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Croquis de Fellini lui-même pour le personnage de Gelsomina.


La Strada (1954) est le troisième film d'une trilogie d'une possible rédemption humaine dont j'avais évoqué les deux autres volets plus bas, Il Bidone (1955) et Les nuits de Cabiria (1957). Rétrospectivement et à la hauteur de ce nouveau visionnage, je lui préfère Les nuits de Cabiria (pour le personnage terriblement attachant de Cabiria et l'interprétation encore plus poussée qu'en livre Giulietta Massina) et Il Bidone (toute la dernière demi-heure face à la jeune fille atteinte de polio atteint en plein coeur, et puis la scène finale du désert, oh my god...), ce qui ne veut pas dire qu'il faille bouder son plaisir devant le spectacle de haute volée qu'est La Strada, drame fabuleusement poignant dont bon nombre de films n'arrivent à la cheville.

La Strada raconte l'histoire d'artistes forains itinérants (ce n'est d'ailleurs pas la première fois que Fellini filme les clowns, il leur consacrera même un film doux-amer en 1970. Sans compter les maquillages et personnages exacerbés dans le grotesque qui, chez lui, tiennent une majeure partie de sa filmographie) et le drame qui les lie. Dès le début, on comprend que Zampano (Anthony Quinn, très bon), brute épaisse achète Gelsomina (Giulietta Massina) afin d'en faire une partenaire de choix pour l'accompagner sur la route, un moyen aussi de se mettre bien plus en valeur (Gelsomina avec sa petite figure replette et rebondie, plaît aux enfants) et gagner un nouveau public. Avec le temps, la jeune fille un peu simple d'esprit idéalise Zampano et essaye de lui faire comprendre sa rudesse, quitte à s'enfuir; mais rien n'y fait. L'homme reste un monstre d'égoïsme, plus préoccupé par sa situation et ses besoins (il abandonne un temps Gelsomina pour aller dans un coin plus tranquille avec une prostituée pour faire ce que l'on sait).

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Illustration de Manara pour son vieux compère et ami, Fellini. smileycoeur


Puis un beau jour, les deux protagonistes vont trouver sur leur route, le fou (Richard Basehart, que l'on retrouvera dans Il Bidone aussi), rêveur farceur, la tête dans les nuages, frondeur qui aime à jouer avec le feu. Ce dernier se retrouvera à provoquer de plus en plus Zampano pour son propre plaisir de se marrer de la grosse brute, ce qui amuse beaucoup Gelsomina, mais se terminera très mal pour lui... L'histoire est tracée : seulement 3 personnages, un canevas serré avec 3 angles différents : une brute (le corps - Zampano), un fou (l'esprit - Le fou), une innocente naïve (l'âme - Gelsomina) et de nombreuses interprétations souvent paradoxales : "Ainsi Zampano se libère de ses chaînes mais réduit Gelsomina à l'esclavage". (Federico Fellini - Chris Wiegand, éditions Taschen). C'est surtout un film concis et étouffant où les incursions poétiques et oniriques de Fellini ne se sont pas encore pleinement développées, laissant souvent peu de temps au spectateur pour respirer. Si ça se trouve, c'est l'un des films les plus tristes au monde avec Le tombeau des Lucioles d'Isao Takahata ? ironique

Le film obtient une juste reconnaissance internationale pour Fellini en plus d'obtenir un immense succès un peu partout (Lion d'argent au festival de Venise plus oscar du meilleur film étranger à Hollywood) sans compter la musique de Nino Rota, thème identifiable du film (qui a son importance dans celui-ci puisque dès lors qu'une jeune fille le fredonne, elle permet à Zampano de reconnaître un thème associé à Gelsomina, être plus cher à son coeur qu'il ne l'aurait cru).




"De tous les personnages forgés par le Maestro, Gelsomina reste, aujourd'hui encore, le préféré du public. La performance de Giulietta Massina fut si éblouissante que les producteurs exigèrent une suite. Les fabricants de poupées et de bonbons voulurent acheter les droits d'exploitation du personnage et il fut même question de créer un dessin animé. Mais Fellini opposa un refus intraitable à tous ces projets."
(Federico Fellini - Chris Wiegand - Editions Taschen)



Dommage. Une poupée Gelsomina m'aurait bien fait marrer...
Sinon, grand film, un de plus pour le Maestro. (et merci d'avoir voté pour le sondage en dessous !)