Chroniques visuelles

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lundi 30 novembre 2009

Body Snatchers

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Une petite famille qui déménage pour un temps sur une base américaine. Le père, chercheur, a pour mission de faire des prélèvements et des tests sur la région. Le reste de la famille suit. Bientôt, d'étranges évènements inexpliqués se produisent : l'invasion des body-snatchers a commencée...

Chaque décennie ou moment troublé de l'histoire voit constamment une remise en question nécessaire par le biais des Arts. L'invasion des profanateurs de sépultures (1956) de Don Siegel, comme bon nombre de films de science-fiction de l'époque, n'y échappait pas et s'interrogeait sur le danger d'une menace quasi-uniforme qui recouvrerait la belle société americaine, métaphore à peine avouée d'une URSS communiste inquiétante. A l'époque, quand ce n'était pas la russie qui faisait franchement peur, c'était la menace nucléaire avec tout son cortège de paranoïa. Ahhh, ce bon vieux temps bénit où l'on pouvait voir en une même soirée des fourmis géantes attaquer de pauvres quidams ou une tarantule géante faire son sandwich de quatre heure à base de jeunes 100% capitalistes (de nos jours on rajoute capitalistes et obèses, ça fait plus chic).

Dans les années 70, suivirent la seconde version de l'invasion des profanateurs de sépultures, signée Philip Kaufman (1978), où, sobrement, l'on retira le mot "sépultures". Même si je n'ai pas vu cette version (considérée comme la plus sombre de toutes --chro' chez notre cher Major Tom), je pense qu'il s'agit peut-être de la plus intéressante de toute. Rien que l'idée d'élargir le mal insidieux de la contamination extraterrestre dans toute une ville plutôt qu'un petit village me semble en soi fantastique. La version de Ferrara, Body-snatchers (1993) est quand à elle de bonne facture, même si l'on décèle plus le projet évident de commande qu'un vrai film du cinéaste qui, paraît-il, était passablement shooté sur le tournage, léguant à son directeur photo Bojan Bazelli, une majeure partie du film à tourner.

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Captures 1 / Générique de début : la mise en place de l'invasion commence par l'arrivée masquée des lettres avant qu'elles ne forment le titre sur fond étoilé. Mais celui-ci voit ensuite progressivement chacune de ses lettres se faire vampiriser par son double en négatif, jusqu'a disparaître en poussière. A la fin, chacune des lettres a disparue, remplacée par son substitut sombre venant du vide interstellaire, l'invasion a réussie.

Rumeur ou pas, ce qui est sûr c'est que le rôle de Bojan est essentiel dans l'esthétique rougeoyante du film qui rappelle les tons orangés que pouvait obtenir un Jordan Cronenweth sur Blade Runner. Tout ici est crépusculaire : du soleil couchant qui baigne de nombreuses scènes jusqu'a la nuit noire. Peu de scènes le matin ou en plein jour, le parti-pris semble évident. Ces lumières sont mêmes associées à la couleur orange/marônatre des cocons venus de l'espace, à la couleur de la peau jusqu'a signifier l'étendue de l'invasion de ces créatures qui prennent une apparence humaine sans pourtant ressentir de sentiments (capture 2/).

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Capture 2/ Sur l'image de gauche, le soldat s'entretient avec Marti (la sublime Gabrielle Anwar). Il est humain, on ne peut pas en douter. Par contre, le reste de l'image se couvre d'une teinte orangée inquiétante. Puis, subrepticement, après un contrechamp sur Marti, un nouveau plan nous remontre le soldat avec en arrière-plan, l'image de la voiture du père de famille qui arrive. La couleur dans cette zone a changée puisqu'alors le père n'est pas encore contaminé. Le doute n'est plus permis...

