée où il rencontra sa maîtresse qui fut séduite par sa loyauté et sa bravoure lors d'un tournoi de lances tandis que des médecins s'affairent vainement autour de lui pour le sauver. A quoi pense un homme dans les derniers instants ? A t-il vécu pleinement sa vie ? Au spectateur de trouver, Olmi lui filme un vent surréel faisant partir les convives tandis qu'un voile de vêtement féminin plane, cachant dans une alcôve une histoire d'amour sans suite. Etonnamment, la reconstitution n'est pas qu'historique, elle est aussi sociale et plus que de beaux costumes et des décors formidablement réalistes, on peut voir une étonnante reconstitution des comportements et moeurs de l'époque. La séduction, la galanterie, la bravoure, les mariages d'intérêts de familles, la noblesse, l'Amour, tout est traité avec une modernité, une intelligence et une finesse qui laissent rêveur. On est loin des dialogues abrutis des Visiteurs, ce qui n'empêche pas Olmi de dresser un constat noir des bassesses inévitables de l'Homme. Si la barbarie montrée à de rares moments s'avère moins excessive qu'un Verhoeven de La chair et le sang (ce n'est d'ailleurs pas ce qui interesse Olmi, il se situe sur un autre plan d'intérêt), on constate avec une certaine aciduité que l'Homme n'a guère changé après tous ces siècles.

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On peut légitimement parler de Chef d'oeuvre d'un réalisateur injustement trop méconnu de nos jours.