Chroniques visuelles

Chroniques de dvd, films et autres...

mercredi 30 septembre 2009

Rêves

dreams


Dreams
("Rêves", 1990) est l'un des derniers films d'Akira Kurosawa et occupe pratiquement une place à part dans l'oeuvre du maître que l'on sait partagée d'un côté par les grandes fresques lyriques et des films plus intimistes. En 1970, "L'empereur" sortait Dodes'Kaden, passage définitif à la couleur mais aussi, ouverture d'une nouvelle ère crépusculaire tant pour ses films que sa propre vie puisqu'auparavant, il eut le temps de rompre sa relation professionnelle avec Toshiro Mifune mais aussi, de rompre avec la Toho qui produisait ses films jusqu'ici. La décennie des années 60 est aussi synonyme des années de la nouvelle vague japonaise (avec Nagisa Oshima ou Kiju Yoshida) et des productions indépendantes moins coûteuses et plus rapides à mettre en place. Pour un vieux loup des studios comme Kurosawa, il devient dès lors plus difficile de tourner, d'où l'écart de 5 ans entre Barberousse (1965) et Dodes'Kaden. Et quand ce dernier sort au Japon, c'est dans une totale indifférence puisqu'on y considère le cinéaste (alors âgé de plus de 60 ans) comme complètement dépassé et hors-circuit.
Le coup est rude mais ce ne sera hélas que le premier d'une longue série à venir de cette période noire de sa vie et de ses films. Il est probable que cet échec l'ait poussé à une grave déprime puisque le 22 décembre 1971, il tente de se suicider.

reves1
La fameuse image reprise pour l'affiche du film. Et c'est vrai que c'est un passage magnifique...

"Sans Toshiro Mifune, l'oeuvre va changer de visage. La perte de l'acteur, dont l'énergie à jouer ses personnages était fédératrice du mouvement et du rythme tant sa personnalité imprégnait les films, va amener Kurosawa vers autre chose. Soit vers la peinture d'un monde privé d'énergie, mais nuance, non privé de ressources --Dodes'Kaden ou les vertus de l'imaginaire et de l'imagination, Dersou Ouzala ou l'expérience de la nature, Madadayo ou les vertus de la sagesse et de l'autodérision-- soit vers la peinture d'un monde dont l'énergie globale le fait basculer dans une entropie destructrice : Kagemusha, Ran, Rêves. Sans Mifune, l'action, y compris celle de la guerre, se transforme en tableau. La peinture de l'action prime sur l'action elle-même. L'acte cesse d'être individuel (un exploit personnel) car aussitôt ressaisi dans une vision. Le regard du peintre a toujours existé, mais sans Mifune et avec l'usage de la couleur, il se voit davantage. Le tableau l'emporte sur l'action tout en révélant sa beauté, son sens profond, sa vraie nature aussi, portée, cela n'est pas nouveau, vers d'autres rives que celles du réalisme."

("Akira Kurosawa" par Charles Tesson, collection Grands cinéastes, éditions Le Monde/Cahiers du cinéma)


Rêves, composé de 8 histoires courtes, autant de rêves en soi, est bien une peinture.
Ou plutôt une collection de peintures où plane étrangement la mort, la rédemption, les regrets, l'abandon... Mais ce qui marque et qu'on retient, tout autant que la fureur quasi-apocalyptique qui baigne Ran, c'est bien l'odeur de la Mort.

reves2
2e rêve : "Le verger aux pêchers."

reves3
(Image 3, rêve 4...)