Outre les couleurs, l'esthétique du film est remarquablement soignée et pas spécialement visible au premier visionnage. Ce que Bazelli et Ferrara font le plus souvent dans un premier temps, c'est signifier la menace extraterrestre par des petits rien. Les couleurs donc, mais aussi les surimpressions de branches qui se superposent un temps sur les visages (capture 3/ images a et b), l'isolation et le surcadrage des personnages, qu'ils soient humains ou non, signifiant clairement toute impossibilité de communication. Mais aussi des détails étranement anodins à première vue (capture 4) : un lézard mort trouvé dans une maison où l'on s'installe, un dentier par terre (chez Lynch, on ramasse des oreilles...), ces plans étranges d'un camion poubelle qui vient ramasser des sacs plastiques (l'inquiétude grimpe et l'on aura la confirmation juste de ce qu'il y a dans les sacs lors d'un court et sobre travelling dans un hopital où la contamination s'accélère en masse)... Et toujours des cadrages qui oscillent, sont décentrés, quand la manière de filmer ne se fait pas dans une étrange fonction voyeuriste, derrière des stores.

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Capture 3/

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capture 4/

Comment fonctionne l'invasion des body-snatchers ? De la même manière que dans les précédents films et celui de 2007 (Invasion de Olivier Hirschbiegel, pas vu) : ils s'emparent de vous pendant que vous dormez. Vous ne remarquez pas les cosses qui ont été placées dans la maison et au plus profond de votre sommeil, vous ne vous réveillerez pas : car il sera déjà trop tard. De fines lamelles sortent du cocon et attirées par la chaleur, douce chaleur de votre corps, elles se dirigent vers vous, infestant chacun de vos orifices pour ensuite mieux pomper vos fluides, vous analyser et construire une réplique nature, une copie de vous-même. Mais du fait d'une copie, plus besoin de l'original, qui se décompose brutalement, privé par là-même de vie puisque la créature qui a pris votre apparence physique (jusqu'a une partie de vos pensées, votre voix, vos connaissances...) vous a littéralement vampirisé. Et inutile de penser prévenir les autres si vous en réchappiez. Au mieux, vous feriez rire vos compatriotes incrédules qui vous traiteront de nouveau Roy Thines actuel, au pire on vous mettra dans un asile. Et qui sait si dans l'asile, il n'y a pas d'autres body-snatchers qui tenteront de vous répliquer pendant votre sommeil ?...

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Captures 5/ et 6/ Quand le jeune Andy remarque inquiet que toute la classe a reproduit presque le même dessin...

Et comment reconnaître les body-snatchés des humains ? Comme pour les autres films ceux-ci font preuve d'un singulier manque d'émotion. Fonctionnant en une même société adoptant la collectivité pour survivre, ils rejettent comme scorie tout ce qui peut venir de l'individuel (la séquence d'un même dessin dans la classe est bien vue) et se reconnaissent bien souvent par leur démarche raidement Bressonnienne (n'oublions pas que Bresson a fait les plus grands films de zombies sans le savoir ironique) et monolithique réglée comme un métronome. Autre chose, si eux n'ont aucun sentiment vis-à-vis de vous, ils savent par contre très bien retourner contre vous le peu que vous pouvez encore avoir, touchant tout de suite sur la corde sensible. Si le jeune soldat a déjà tué au Koweit (tiens, tiens. le fait que ce soit sur une base militaire avec ce qui est normalement chargé de défendre le pays en cas de guerre tombe en premier n'est sans doute pas anodin) et peut très bien retenir ses sentiments quand un body-snatché lui dit avoir "baisé sa copine", il n'en est moins sûr pour une Marti tenant plus que tout à son petit frère.

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Capture 7 / Une plongée sur ce qu'on peut prendre pour un amalgame d'étoiles est en fait, comme on le découvre ensuite, du béton. La caméra descend alors lentement sur la chose qui a pris l'apparence de Carol (Meg Tilly) et l'on remarque en flou derrière, le camion de la voirie qui ne fait que confirmer qu'elle n'est plus humaine...


