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Pompier volant, Pete (Richard Dreyfuss) est un as des airs, un incorrigible casse-cou. Chacune de ses missions est un cauchemar pour Dorinda, sa compagne. Cela devait arriver : un jour il ne revient pas. Ou plutôt si, il revient, mais personne ne le voit. Le fantôme guide alors à travers le deuil ceux qui sont restés.

Complètement devenu inaperçu depuis sa sortie, similaire à celle d'une production à la même histoire (le piteux "Ghost" qui lui, est justement assez médiocre), Always gagne à être réévalué 20 ans plus tard et n'est certes pas cette histoire pleine de guimauve et de bons sentiments qu'on se plaît à dire un peu partout, parfois juste sur la foi des images et des on-dits qu'on peut entendre un peu partout. Alors certes, cette histoire (qui est d'ailleurs un remake d'un film adoré du tandem Dreyfuss/Spielberg, voir plus bas) contient bien sûr quelques passages plus doux et gentillets au milieux d'autres à la poésie étrange mais il ne faudrait pas non plus oublier les moments émouvants baignés de sincérité et d'autres parfois qui détonnent plus (la mort de Pete qui arrive brutalement).

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Au milieu de la forêt se tient le petit coin de paradis d'Audrey Hepburn, ange venu du ciel pour guider Pete. Je ne sais pas ce que tu as fumé ami Steven mais je veux bien en prendre un peu.


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C'est beau tout ce blé, on se croirait chez Terrence Malick.


Ce film est l'occasion pour le cinéaste de retrouver son ami et alter-égo Richard Dreyfuss (après Les dents de la mer (1975) et Rencontres du 3e type (1977)) qui fut aussi aux côtés d'Harrison Ford (4 films ensemble) et Tom Hanks (3 films ensemble), l'un de ses acteurs fêtiches. C'est aussi l'occasion de belles séquences de vol à la clef mais aussi la dernière fois qu'on peut apercevoir Audrey Hepburn à l'écran dans le rôle de "Hap", sorte de messager divin qui vient aider et conseiller Pete dans sa dernière mission : former un nouvel as du vol de ses conseils secrets susurrés à l'oreille comme liberer sa femme de son emprise amoureuse par délà la mort. La comédienne (que vous avez dû remarquer souvent ici si vous avez bien parcouru ce blog) disparaîtra peu de temps après en janvier 1993 d'un cancer.


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Une dernière danse à la lueur d'une bougie et du soleil finissant.

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"Oh my god, it's full of stars !"


Always (le pauvre Steven pouvait-il se douter que ce mot serait ensuite associé plus familiairement et vulgairement aux lingettes hygièniques ? La société de consommation ne respecte décidemment rien) est donc un film teinté de douce poésie, de moments comiques et décalés (un chauffeur de bus fait un malaise cardiaque et apparaît pour un temps près de Pete avant qu'il ne soit réanimé. Moment étrange, à la fois comique et emprunt de noblesse par l'attitude du vieil homme qui vient se poster près de son sauveur pour l'encourager) et de beaucoup de charme où les petits riens sont élevés en éloge (beau moment quand Holly Hunter (Dorinda) récite sa liste de course dans son sommeil et que seul Pete le fantôme peut l'entendre), un peu comme dans un film d'Audrey Hepburn finalement. Et on se dit que pour son dernier film, c'est sans doute le plus beau cadeau que Spielberg pouvait lui faire. Et qu'importe si Always n'est sans doute pas un chef d'oeuvre ou un brillant mélo à la Sirk, celà reste une bien belle oeuvre dans une carrière quasi-exemplaire de cinéma d'auteur à la fois divertissant et qui a oublié d'être bête... pour notre plus grand plaisir.

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"Ces hommages répétés au cinéma des pères trouvent un aboutissement naturel en 1989 dans "Always", que Spielberg tourne immédiatement après le troisième "Indiana Jones". C'est un remake de "A guy named Joe" de Victor Fleming (1943) avec Spencer Tracy, qui incarnait la figure paternelle idéale de l'enfance du petit Steven. Le rôle de l'aviateur mort qui revient chez les vivants pour former à son insu un jeune pilote et guider vers l'amour sa compagne endeuillée (Holly Hunter) est ici tenu par Richard Dreyfuss (...), dans une ambiance résolument rétro (vieux coucous de la Seconde Guerre mondiale, standards des années 50), alors que l'action est contemporaine. Film curieux, un peu sucré, toujours sur le fil, ce mélo inversé (le héros "meurt" au début) tient pourtant par quelques notes d'une chanson des Platters, et surtout par une magie étrange que le cinéaste théorise à sa manière : c'est que, exactement comme Richard Dreyfuss qui se tient dans le cockpit derrière son remplaçant et lui insuffle ses enseignements, les fantômes des "old timers" d'Hollywood, Capra, Fleming, Sturges et les autres, sont là, derrière l'épaule de Spielberg, pour lui souffler à l'oreille un peu de leurs secrets immémoriaux."

Steven Spielberg par Clélia Cohen. -- éditions Cahiers du cinéma/Le Monde.