Toutes les histoires de "Rêves" n'évoquent presque que celà quand elle n'est pas citée indirectement. Du petit garçon qui, sommé de répondre d'avoir bravé un interdit qu'on oblige à se faire hara-kiri (ou bien vite courir demander pardon sous l'arc-en-ciel --cf, image 1) aux soldats morts pendant la guerre là où leur supérieur est l'unique survivant bourré de remords (3e image, 4e rêve : "le tunnel") en passant par la prémonition (liée à la folie et à la création) de la mort de Van Gogh ("Les corbeaux") --il se perd littéralement dans la peinture et le rêveur/promeneur est éjecté de la toile dès que de noirs corbeaux surgissent face à la disparition au délà de l'horizon du peintre-- ou la mortelle folie d'un nucléaire qui détruit la petite île du Japon ("Le mont Fuji en rouge"). Etrangement, tous les rêves fonctionnent à la fois comme des peintures (et l'on sait que Kurosawa dessinait et peignait beaucoup au passage) et du théâtre. Personnages disposés comme des touches de couleurs sur le fond vert des collines pour "Le verger aux pêchers", traitement du bleu et de sa couleur opposée le rouge ou bien alternance du bleu avec le vert pour "Le tunnel", cadre restreint de chacune des histoires et impossibilité pour les protagonistes de sortir véritablement de la scène, réduction même des personnages à l'écran, fantaisie bricolée des décors (les pissenlits géant de "Les démons gémissants", le Japon réduit au Mont Fuji et la mer dans "Le mont Fuji en rouge" !).

reves4

reves5

(Images 4 et 5 : Hommage littéral à la peinture où le promeneur/spectateur rentre directement dans l'univers de Van Gogh --"Les corbeaux"--. Sans doute le meilleur moyen d'initier à la peinture, non ? smileycoeur)

Si le film est comme de la peinture, est-ce alors regarder de la peinture ? Oui et non. La différence entre de la peinture et un film tient essentiellement au cadre et au mouvement comme on le sait. Si l'on regarde une toile, son histoire est inscrite dans un cadrage qui englobe et totalise la vision du peintre, créateur omniscient qui choisit de donner un point de vue, qu'il soit d'ensemble ou très rapproché (on pourrait considérer la peinture abstraite comme des gros plans incisifs de détails extrême mais je laisse cette réflexion à d'autres). Le film est dans une optique similaire mais inclut le mouvement à l'écran là où l'esprit reconstituait ce qu'il captait (voir la très belle scène de "Solaris" de Tarkovski où les divers points de vue d'un tableau de Brueghel semblent prendre vie par l'apport du son. Mais c'est une scène mentale car ce qui a existé et qu'on entend n'existe non seulement plus à cette époque futuriste mais est aussi une recréation de celui qui voit, c'est à dire Kris et nous avec lui) sur la toile. Evidemment la comparaison avec la peinture sied à moitié au film de Kurosawa même si il la concerne. Les mauvaises langues auront tôt fait de me dire que "c'est certes beau comme de la peinture mais c'est justement aussi chiant que certaines peintures". Là, même si je serais tenté de répondre positivement au regard de certaines histoires plus faibles que d'autres subjectivement (je peux aimer un des rêves que vous détesterez profondément parce que votre sensibilité ne s'accorde pas à la mienne à ce moment là), je pourrais aussi dire que celà dépend de qui regarde, comment il regarde et qu'est-ce qu'il comprend de ce qu'il capte. Si dans un musée, vous flânez et n'accordez que peu de temps aux oeuvres, évidemment ça pose problème. Maintenant si vous êtes comme Kim Novak, des accros du portrait de Carlotta Valdès et que vous essayez de creuser vraiment loin une toile et ce qui s'y rattache, on peut aller très loin.
Attention toutefois à ne pas pousser l'identification à la toile trop loin. ironique

reves7

reves8

(Images 6 et 7 : Incandescence de la couleur rouge poussée à bout --"le mont Fuji en rouge")

C'est aussi un peu le défaut de ma chronique, aller quelque part en partant du film et ne plus savoir où l'on arrive au final, un peu comme dans une peinture comme l'oeil est captivé et ne peut plus décrocher ou ces rêves inachevés qui se terminent souvent sur rien, parce que le cerveau patine dans la semoule ou qu'on se réveille brusquement, évidemment au moment où l'on avait LA clé, l'explication du rêve (à croire que c'est toujours comme ça). C'est ce qui rend certaines toiles comme certains rêves (et cette chronique je suppose) frustrants, mais à l'image des captures, que pouvait-on dire de plus sur un film peu linéaire (on pourrait inverser l'ordre des 8 histoires que ça ne changerait pas grand chose) et qui possède ses propres clés ? "Rêves" demande du spectateur un peu d'exigence et d'indulgence. C'est sans doute le prix à payer pour apprécier pleinement cet étonnant et beau film au délà de ses images qui marquent vraiment.