Le film dure à peine une heure et demi et certains acteurs sont du coup, sous-exploités comme Forest Whitaker ou R.Lee Ermey qui doivent, à eux seuls ne totaliser que 5 minutes dans tout le film. On sent aussi que le film pourrait s'attarder encore plus sur les détails mais manque de temps oblige, ça fonce tout droit très vite (ce qui n'est en soi pas un mal puisqu'on ne s'ennuie jamais devant le spectacle de qualité qui nous est proposé. La fin semble presqu'imposée par les producteurs, heuresement dans les dernières secondes, un plan final magnifique rehausse l'ambiguïté (couleurs + voix). Par contre, le film peut emporter facilement l'adhésion sur sa stylisation et l'aspect éminemment érotique qui sous-tend l'ensemble. Plans de corps qu'on masse, plans du foetus extra-terrestre dans sa cosse (la musique se fait curieusement sereine à cet instant, comme si l'humain, résigné, ne pouvait qu'accepter son funeste sort), de l'héroïne dans son bain moussant (ce qui donne lieu à l'une des meilleures scènes du film), de l'hopital et ses corps nus... Comme si la chair elle-même était quelque chose d'inquiétant et mystérieux qui pouvait elle-même nous avoir au moment où l'on ne s'y attendrait pas. Sans compter quelques plans chocs (un certain Stuart Gordon a participé au scénario, hem) qui font de cette 3e version (et second remake) d'un même thème un bien chouette moment.

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Le jour où votre voisin(e) ou ami(e) lève le bras et hurle comme ça vers vous, je vous conseille de courir vite.
Très vite.

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lundi 16 novembre 2009

La Honte.

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Un titre qu'il est bien en suédois. ça se prononce comme si on mangeait une Kracötte.


Jan et Eva sont un couple de musiciens vivant depuis près de 4 ans sur une île. Leur couple est fragile et tous deux évitent toute sorte de conflit qui pourrait le remettre en question. Pour eux, la guerre qui rôde sur le continent n'est qu'une formalité de plus qu'il suffit d'éviter en fermant les yeux. D'ailleurs leur radio ne marche pas.
Brusquement un jour pourtant, la guerre et son cortège d'atrocités est bien là
....

Réalisé en 1968, juste après le terrifiant L'heure du loup (Vargtimmen) et s'insérant dans une quadrilogie insulaire horrifique après Persona (1966 -- la schizophrénie, la confusion mentale, les apparences...), L'heure du loup (sur les fantasmes et les créations d'un Artiste où l'illusion prend le pas sur la réalité) et avant Une Passion (1969 -- Vision mi-documentaire d'un couple gangréné par une certaine folie et le trauma avec une voix-off dont on ne saura jamais d'où elle vient, pour moi le plus dur des 4 films, si on accepte l'ouverture illimitée d'interprétations que peut susciter le Lynchien --avant l'heure-- Persona), La Honte aborde une nouvelle fois la vision du couple selon Bergman mais sous la toile de fond d'une guerre absurde qui ne laissera personne indifférent.

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1/ et 2/ Un couple touchant...

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3/ et 4/ Pourtant en train de se fissurer.

Le couple d'Eva (Liv Ullman) et Jan (Max Von Sydow) est un couple fragile qui se brisera face à la guerre. Dès le début, les protagonistes se font maintes promesses (qu'ils savent inconsciemment qu'ils ne tiendront jamais) et se supportent tant bien que mal. Lui, lâche, pleureur hyper-émotif et hypocondriaque a mal pour un rien (une dent, une crampe) et tout est bon pour lui attirer de l'attention (de sa femme comme d'un autre). Elle, résignée et forte, va de l'avant, c'est elle qui tient les rênes du couple (elle s'occupe de compter les dépenses et l'argent qui restent), quitte à bousculer Jan, rôle qui parfois la gêne et l'ennuie au plus haut point (image 3, Eva qui attend dans la voiture et peste contre son mari). C'est un couple mal assorti qui s'est lié pour survivre au malheur et au monde (l'Art ne semble qu'un prétexte et un refuge --illusoire-- de plus).

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5/ et 6/ La guerre qui se rapproche.

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7/ et 8/ Derniers vestiges d'innocence.


Brusquement des avions de chasses passent en un éclair et balancent des parachutistes. Le couple ne sait que faire et sera le soir même, alors qu'il tente de fuir, alpagué par des militaires qui, caméra à la main, s'en servent pour leur propagande (" nous venons vous libérer de ce régime") avant de les laisser. Plus tard, alors que le couple tentera une nouvelle sortie, ce sera cette fois les débris matériels qui les empêcheront de rejoindre le village. S'arrêtant à une modeste bâtisse (une boulangerie ?), ils seront pris dans une rafle avec d'autres civils et emmenés a l'un des camps militaires en faction...

