bondJe n'avais jamais vraiment regardé de James Bond avec Timothy Dalton de part le passé, un peu floué par des préjugés sans aucun sens comme je m'en aperçois maintenant mais alléché par les dossiers que lui consacra ce cher Romain D, je me penchais sur ce premier des deux Bond joué par Dalton.
La surprise fut de taille tant Dalton remportait d'un coup l'adhésion par son jeu subtilement dosé qui fait dorénavant passer Brosnan pour un acteur moyen (bon j'exagère un peu là). Le film à le mérite de vouloir redonner un coup de fouet à la saga Bond à l'approche des 90's (là on est en 1987) avec des méchants plus réalistes, une violence plus poussée, un rapport au temps présent (on évoque l'Afghanistan et les conflits avec les russes ici, tiens, tiens...), des cascades et de l'action poussées très loin (ah la poursuite en voiture se poursuivant jusque sur un lac gelé puis ensuite en étui de violoncelle !) mais surtout un personnage de Bond qui s'humanise beaucoup plus, loin des clichés machos ou misogyne qui ont parfois (à tort ou juste raison) dû lui coller à la peau. Comme dans Goldeneye (1995, avec Brosnan), on tombe sous le charme de la douce romance avec le personnage féminin, james Bond girl qui, de timide et en retrait, prend successivement les commandes de l'action (et Maryam d'Abo est très mignonne en plus d'incarner un personnage finalement très bien écrit et loin des potiches écervelées que le cinéma d'action --américain ?-- nous a souvent gratifiés), s'investit de plus en plus. Que dire de plus sinon que mon intérêt pour le personnage de James Bond est revenu en force grâce à Dalton.
Ce Tuer n'est pas jouer s'avère donc une véritable perle, qu'on aime Bond ou pas.

maryaaaaaam
Maryam d'Abo. smileycoeur



yeuxsansvisages Je ne connaissais pas le cinéma de George Franju, j'ai donc voulu découvrir par la grande porte ce qui est considéré par beaucoup comme l'un de ses meilleurs films, j'ai nommé "Les yeux sans visage". Et pour l'époque (1960), on peut dire que ce film est un véritable ovni. Franju prend le parti de livrer un film inquiétant où un médecin essaye de créer un nouveau visage à sa fille défigurée dans un accident de la route en poussant parfois le film dans ses retranchements les plus radicaux (certains plans pourraient être "gores" et Franju décide d'éviter toute censure malgré l'aspect insoutenable en décidant de faire un fondu au noir proggressif --avec un flou ajouté lentement-- sur les scènes de chirurgie, laissant le spectateur tendu par la tension dans l'insoutenable pouvoir suggestif du hors-champ d'où malaise évident) tout en créant une certaine poésie. Dès que le personnage de Christiane et son masque blanc en guise de visage apparaît, le film décolle dans des passages oniriques fabuleux. Christiane est le contrepoint de l'horreur et son innocence devant tout ce qui se trâme dessinent un des plus beaux personnages féminins du cinéma français. Grand film qui pourra en laisser certains sur le carreau par sa froideur parfois clinique...