Et là, je vais vous laisser, le dormeur doit se réveiller.... ironique


Posté par Nio Lynes à 17:16 - Espaces lointains - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

samedi 26 septembre 2009

Les chroniques de fond de tiroir... (10)

bondJe n'avais jamais vraiment regardé de James Bond avec Timothy Dalton de part le passé, un peu floué par des préjugés sans aucun sens comme je m'en aperçois maintenant mais alléché par les dossiers que lui consacra ce cher Romain D, je me penchais sur ce premier des deux Bond joué par Dalton.
La surprise fut de taille tant Dalton remportait d'un coup l'adhésion par son jeu subtilement dosé qui fait dorénavant passer Brosnan pour un acteur moyen (bon j'exagère un peu là). Le film à le mérite de vouloir redonner un coup de fouet à la saga Bond à l'approche des 90's (là on est en 1987) avec des méchants plus réalistes, une violence plus poussée, un rapport au temps présent (on évoque l'Afghanistan et les conflits avec les russes ici, tiens, tiens...), des cascades et de l'action poussées très loin (ah la poursuite en voiture se poursuivant jusque sur un lac gelé puis ensuite en étui de violoncelle !) mais surtout un personnage de Bond qui s'humanise beaucoup plus, loin des clichés machos ou misogyne qui ont parfois (à tort ou juste raison) dû lui coller à la peau. Comme dans Goldeneye (1995, avec Brosnan), on tombe sous le charme de la douce romance avec le personnage féminin, james Bond girl qui, de timide et en retrait, prend successivement les commandes de l'action (et Maryam d'Abo est très mignonne en plus d'incarner un personnage finalement très bien écrit et loin des potiches écervelées que le cinéma d'action --américain ?-- nous a souvent gratifiés), s'investit de plus en plus. Que dire de plus sinon que mon intérêt pour le personnage de James Bond est revenu en force grâce à Dalton.
Ce Tuer n'est pas jouer s'avère donc une véritable perle, qu'on aime Bond ou pas.

maryaaaaaam
Maryam d'Abo. smileycoeur



yeuxsansvisages Je ne connaissais pas le cinéma de George Franju, j'ai donc voulu découvrir par la grande porte ce qui est considéré par beaucoup comme l'un de ses meilleurs films, j'ai nommé "Les yeux sans visage". Et pour l'époque (1960), on peut dire que ce film est un véritable ovni. Franju prend le parti de livrer un film inquiétant où un médecin essaye de créer un nouveau visage à sa fille défigurée dans un accident de la route en poussant parfois le film dans ses retranchements les plus radicaux (certains plans pourraient être "gores" et Franju décide d'éviter toute censure malgré l'aspect insoutenable en décidant de faire un fondu au noir proggressif --avec un flou ajouté lentement-- sur les scènes de chirurgie, laissant le spectateur tendu par la tension dans l'insoutenable pouvoir suggestif du hors-champ d'où malaise évident) tout en créant une certaine poésie. Dès que le personnage de Christiane et son masque blanc en guise de visage apparaît, le film décolle dans des passages oniriques fabuleux. Christiane est le contrepoint de l'horreur et son innocence devant tout ce qui se trâme dessinent un des plus beaux personnages féminins du cinéma français. Grand film qui pourra en laisser certains sur le carreau par sa froideur parfois clinique...