Il est incroyable de voir le soin que Bergman met à filmer ce qui arrive avant comme après l'arrivée militaire (sans compter que dans l'image de la guerre est traitée avec certains détails grinçant : les tortures et interrogatoires, les "docteurs" qui vous examinent plus ou moins dans le style "Vous n'êtes pas encore mort ? Bonne journée"...). Avant, des fragments épars d'un certain bonheur du couple et les derniers vestiges d'innocence (une petite ballerine qui fait de la musique, un tableau froid, lointain et distinct d'une certaine famille de la noblesse, des statues au visage neutres -- images 7 et 8) pourtant perturbés de signes annonciateurs (images 5 et 6). Après en montrant toutes les conséquences au sein du couple comme des autres personnages. De Jacobi (images 9/ et 10/), l'ami maire du village à qui l'on apporte des airelles devenant un hypocrite profiteur nommé colonel de l'armée régulière (sous prétexte d'être le garant de la liberté et de la sécurité du couple, il se rapproche surtout d'Eva et "monnaye" le fait de coucher avec elle. La guerre lui donne un prétexte pour prendre cette femme qu'il a toujours désirée --on peut supposer que le coup de téléphone anonyme que Eva prend au début du film, c'est sans doute lui) à Philip, celui qui donne du poisson mais, membre des rebelles ensuite, forcera Jan à utiliser un pistolet pour qu'il abatte un homme.

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9/ et 10/ Retournement de situation, changement des rôles pour survivre.

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11/ et 12/ L'horrible prise de conscience de la guerre dans le regard de Liv Ullman.


Mais ceux qui en souffriront le plus, ce seront bien sûr Jan et Eva.

"Le personnage incarné par Max Von Sydow est développé de façon magistrale. Voilà un homme qui est très bon, un musicien, un être généreux et fin. Mais qui est aussi un lâche. Pourtant, de même que les hommes courageux ne sont pas tous nécessairement des gens bien, un lâche n'est pas toujours un salaud. C'est un homme faible, indécis. Sa femme est beaucoup plus forte, elle sait surmonter sa peur. Le personnage joué par Von Sydow n'a pas cette force et souffre de sa faiblesse, de sa vulnérabilité, de son incapacité à résister. Il veut se cacher, se blottir dans un coin, ne pas voir, ne pas entendre, comme un enfant sincère et naïf. Lorsque la vie et les circonstances l'obligent néanmoins à se défendre, il devient instantanément ce salaud, et perd ce qu'il y avait en lui de meilleur. (...)"
Andréï Tarkovski - "Le Temps scellé" (éditions Cahiers du cinéma - page 174).

Dès lors que Jan tue quelqu'un, sa vie change et il comprend qu'il tient là quelque chose pour sa survie. Il comprend qu'il peut se prendre en main, ne plus avoir peur du monde, mais à quel prix. Dorénavant, il n'hésitera pas à menacer, torturer et tuer pour essayer de survivre, perdant son humanité au profit d'une incroyable puissance. Les rôles rechangent d'un coup et c'est désormais une Eva, horrifiée (par l'acte de son mari mais aussi le monstre qu'il est devenu, éclipsant l'homme qu'elle croyait connaître et aimer) qui suit comme une loque, l'unique objet de sa survie qu'elle méprisait pourtant.
Et aimait aussi dans un temps encore plus éloigné....


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13/ Manipulation des témoignage sous la caméra en temps de guerre. 14/ Obstacles.


"Au début du film, le héros est incapable de tuer même une poule. Mais dès qu'il a trouvé un moyen pour se défendre, il devient cynique et cruel. Il y a du Hamlet dans ce caractère. Le prince Danois, à mon idée, ne meurt pas des suites de son duel avec Laertes, où il succombe en effet physiquement, mais dès la scène de la "souricière", lorsqu'il comprend combien sont inexorables les lois de la vie qui l'obligent, lui un humaniste et un intellectuel, à ressembler à n'importe quel misérable d'Elseneur. Le personnage de Sydow devient, de même, quelqu'un de lugubre, qui n'a plus peur de rien. Il tue, il ne lève plus un petit doigt pour son prochain et ne sert plus que ses propres intérêts. C'est qu'il faut être, en effet, un homme d'une très grande intégrité pour pouvoir éprouver de la peur devant l'immonde nécessité de tuer ou d'humilier. Quand il ne connaît plus cette peur, et qu'il devient soi-disant courageux, l'être humain perd aussi sa spiritualité, son honnêteté intellectuelle, son innocence. Et la guerre soulève chez les hommes, de façon spectaculaire, leurs tendances les plus cruelles et les plus inhumaines. Dans ce film, Bergman se sert du phénomène de la guerre, comme il le fait dans "Face à Face" avec la maladie de l'héroïne, pour découvrir sa propre vision de l'être humain."
Andréï Tarkovski, "Le Temps scellé" (éditions Cahiers du cinéma - page 175)


