"Space Lion" par Yoko Kanno à télécharger (mp3) et écouter avec la chronique !


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"En cours d'opération, la Lucy était fort bruyante. Ronflements, sifflements, claquements de compresseurs ou de pompes au fur et à mesure qu'ils se mettaient en marche ou s'arrêtaient. Sa coque grinçait, son système de rotation rugissait. Elle était formée d'un long anneau rotatif central de gravité nulle et d'une partie ventrue servant de cale. A l'extérieur, la partie supérieure et les flancs étaient occupés par les groupes trapus des vannes du générateur. Bien que vide, elle se dirigeait cahin-caha vers la zone de saut de Viking en empruntant le couloir réservé aux petits navires."
(C.J.Cherryh - "L'opéra de l'espace" (1982 - "Merchanter's luck"))

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Un pouce tendu, en forme d'auto-stop désuet à l'adresse des étoiles, ce n'est qu'un des nombreux anachronismes charmants et bourré d'humour de Cowboy Bebop, série d'animation de 26 épisodes sortie en 1998, et série plus que culte il faut le préciser, auprès des fanas d'animation quelle qu'elle soit. Ayant reçu en guise de cadeau d'anniversaire en avance d'un mois par l'un de mes potes cinéphiliques de forum internet le coffret, je me suis jeté sur le revisionnage de cette oeuvre addictivement géniale sans plus tarder. Alors, après plus de 10 ans, là où bien d'autres séries semblent déjà dépassées, Cowboy Bebop vaut il encore le coup ?

La réponse est oui, mille fois oui. Si par exemple, je devais choisir une série d'animation japonaise entretoutes (le vieux truc de l'île déserte), ce serait à égalité, Neon Genesis Evangelion et Cowboy Bebop. A la première, je dois beaucoup, notamment en pleine adolescence, d'avoir pu commencer à sortir un peu de ma carapace que je m'étais forgé grâce aux 2 derniers épisodes, expérimentaux et métaphysiques. De la seconde, je dois mes meilleurs souvenirs de Science-Fiction et de sensations fortes mêlées comme cette attaque de Spike contre la triade des dragons rouges sur fond de reprise jazz du générique de fin "the real folk blues", "See you space cowboy" dans l'ultime dernier épisode. Les plus belles montées d'adrénaline qu'ont pu procurer l'animation de ces dernières années. Et un univers complet et intelligent de Science-fiction qui, pour reprendre Philip.K.Dick dans une de ses célèbres conférences (Metz, France, 1972 je crois), ne s'effondre pas deux jours plus tard.

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Dès le générique, le ton est donné. Ce sera western (nos 5 personnages principaux --comptons Ein, le chien aussi tiens-- sont des chasseurs de primes dans le nouvel Ouest qui s'étend cette fois à l'espace du système solaire dans un futur proche). Ce sera Jazz (mais pas que, puisqu'avec la surdouée Yoko Kanno à la musique, on naviguera aussi dans les territoires du blues, du hard-rock, du rock, de la pop, de la lo-fi et j'en passe...). Le tout enveloppé d'étoiles et de vides interstellaires.

Et comme si ça ne suffisait pas, la série se permet génialement d'aborder à chaque fois, références sur références à notre propre culture musicale et cinéma. Dans l'épisode 7, "Heavy metal queen", le petit terroriste trouillard arbore la tête de Woody Allen. Des titres d'épisodes font eux-même références à des chansons ou des films cultes (épisode 14 : "Bohemian Rhapsody", ça vous rappelle pas la bande à Freddy Mercury ça ? Quand au titre de l'épisode 20, "Pierrot le fou", je pense que vous trouverez aussi très facilement... agnaaa) quand ce ne sont pas les personnages eux-mêmes (le jet-kune do que pratique Spike n'est qu'un renvoi explicite à l'art martial de Bruce Lee et d'ailleurs, même l'un des personnages secondaires dans la série arborera d'ailleurs le nom d'Abdul Hakim, ennemi de Bruce Lee dans l'un de ses films ! (Mais vous allez vous amuser avec la liste des épisodes à chercher les références quand je vous la donnerais dans la seconde partie, vous allez vous marrer tiens...)) ou ce qu'ils font (à un moment, dans les 3 derniers épisodes, Spike lit un livre nommé "Walking on the moon"... une certaine chanson de Sting et Police à la base), c'est dire la richesse de la série où l'on ne repère pas forcément tout à la première vision.

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Ganymède, bordée par la gigantesque Jupiter.

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En hypervitesse dans une gate à "espace différé".