christianeuh



hanekeuh Revoilà Michael Haneke, notre Autrichien guindé prof dangereux avec ses lunettes rondes et son résidu d'accent qui vous inquiète déjà. Du coffret Haneke chez Opening qui réunit cette "trilogie sociologique", 71 Fragments d'une chronologie du hasard est sans doute celui que j'apprécie le moins. Trop démonstratif, trop théorique; surtout le réalisateur semble vouloir nous montrer que l'explication de l'acte commis par l'adolescent (Le 23 décembre 1993, un étudiant rentre dans une banque et tue au hasard et sans motif apparent plusieurs personnes avant ensuite de se suicider) serait lié non seulement à sa fragilité psychologique (magnifique plan où en sortant de sa pension, il regarde à la fois la fenêtre de l'immeuble et le sol où une tâche rougeâtre disparaît progressivement, sous-entendu du suicide d'un autre étudiant, confirmé par un plan plus mystérieux auparavant) comme à l'état du monde relayé par les médias (le décompte de plusieurs journées en octobre puis novembre avant le jour fatidique avec constamment les nouvelles --assez sombres-- à la télévision). De plus, l'Autrichien entrecroise sa trajectoire avec celles d'autres personnages, victimes comme témoins qui se retrouveront plus ou moins tous sur les lieux.
Et évidemment, tous ces gens ont constamment un problème (misérabilisme, quand tu nous tiens...) :
D'un père délaissé par sa fille --qui travaille à la dite banque--, à des parents qui veulent adopter une petite fille sur qui plane tous les malheurs du monde visiblement, sans oublier la vie morne et déprimée du convoyeur de monnaie à la banque et l'histoire du petit immigré serbe à la lèvre fendue qui sera adopté par les parents qui ont adoptés la petite. Vous vous y retrouvez ? ironique

Et puis des plans séquences fixes qui appuient bien trop la démonstration et durent.... durent... durent....

J'ai l'air de taper sur le film mais pourtant il a ses qualités, notamment la description du parcours de l'arme volée dans le magasin militaire puis revendue à un étudiant qui la donnera au futur tueur. Plus tard, la police fouillera dans l'appartement de celui qui a volés les armes, sans rien trouver. Entre les deux, des mains, des visages, un sac. En plusieurs plans, serrés, avec un montage bien sec. Pour le coup --mais sans en avoir la profondeur à mon sens--, ça m'a fait penser à "L'Argent" de Bresson qui montrait une contamination et une corruption du bien par le mal avec le faux billet dans la première partie.

Néanmoins pour moi, c'est assez inférieur au 7e continent et surtout l'implacable Benny's video qui rendent un malaise aussi puissamment qu'un Funny Games.


moonfilm Moon est le premier film d'un certain Duncan Jones... En fait le fils de David Bowie, Zowie Bowie (mais l'on comprend qu'il est dur de vivre après un prénom pareil. C'est vrai quoi, est-ce que je vais prénommer mes enfants Brunehild, Siegfried, Albator ou Goldorak moi ? Voyons, voyons... ironique) et pour une première réalisation et malgré un budget de petit film indépendant, c'est vraiment très bien fait, très classe, très design aussi. Le film, arborant un rythme lent et intimiste ne cache nullement ses références (Outland, Alien, 2001...) mais tout passe très bien et ne me fait pas autant bondir que pour bien d'autres films. Porté par un Sam Rockwell décidement très bon, le film brasse allégrement de multiples thèmes de la SF sans pour autant faire de la redite, celà même si on peut deviner le pitch au milieu, voire début du film. Mais cela ne le dessert nullement et quand on est bien dedans, on a qu'une envie, que ça dure encore et encore... Et là, j'ai bien envie de me le revoir mais je devrais attendre 2010 vu qu'il aurait enfin trouvé un distributeur pour le sortir en salles en Europe. Reste à espérer qu'il passe dans pas mal de petites salles...


demineurs

1987 : Near Dark.
2009 : Démineurs.

