"Rhapsody in blue" de Gershwin à télécharger (format m4a - itunes) et écouter avec la chronique.


-------------------

manhatten2

Isaac, humoriste à la télé new-yorkaise, sa vie, ses amours dans une déclaration émouvante de Woody Allen à sa ville favorite. Partagé entre son métier de   scénariste télé pour émission idiote,   sa vie avec une ravissante lycéenne, qu'il pense trop jeune pour lui,   et sa mésentente avec son ex-femme qui compte publier un   livre sur leur vie conjugale passée, Isaac Davis mène une vie des plus tumultueuses… Un jour, il rencontre   Mary, critique snob et suffisante dont il tombe lentement amoureux…

Remercions le cinéma pour nous offrir des moments aussi magiques. Mais aussi les cinémas de quartier parisien puisque lundi soir, j'étais à l'Action Ecole pour réaliser l'un de mes rêves, me voir Manhattan sur grand écran, enfin ! Evidemment, je l'avais déjà vu dans de nombreuses conditions dont une première fois mémorable en VHS à une heure tardive grâce à un prof d'anglais passionné, mais comme on dit tous, rien ne vaut le passage en salles. Une légende qui a la vie dure, surtout si comme lundi soir, on est en face d'une copie de qualité très moyenne, au son qui baisse et devient presqu'inaudible avec de nombreuses taches sur la pellicule qui laissent accuser son âge. Mais ce n'était décidement pas ça qui allait rabaisser ce mythe dont la magie restait encore pleinement vivace, 30 ans après.

manhattan

Tourné en 1979 donc, cette ressortie n'est pas innocente même si elle s'effectue un peu en cachette, à la dérobée me semble-t-il hélas (dépêchez vous de voir --et revoir-- le film si vous en avez l'occasion). Je feuillette peu la presse cinéma actuelle mais je doute d'avoir vu une quelconque publicité pour le film, ce qui se vérifiai au vu du public de la salle. Une dizaine de personne seulement mais de tous âges et tous bords, ouf. La cinéphilie vaincra !

Trève de bêtises, penchons nous sur le film et surtout, au délà des histoires de couples de l'élève Allen sous influence du maître Bergmanien (dont le New-Yorkais n'hésite pas à dire que c'est son réalisateur préféré --ce qu'on peut comprendre. Personnellement j'adore le regretté suédois aussi), c'est surtout l'occasion de voir une fascinante construction de mythe à l'oeuvre. Mythe d'une ville que le cinéaste capture dans une nostalgie rétro de 3 belles manières : d'abord le noir et blanc du directeur de la photographie Gordon Willis, tout simplement fabuleux, à la fois tranché et net (les séquences dans le planétarium, inoubliables) qui laisse passer une belle teinte de gris légers.

manhattan2

Ensuite des plans presque documentaires au sein de la fiction d'une ville continuellement bourdonnante de vie : bien sûr l'introduction avec la voix-off d'Allen mais aussi bien d'autres où même les personnages du film deviennent intégrés eux-mêmes, j'en veux par exemple cette image mythique où Isaac et Mary (Diane Keaton) sont sur le banc et attendent les premières lueurs de l'aube, le tout porté (comme pour les nombreuses séquences dites "documentaires") par la musique de Gershwin.

Enfin, la musique de Gershwin bien justement qui ancre le film au délà de la référence temporelle actuelle (1979) pour l'inscrire bien au délà, favorisant son entrée dans l'intemporel.

  • "D'autres films "nostalgia" dans cette période, réactualisaient et relançaient des musiques plus anciennes et oubliées, parfois sans grand souci de l'exactitude historique. L'arnaque (1973), comédie sociale réalisée par George Roy Hill et située dans le Chicago des années vingt, fait entendre, avec les ragtimes de Scott Joplin que le film rendit mondialement populaire, une musique antérieure d'une vingtaine d'années à l'époque de l'action. (...) Quelques années plus tard, en 1979, dans Manhattan, Woody Allen faisait arranger de même certains titres de Gershwin et les superposait, dans un anachronisme volontaire et nostalgique, à son New York contemporain (bien que ce dernier fut traité dans un noir et blanc stylisé et confiné dans certains quartiers "chics" chers au cinéaste)..." (Michel Chion - "La musique au cinéma")

manhattan3

Alors oui bien sûr, on ne peut s'empêcher comme le théoricien et compositeur Michel Chion de constater avec le recul que Woody nous emmène en fait dans ses petits coin (le restaurant "Elaine's" au début du film où le cinéaste allait réellement pendant un bon moment) préférés mais celà n'enlève rien au plaisir du film, de cette joyeuse association d'une musique issue des années 20 (1924 pour "Rhapsody in blue") et d'un monde contemporain. Je pense même que celà fonctionne d'autant inonsciemment sans doute car Gershwin était New-Yorkais d'une part, juif d'autre part. 2 points communs de plus avec le sieur Allen et son film qui est du coup, plus qu'un film, plus qu'une déclaration d'amour enflammé à sa ville...

manhattan4

En fait, à l'image du couple d'amoureux du de l'introduction du film, le film nous met en état transi : comme Woody, on tombe amoureux de Manhattan, on veut y aller, se retrouver dans le film même si celà est impossible. C'est un peu ça la magie du cinéma, non ?

Un jour j'irais à New-York avec toi...