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Bon, j'avais laissé passer l'excellent Pour Elle sur ce blog, heuresement Dasola avait pu en faire une note.
Cette fois, je ne laisserais pas passer ce "Morse", énorme coup de coeur de début d'année qui me fit chavirer comme pas possible (Benjamin Button ? Qui c'est ? Connais pas. C'est un ami à vous ? agnaaa).


Une petite ville perdue de Suède dans les années 80. Sa neige, ses enfants, ses petites classes, ses jeunes qui s'ennuient, ses poivrots qui se réunissent en groupe pour boire un verre et tuer le temps. Oskar est un adolescent solitaire et quasiment délaissé par ses parents (divorcés justement mais les détails ne trompent pas : la mère n'apparaît que vers la moitié du film tout comme le père, lequel "oubliera" un peu son fils lors d'une soirée-beuverie avec un voisin de passage sous le regard déçu de l'enfant). Sans amis et d'une grande timidité dans sa solitude, il est régulièrement martyrisé par une bande qui en fait son souffre douleur.

Oskar aimerait bien se venger mais il manque de courage en lui. C'est Eli, une nouvelle arrivante dans le bâtiment, un peu étrange et plus ou moins du même âge que lui (en apparence du moins) qui va l'aider à l'acquérir progressivement en même temps qu'une étrange histoire d'amour se bâtit entre ces deux là.

Au même instant, la ville est secouée par des meurtres étranges et horribles
...

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Morse (pour reprendre son titre français qui va plus vite --même si le titre original en suédois/anglais --"let the right arm in" -- est tout aussi intéressant et s'appuie sur une remarque très interessante selon laquelle dans le vampirisme généralement, le vampire n'entre que si on l'invite. Comme si il devait obéir à une certaine règle qui lui interdirait de rentrer dans un appartement ou une maison sans le consentement de sa victime. Ce qui se vérifie amplement dans de nombreuses nouvelles et romans sur ces créatures. Stephen King lui-même n'y coupe pas dans son "Salem" si je me rappelle bien --Celà fait bien longtemps que j'ai lu Salem. Les fans de King me reprendront-- comme dans l'une des nouvelles de son Danse macabre. Anne Rice (*) et Richard Matheson (**) non plus. Bref, sans le savoir, c'est un des nombreux passages obligés du mythe, moins connu que les combustions spontanées par overdose d'hallogène de soleil dans la tronche, mais quand même...) est un film de vampires. Un de plus et en même temps, bien plus qu'un simple film.

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Le titre pour son exploitation française en lui-même fait référence au fameux code morse (et non l'animal sur la banquise. Encore que la bestiole à de longuuuues dents, donc ce n'est pas innocent non plus je pense) qu'utilisent les deux pré-ados pour communiquer à travers les parois de leurs chambres. Lui, Oskar, aux beaux cheveux blonds (on dirait le djeune du "Elephant" de Van Sant en plus jeune et plus mignon encore), elle, Eli, la vampire qui tue pour survivre, sans quoi les fonctions de son corps redeviennent lentement à l'état de décomposition (les vampires ne peuvent rien manger, juste boire du sang. On a donc "le" passage obligé --ou presque-- où la vampire tente de manger une matière organique, mais son estomac ne fonctionnant plus que pour le sang, elle vomit) et une odeur (cadavre ?) recommence a revenir, tandis que la vampire se sent redevenir une bête insatiable sentant sa fin venir.

Mais me croirez vous si je vous dis que ce film est le meilleur film de Vampires que j'ai pu voir au cinéma (mais aussi à la télé) de toute ma vie depuis le légendaire Near Dark (dont il faudra bien que je me fende d'une chronique ici un de ces jours) ? Bien sûr, il y a d'autres très bons films de vampires (Blade 2, le Dracula de Coppola que j'aime beaucoup personnellement, Chronos, Nosferatu de Murnau... <-- pour moi un classique qui garde encore tout son pouvoir intact), d'autres moins bons mais sympathiques (30 jours de nuit, Entretien avec un vampire...) et puis aussi de mauvais dont on évitera de parler sous peine de froisser les coeurs sensibles (c'est rigolo de parler de coeur en faisant une chronique de film de vampire, non ? agnaaa (***)) ou de se faire taper dessus par une armée de pouffes en délire qui seraient bien capable de crever les pneus de ma voiture (que je n'ai pas car j'ai encore raté mon permis au passage).

Et puis il y a ceux que je place très haut. Quasiment des films cultes. Comme Near Dark. Comme ce Morse dorénavant.

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J'ai tellement aimé le film que le soir même j'allais embêter Paul sur msn (****) ainsi que Dasola. Parce qu'en plus de proposer une histoire fantastique et allégrement gore, Morse a cette sensibilité que possédait Near Dark, cette poésie et surtout, cette tendresse pour son couple principal dont on suit, retenu, crispé au siège, le souffle parfois coupé, les premiers émois malgré des scènes parfois très frontales (ce qui me fait apprécier d'autant plus le film. Marre des oripeaux Hollywoodiens trop souvent constatés sur de nombreux films fantastiques). Mais le film n'en garde que d'autant plus de sincérité et de justesse (pas une fois la relation entre Oskar et Eli, de même qu'entre Oskar et ses parents divorcés n'est traitée avec de gros sabots. La sobriété, la simplicité, l'Humain vont droit au but, dans nos trippes). Voilà, Morse est traversé par la grâce. Il n'y a pas d'autres mots. C'est tout ce que je peux dire, c'est beaucoup et bien peu à la fois.

Le film vient d'être récompensé meilleur film fantastique à Gérardmer. Et de même que "le retour", c'est amplement justifié là aussi. Courrez le voir.


(*) Je ne sais plus où. Dans tous ses livres sûrement.
(**) Je suis une légende, livre magistral, film tout pourri où les vampires sont remplacés par de pseudos zombies en images de synthèse.
(***) Oui j'ai un humour limite je sais.
(****) Purement authentique. :)