Franchement content de retrouver Kathryn Bigelow, alias la cinéaste qui a des couilles. Et des grosses cojones, amigo. Ex-de James Cameron, on va pas refaire l'histoire, elle a hérité de lui l'aspect musclée dans sa mise en scène. Démineurs, 20 ans après son premier film (le génial Near Dark, aux frontières de l'aube auquel je voue un culte quasi suspect je sais
ironique) confirme que Bigelow (qu'on avait plus vu depuis K-19 en 2002) n'a pas perdu la main et livre là l'un des constats les plus lucides sur la guerre en Irak, une situation absurde où n'importe qui peut mourir d'un instant à l'autre. Sans affirmer ni diaboliser les deux camps en puissance, la réalisatrice démontre bien que le conflit est passé à un stade surmédiatisé, pratiquement une forme de grand spectacle où les démineurs du film, sont constamment observés par une population curieuse et avide (qu'on pourrait rapprocher du spectateur basique qui regarde un film), une image presque.

Les situations à l'extrêmes limites permettent au film d'être tendu comme un arc avec une énorme tension qui ne retombera quasiment jamais. Et tout le film d'enfiler des plans de toute beauté (l'appel desespéré au crépuscule, le coucher du soleil) avec des séquences qui continuent l'une après l'autre de subjuguer : l'ouverture du film, le réseau de bombes, le taxi, le traquenard en plein désert avec attente desespérée jusqu'au point du jour finissant avec un sniper fatigué (la plus belle et la meilleure séquence du film ?)... Style documentaire, quasi-carré, lisibilité de l'action, montage brut, peu de musique et quand on l'entend, c'est pour souligner l'angoisse du moment, sans jamais trop en faire (sauf si on comprend mal le fait d'avoir ajouté pour le générique de fin une musique bourrine cadrant moins avec la sécheresse --désertique ?-- de l'ensemble).

Bref, un très bon Bigelow.
Manque juste un peu plus d'émotion et une fin qu'on pourra reprocher de banale et prévisible mais pourtant finalement logique et très proche de la réalité, notre chère et plate réalité qui voit tellement d'hommes et de femmes inadaptés à autre chose que ce qu'ils ont fait toute leur vie pratiquement....
Mais sinon, un très bon film. De quoi patienter avant "Avatar" fait par son ancien mari James Cameron, film qui va littéralement faire péter le cinéma du XXIe siècle. Les attentes sont grandes pour ce dernier, on a confiance, on y croit.


phantomeuh Phantom of the paradise (1974) de Brian de Palma. Enfin vu ! Depuis le temps... Bon, on ne va pas en rajouter une couche de plus sur le mythe si ce n'est que tout ce qui a été déjà dit sur ce film est vrai. Que Jessica Harper est belle comme une déesse, que la musique est énorme, qu'il y a du Faust, du Frankenstein, du Beach boys, une critique de la société de consommation et des exigences horriblement commerciales des maisons de disques (même si on sait que par ce film, De Palma se venge d'Hollywood et surtout de la Warner qui l'avait gentiment mis à la porte après s'être accaparé son "Get to know your rabbit" (1970, limite inconnu et pour cause vu que la Warner massacra le film pour totalement faire en sorte ensuite qu'on l'oublie. C'est réussi, hélas...), que ça va loin, très loin, jouant sur tous les tableaux, l'excès comme le baroque et la virtuosité technique du maître (ahhh, ces splits-screens dont on ne se lasse pas). Film complètement culte et grosse bouffée de bonheur à l'horizon qui fera des petits un peu partout. Aujourd'hui, tout le monde admire le film et revendique parfois son héritage en livrant des hommages plus ou moins assumés. Le meilleur que j'ai vu provient du manga "berserk" (que j'ai pas mal évoqué sur les pages de mon blog) qui reprend pour le personnage de Griffith le fameux masque de Winslow Leach. Mais va aussi nettement plus loin dans le propos (Berserk est clairement un enfant du Phantom car outre le masque/casque d'oiseau, la troupe de choc de mercenaires est la troupe du faucon (!), Griffith devenu un démon arborera une tenue de cuir à la Hellraiser mais qui fait diantrement penser à celle, une fois de plus, du Winslow de De Palma. Enfin, comme dans le film du réalisateur, un pacte est sous-tendu dans le manga (ici ce n'est plus le diable mais quasiment toutes les puissances des ténèbres !) et l'on retrouve une histoire de trahison et de substitut). Très grand film culte qui peut, pour tout ce que j'ai dis, provoquer l'adhésion totale du spectateur comme le refus. A vous d'essayer néanmoins.