christianeuh



hanekeuh Revoilà Michael Haneke, notre Autrichien guindé prof dangereux avec ses lunettes rondes et son résidu d'accent qui vous inquiète déjà. Du coffret Haneke chez Opening qui réunit cette "trilogie sociologique", 71 Fragments d'une chronologie du hasard est sans doute celui que j'apprécie le moins. Trop démonstratif, trop théorique; surtout le réalisateur semble vouloir nous montrer que l'explication de l'acte commis par l'adolescent (Le 23 décembre 1993, un étudiant rentre dans une banque et tue au hasard et sans motif apparent plusieurs personnes avant ensuite de se suicider) serait lié non seulement à sa fragilité psychologique (magnifique plan où en sortant de sa pension, il regarde à la fois la fenêtre de l'immeuble et le sol où une tâche rougeâtre disparaît progressivement, sous-entendu du suicide d'un autre étudiant, confirmé par un plan plus mystérieux auparavant) comme à l'état du monde relayé par les médias (le décompte de plusieurs journées en octobre puis novembre avant le jour fatidique avec constamment les nouvelles --assez sombres-- à la télévision). De plus, l'Autrichien entrecroise sa trajectoire avec celles d'autres personnages, victimes comme témoins qui se retrouveront plus ou moins tous sur les lieux.
Et évidemment, tous ces gens ont constamment un problème (misérabilisme, quand tu nous tiens...) :
D'un père délaissé par sa fille --qui travaille à la dite banque--, à des parents qui veulent adopter une petite fille sur qui plane tous les malheurs du monde visiblement, sans oublier la vie morne et déprimée du convoyeur de monnaie à la banque et l'histoire du petit immigré serbe à la lèvre fendue qui sera adopté par les parents qui ont adoptés la petite. Vous vous y retrouvez ? ironique

Et puis des plans séquences fixes qui appuient bien trop la démonstration et durent.... durent... durent....

J'ai l'air de taper sur le film mais pourtant il a ses qualités, notamment la description du parcours de l'arme volée dans le magasin militaire puis revendue à un étudiant qui la donnera au futur tueur. Plus tard, la police fouillera dans l'appartement de celui qui a volés les armes, sans rien trouver. Entre les deux, des mains, des visages, un sac. En plusieurs plans, serrés, avec un montage bien sec. Pour le coup --mais sans en avoir la profondeur à mon sens--, ça m'a fait penser à "L'Argent" de Bresson qui montrait une contamination et une corruption du bien par le mal avec le faux billet dans la première partie.

Néanmoins pour moi, c'est assez inférieur au 7e continent et surtout l'implacable Benny's video qui rendent un malaise aussi puissamment qu'un Funny Games.


moonfilm Moon est le premier film d'un certain Duncan Jones... En fait le fils de David Bowie, Zowie Bowie (mais l'on comprend qu'il est dur de vivre après un prénom pareil. C'est vrai quoi, est-ce que je vais prénommer mes enfants Brunehild, Siegfried, Albator ou Goldorak moi ? Voyons, voyons... ironique) et pour une première réalisation et malgré un budget de petit film indépendant, c'est vraiment très bien fait, très classe, très design aussi. Le film, arborant un rythme lent et intimiste ne cache nullement ses références (Outland, Alien, 2001...) mais tout passe très bien et ne me fait pas autant bondir que pour bien d'autres films. Porté par un Sam Rockwell décidement très bon, le film brasse allégrement de multiples thèmes de la SF sans pour autant faire de la redite, celà même si on peut deviner le pitch au milieu, voire début du film. Mais cela ne le dessert nullement et quand on est bien dedans, on a qu'une envie, que ça dure encore et encore... Et là, j'ai bien envie de me le revoir mais je devrais attendre 2010 vu qu'il aurait enfin trouvé un distributeur pour le sortir en salles en Europe. Reste à espérer qu'il passe dans pas mal de petites salles...


demineurs

1987 : Near Dark.
2009 : Démineurs.

Franchement content de retrouver Kathryn Bigelow, alias la cinéaste qui a des couilles. Et des grosses cojones, amigo. Ex-de James Cameron, on va pas refaire l'histoire, elle a hérité de lui l'aspect musclée dans sa mise en scène. Démineurs, 20 ans après son premier film (le génial Near Dark, aux frontières de l'aube auquel je voue un culte quasi suspect je sais
ironique) confirme que Bigelow (qu'on avait plus vu depuis K-19 en 2002) n'a pas perdu la main et livre là l'un des constats les plus lucides sur la guerre en Irak, une situation absurde où n'importe qui peut mourir d'un instant à l'autre. Sans affirmer ni diaboliser les deux camps en puissance, la réalisatrice démontre bien que le conflit est passé à un stade surmédiatisé, pratiquement une forme de grand spectacle où les démineurs du film, sont constamment observés par une population curieuse et avide (qu'on pourrait rapprocher du spectateur basique qui regarde un film), une image presque.