Autre constatation donc, au délà de l'univers intertextuel que la série développe, l'univers de Science-Fiction développé, qui, comme dit précedemment, s'avère des plus solides. Il suffit de voir le son accordé aux vaisseaux et aux différents décors chacun bien particuliers et dont on peut tirer à chaque fois des réflexions, sans compter le contexte historique et la date donnée (2071). Par exemple, et comme dans la citation de l'écrivain C.J.Cherryh donnée en exergue, mais aussi 2001 l'odyssée de l'espace de Stanley Kubrick, chaque vaisseau dispose d'un anneau rotatif de gravité, que ce soit le vaisseau de nos chasseurs de primes, le Bebop, celui utilisé par Vicious des Triades du Dragon rouge dans le double épisode Jupiter Jazz, ou le vaisseau allongé et blanc (la figure semblant représenter une sorte de flingue !) des responsables du casino spatial du 3e épisode. Chaque lieu à sa personnalité bien distincte. De Ganymède baignée d'océans qu'on imagine issus de la fonte de glace lors de la colonisation (terraformation) du satellite à Callisto plongée dans un hiver éternel (repère d'évadés et truands en tout genre), en passant par Mars (avec ses bases "oxygénées" à l'air libre sur fond de décor rougeâtre poétique qui laisse rêveur... On se croirait presque par moment dans Total Recall en plus light, autre représentation magnifique de cette planète à l'écran) ou la Terre, quasiment ravagée suite à l'explosion d'une partie de la lune (ce qui provoqua la montée des océans --visibles bien souvent par ces endroits où des sommets d'immeubles ressortent à peine à la surface-- et une pluie perpétuelle d'astéroïdes --ce qu'on peut comprendre par la perte de densité de la masse lunaire qui n'attirerait presque plus les météores de l'espace) lors d'un des premiers essais de Gate.

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Spike et une mission périlleuse.

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Le vaisseau de Faye et la Lune. Enfin... en partie.

Et qu'est-ce donc qu'une Gate ?
Et bien tout simplement une des grandes marottes de la science-fiction. Souvenez-vous que bien souvent, les films et oeuvres diffèrent mais ont toutes ce point commun propre à la SF : dans un futur proche et suivant les technologies sans doute encore plus poussées qu'a l'heure actuelle, l'Homme parcourera encore plus vite les grandes distances. A notre époque, on utilise déjà des véhicules supersoniques pour dépasser des frontières. Dans la SF (qui n'est qu'au fond bien souvent qu'une extrapolation et une métaphore de nos sociétés du présent vers quelque chose de plus imaginaire --la SF n'est pas toujours tournée que vers le futur quand même !), on relie les étoiles entre elles et c'est aussi simple que celà.

Dans Star Wars (1979 à 2005 - George Lucas pour le premier...), il suffit d'être dans un espace second, un "hyperespace" pour franchir des parties immenses de galaxies à d'autres. Dans Stargate (1994 - Roland Emmerich), le principe est le même mais sans vaisseau, on utilise la "porte des étoiles" pour tracer un trait d'une planète à une autre. Star Trek reprend le procédé Star Wars en le rendant plus technique (la série de Gene Rodenberry et les films ont toujours eu une ambition différente dans l'univers SF --au passage la série Star Trek date des 60's à la base et existait bien avant Star Wars !--. D'ailleurs si quasiment tous les extraterrestres sont humanoïdes dans Star Trek c'est par volonté sociologique d'une part (on en apprend beaucoup sur les Vulcains généralement) mais aussi d'autre part, de les rendre proche de nous. On s'attache effectivement mieux à quelque chose nous ressemblant que l'espèce de Blob visqueux à la Chuck Russel --je dis ça sans avoir vu l'original des 60's qui voulait manger du Steve Mc Queen !) et incorporant à son univers la téléportation à courte distance, bien pratique pour emmener des membres dans le vaisseau, malgré les petits défauts techniques qui peuvent subsister.

Dans Cowboy Bebop, on se déplace donc dans à travers une gate, une porte gigantesque assurant l'ouverture d'une route grande vitesse dans l'espace à travers un espace différé où la lumière ne passe pas, permettant aux vaisseaux de franchir des distances inimaginables, laissant de l'extérieur la vision d'ombre qui passent, hors du temps (épisode 4, les missiles qu'on voit traverser en transparence les vaisseaux de Faye et Spike). La BD franco-belge Yoko Kanno (editions Dupuis) reprend une idée similaire quand Yoko part avec ses amis les Vinéens (vous savez, les extraterrestres humanoïdes à peau bleue. Mais non, voyons, pas les schtroumpfs, eux ils sont plus petits et font rien qu'a s'empiffrer de salsepareille... agnaaa) et que pour rejoindre le système de Vinéa, la traversée se fera dans une espèce d'espace noir privé de lumière propulsé par une gigantesque station spatiale dans le tome 6...

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Arrivée sur une ville Martienne...



Fin de la première partie de cette chronique... agnaaa

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