femtooooo
Griffith dans Berserk après sa transformation en démon. ça crève les yeux non ?

Posté par Nio Lynes à 12:51 - Chros rapidos - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

dimanche 13 septembre 2009

Manhunter (Michael Mann - 1986)

A récupérer et écouter avec la chronique : "Dreams" de Klaus Schulze, morceau à l'ambiance très proche du "Freeze" du même Schulze qu'on retrouve dans le film de Michael Mann.

---------------

manhunter_soundtrack_record_lp
A noter que cette bande originale n'existe pas réellement. Devant le peu de résultats, la MGM ne sortit aucune véritable édition de l'OST du film, pour le plus grand regret de millions de cinéphiles.

Will Graham est l'un des experts-légistes les plus habiles du F.B.I. Il excelle dans l'art de reconstituer à partir d'éléments quasiment inexistants le profil d'un assassin. Mais son "sixième sens" lui a valu de frôler plusieurs fois la mort. Alors qu'il est retiré depuis trois ans, un ancien collègue, Crawford, vient le relancer pour une affaire qui s'annonce complexe : deux paisibles familles de Birmingham et Atlanta ont été, à un mois d'intervalle, sauvagement massacrées par un "tueur de la pleine lune"...

4e film de Michael Mann après The Jericho Miles (1979. C'est un téléfilm mais je le désigne comme premier film, allez), Thief (alias "Le solitaire" dont j'ai déjà parlé ici, 1981), l'introuvable et mystérieux The Keep (1983), Manhunter fut un flop à sa sortie comme de nombreux autres grands films qui, le temps faisant bien les choses, se retrouve largement mieux réévalué aujourd'hui. Tout comme The Thing et Blade Runner, autres flops des années 80, aujourd'hui films cultissimes. A ce titre, Manhunter est lui aussi un film brillant (même ceux qui n'aiment pas Michael Mann le disent, c'est un signe !) et s'avère près de 23 ans après sa sortie un film toujours aussi passionnant, sans doute l'un des meilleurs thrillers des années 80 (avec le "To live and die in L.A" de William Friedkin). C'est aussi un film où Mann creuse de plus en plus ses explorations d'un cinéma du ressenti et assoit définitivement son style, n'hésitant pas à génialement expérimenter et se mettre en danger, quitte à faire décrocher le spectateur.

manncaptures1
Après le Bleu Klein, les bleus Mann. (cliquez pour agrandir). -capture 1.

Evidemment, c'est cliché de le dire car c'est devenu un fait connu, une patte essentielle chez Mann mais, à quoi reconnaît on ses films ? Eh bien, ils sont bleus. Blague à part, la dominante bleutée des néons des 80's est devenue chez le réalisateur une couleur véritablement personnifiée qui traverse une majeure partie de sa filmographie (et ce n'est pas un hasard si l'on retrouve Dante Spinotti, directeur photo de Manhunter sur... Heat.). Ceux qui n'ont pas aimés Miami Vice en invoquant cette couleur prépondérante devraient penser à revoir l'intégralité des films de Mann donc puisque c'est un style déjà là en fondation. Le réalisateur n'a fait ensuite que l'aplanir, la creuser (magnifique utilisation de la HD à partir de Collateral), tout comme ses films sont plus que des polars ou des thrillers mais des variations de ceux-ci qui creusent des thèmes chers au réalisateur (la discussion entre Pacino et De Niro dans Heat n'est de fait pas gratuite, elle ne fait qu'amplifier la profonde ressemblance des personnages qu'ils incarnent, seulement stoppés par la frontière du camp incarné --flic ou gangster. Tout comme ici le profiler Will Graham tend à se rapprocher de plus en plus du tueur qu'il recherche).