Les situations à l'extrêmes limites permettent au film d'être tendu comme un arc avec une énorme tension qui ne retombera quasiment jamais. Et tout le film d'enfiler des plans de toute beauté (l'appel desespéré au crépuscule, le coucher du soleil) avec des séquences qui continuent l'une après l'autre de subjuguer : l'ouverture du film, le réseau de bombes, le taxi, le traquenard en plein désert avec attente desespérée jusqu'au point du jour finissant avec un sniper fatigué (la plus belle et la meilleure séquence du film ?)... Style documentaire, quasi-carré, lisibilité de l'action, montage brut, peu de musique et quand on l'entend, c'est pour souligner l'angoisse du moment, sans jamais trop en faire (sauf si on comprend mal le fait d'avoir ajouté pour le générique de fin une musique bourrine cadrant moins avec la sécheresse --désertique ?-- de l'ensemble).

Bref, un très bon Bigelow.
Manque juste un peu plus d'émotion et une fin qu'on pourra reprocher de banale et prévisible mais pourtant finalement logique et très proche de la réalité, notre chère et plate réalité qui voit tellement d'hommes et de femmes inadaptés à autre chose que ce qu'ils ont fait toute leur vie pratiquement....
Mais sinon, un très bon film. De quoi patienter avant "Avatar" fait par son ancien mari James Cameron, film qui va littéralement faire péter le cinéma du XXIe siècle. Les attentes sont grandes pour ce dernier, on a confiance, on y croit.


phantomeuh Phantom of the paradise (1974) de Brian de Palma. Enfin vu ! Depuis le temps... Bon, on ne va pas en rajouter une couche de plus sur le mythe si ce n'est que tout ce qui a été déjà dit sur ce film est vrai. Que Jessica Harper est belle comme une déesse, que la musique est énorme, qu'il y a du Faust, du Frankenstein, du Beach boys, une critique de la société de consommation et des exigences horriblement commerciales des maisons de disques (même si on sait que par ce film, De Palma se venge d'Hollywood et surtout de la Warner qui l'avait gentiment mis à la porte après s'être accaparé son "Get to know your rabbit" (1970, limite inconnu et pour cause vu que la Warner massacra le film pour totalement faire en sorte ensuite qu'on l'oublie. C'est réussi, hélas...), que ça va loin, très loin, jouant sur tous les tableaux, l'excès comme le baroque et la virtuosité technique du maître (ahhh, ces splits-screens dont on ne se lasse pas). Film complètement culte et grosse bouffée de bonheur à l'horizon qui fera des petits un peu partout. Aujourd'hui, tout le monde admire le film et revendique parfois son héritage en livrant des hommages plus ou moins assumés. Le meilleur que j'ai vu provient du manga "berserk" (que j'ai pas mal évoqué sur les pages de mon blog) qui reprend pour le personnage de Griffith le fameux masque de Winslow Leach. Mais va aussi nettement plus loin dans le propos (Berserk est clairement un enfant du Phantom car outre le masque/casque d'oiseau, la troupe de choc de mercenaires est la troupe du faucon (!), Griffith devenu un démon arborera une tenue de cuir à la Hellraiser mais qui fait diantrement penser à celle, une fois de plus, du Winslow de De Palma. Enfin, comme dans le film du réalisateur, un pacte est sous-tendu dans le manga (ici ce n'est plus le diable mais quasiment toutes les puissances des ténèbres !) et l'on retrouve une histoire de trahison et de substitut). Très grand film culte qui peut, pour tout ce que j'ai dis, provoquer l'adhésion totale du spectateur comme le refus. A vous d'essayer néanmoins.

femtooooo
Griffith dans Berserk après sa transformation en démon. ça crève les yeux non ?