manncaptures3
Des paysages, des plans comme des peintures. (capture 2)

Ici, dans cette première adaptation du roman "Dragon rouge" de Thomas Harris (la seconde étant l'espèce de remake n'importe quoi de Brett Ratner en 2002), premier volet de la saga d'Hannibal Lecter (respectivement après viennent "Le silence des agneaux" --Jonathan Demme-- et "Hannibal" --Ridley Scott--), on peut dire que Mann a une totale maîtrise de ses moyens et l'on retrouve déjà ses plans contemplatifs sur le paysage. Des plans traités comme des peintures tant la composition et les cadrage semblent quasi-parfaits. Le tueur en série, Francis Dollarhyde (excellent et véritablement inquiétant Tom Noonan), surnommé tant "Dragon Rouge" (par lui-même) que "La dent vicelarde" (par les policiers) agit à chaque nuit de pleine lune, c'est l'occasion pour Mann de magnifier les élèments à chaque fois qu'il le peut sans que celà ne soit gratuit. Soleil, mer, étoiles, lune (en poster, photographie murale chez le tueur --à moins que ce ne soit le sol de Mars ?--, en reflet), herbes; le réalisateur entremêle tout en y ajoutant un certain mysticisme dosé qui ne fait jamais sombrer le récit mais y apporte une dimension et une profondeur supplémentaires (le signe chinois aussi pièce de mah-jong qui symbolise le dragon, la peinture de Drake, la scène avec le tigre).

manncaptures2
Des architectures immenses qui emprisonnent l'humain et sa solitude. (capture 3)

manncaptures4
Flou et netteté, impressions ressenties par la subjectivité de Will. (capture 4).

Face à l'insaisissable Dollarhyde se dresse le profiler Will Graham (excellent et habité par le rôle William Petersen) dont Mann filme constamment le ressenti par de multiples plans subjectifs (capture 4) ou mentaux comme cette scène où Will, se plaçant dans la tête du Dragon Rouge voit sa victime et la symbolisation de son désir par des yeux et une bouche qui irradient littéralement de lumière (capture 5, image de gauche). Une idée reprise quand le tueur idéalise un acte d'amour inexistant chez la personne qu'il aime qui le mènera à une jalousie véritablement destructrice. Là aussi le désir, où l'image que Dollarhyde s'en fait immerge l'écran. Normal pour qui a toujours voulu être aimé de voir en l'amour quelque chose qui transcende tous les idéaux possibles même si c'est, chez le tueur, quelque chose qui annonce littéralement un massacre.

manncaptures5
Stylisation : le surgissement du désir. (capture 5)

Massacres que Mann jette habilement en hors-champ, laissant planer par la suite un malaise constant face à ce tueur pathétiquement humain, trop humain (ce qui ne signifie nullement qu'il faille le prendre pour un saint, loin de là...) et ce profiler qui se rapproche lentement de celui qu'il poursuit, ce qui donne lieu à une très belle scène de confrontation père-fils dans un supermarché où Will explique qu'il n'est pas malade dans sa tête, qu'il est guéri. Seulement, à son fils qui lui demande si il arrivera à arrêter le tueur, le profiler ne peut qu'affirmer qu'il n'en sait rien. Rien n'est acquis d'avance, on ne construit qu'avec les pièces qu'on a. C'est ce que fait Will en ratissant tous les champs d'investigation possible, livrant au spectateur une enquête passionnante où, se mettant sur les traces du tueur, il nous emmène littéralement avec lui, ne nous lâche plus.

mann29
Sans doute une des meilleures scènes du film. (capture 6)

La réussite du film tient donc à cette enquête comme au style de Mann, ses cadrages, ses plans, ses acteurs (j'ai pratiquement jamais remarqué de mauvais acteur chez le bonhomme), ses choix expérimentaux (les ralentis ne sont utilisés qu'avec Will pour montrer la dilatation du temps qui s'opère en lui dans une action donnée --arrêter une silhouette sur une place, s'élancer contre une vitre-- quand parallèlement le tueur bénéficie de cuts brefs dans le montage lui donnant une rapidité de mouvements presqu'inhumaine --et qui justifie sa démarche de prédateur quasiment félin ne chassant sa proie que suivant un cycle lunaire; l'irradiation de la lumière dans le mental de Dollarhyde), son ambiance (la géométrie de nombreux plans d'architecture qui confine et domine le personnage principal --capture 3) et... sa musique.

mann4
Et ici, sans doute un des plus beaux plans de sa carrière. (capture 7)

Chez Mann, la musique, ça passe ou ça casse. On pourra reprocher au bonhomme ces goûts mais l'on comprend que par le rythme et les paroles, les musiques participent complètement à l'impact émotionnel du film. Mann choisit avec beaucoup de soin le morceau sans se soucier de savoir si ce dernier passera le cap des ans ou pas. Evidemment, quand on a un superbe plan final avec une chanson pop 80's "Listen to your heartbeaaaaaat....ooooooooouuuuh" qui fait penser à Phil Collins (même si ce n'est pas lui), on tique. Les dents grincent. C'est un coup à vous pourrir tout un film ça. Pourtant mis à part des saillies musicales inhérentes au bonhomme (et largement compréhensible dans cette optique d'homogénéïsation et d'ambiance générale du film) qui peuvent plus ou moins bien passer, le reste est au poil. Dans les films précédents, il y avait Tangerine Dream et ce n'était pas innocent tant leur rock planant électronique était propre à distiller quelque chose. Ici, on aura Klaus Schulze (pour un morceau composé pour la bande originale de "Angst") et Kitaro et ça colle parfaitement tant leur musique atmosphérique et parfois abstraite n'a pas besoin d'avoir d'autre support (à part certains morceaux, je pense par exemple à "Shadows of Ignorance" sur l'album "Dune" sorti en 1979 ou les vocalises récentes avec Lisa Gerrard, Klaus Schulze n'utilise pratiquement jamais de chanteur) que ce qu'on voit à l'image. On pourrait presque dire que le film est le chant qui se déploie hors de la musique.

Dit comme ça, c'est lyrique.

Mais Mann étant un grand romantique (mais si, mais si, revoyez vous aussi tous ses autres films. L'amour est même LA question centrale qui régit toute une série de rapports et conséquences dans Miami Vice comme Heat ou Le dernier des Mohicans), Manhunter est quasiment un film lyrique.

Et quitte à rester lyrique, c'est presqu'un chef d'oeuvre.

Posté par Nio Lynes à 18:32 - Enragé - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

mardi 8 septembre 2009

The Witches (Nicholas Roeg - 1990)

witches1

witches2

witches3

witches4

witches5

"Pendant des semaines ils cherchèrent. Ils cherchèrent à des kilomètres alentours. La région entière fut ratissée. Mais jamais on ne trouva le corps d'Erica..."

witches6

witches7

"Puis, 6 mois après sa disparition, je fus invitée à un goûter chez ses parents. J'étais la meilleure amie d'Erica quand le drame se produisit. Sa mère avait préparé des biscuits et quand son père entra dans le salon, il s'arrêta net devant nous. C'était comme si il avait vu un fantôme..."


witches8

witches9

witches10

witches11

witches12

Avec le temps passant, la Erica du tableau grandit, change de place, effectue diverses actions. La mélancolie et l'âge s'emparent lentement d'elle...


witches13

witches14

witches15

witches16

Méfiez-vous des sorcières....

Posté par Nio Lynes à 16:39 - Dé(s) corps... - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
« Accueil  1