La guerre, c'est la Honte qui pousse l'Humanité à se déchirer.
Et si Bergman se sert de celle-ci pour dévoiler l'âme humaine, il a bien compris que l'être humain reste définitivement malade dans ses rapports avec les autres, en couple ou non. Grand film, une fois de plus à son actif.

Posté par Nio Lynes à 18:14 - Enragé - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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vendredi 13 novembre 2009

Les mondes de Fellini (4)

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Croquis de Fellini lui-même pour le personnage de Gelsomina.


La Strada (1954) est le troisième film d'une trilogie d'une possible rédemption humaine dont j'avais évoqué les deux autres volets plus bas, Il Bidone (1955) et Les nuits de Cabiria (1957). Rétrospectivement et à la hauteur de ce nouveau visionnage, je lui préfère Les nuits de Cabiria (pour le personnage terriblement attachant de Cabiria et l'interprétation encore plus poussée qu'en livre Giulietta Massina) et Il Bidone (toute la dernière demi-heure face à la jeune fille atteinte de polio atteint en plein coeur, et puis la scène finale du désert, oh my god...), ce qui ne veut pas dire qu'il faille bouder son plaisir devant le spectacle de haute volée qu'est La Strada, drame fabuleusement poignant dont bon nombre de films n'arrivent à la cheville.

La Strada raconte l'histoire d'artistes forains itinérants (ce n'est d'ailleurs pas la première fois que Fellini filme les clowns, il leur consacrera même un film doux-amer en 1970. Sans compter les maquillages et personnages exacerbés dans le grotesque qui, chez lui, tiennent une majeure partie de sa filmographie) et le drame qui les lie. Dès le début, on comprend que Zampano (Anthony Quinn, très bon), brute épaisse achète Gelsomina (Giulietta Massina) afin d'en faire une partenaire de choix pour l'accompagner sur la route, un moyen aussi de se mettre bien plus en valeur (Gelsomina avec sa petite figure replette et rebondie, plaît aux enfants) et gagner un nouveau public. Avec le temps, la jeune fille un peu simple d'esprit idéalise Zampano et essaye de lui faire comprendre sa rudesse, quitte à s'enfuir; mais rien n'y fait. L'homme reste un monstre d'égoïsme, plus préoccupé par sa situation et ses besoins (il abandonne un temps Gelsomina pour aller dans un coin plus tranquille avec une prostituée pour faire ce que l'on sait).

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Illustration de Manara pour son vieux compère et ami, Fellini. smileycoeur


Puis un beau jour, les deux protagonistes vont trouver sur leur route, le fou (Richard Basehart, que l'on retrouvera dans Il Bidone aussi), rêveur farceur, la tête dans les nuages, frondeur qui aime à jouer avec le feu. Ce dernier se retrouvera à provoquer de plus en plus Zampano pour son propre plaisir de se marrer de la grosse brute, ce qui amuse beaucoup Gelsomina, mais se terminera très mal pour lui... L'histoire est tracée : seulement 3 personnages, un canevas serré avec 3 angles différents : une brute (le corps - Zampano), un fou (l'esprit - Le fou), une innocente naïve (l'âme - Gelsomina) et de nombreuses interprétations souvent paradoxales : "Ainsi Zampano se libère de ses chaînes mais réduit Gelsomina à l'esclavage". (Federico Fellini - Chris Wiegand, éditions Taschen). C'est surtout un film concis et étouffant où les incursions poétiques et oniriques de Fellini ne se sont pas encore pleinement développées, laissant souvent peu de temps au spectateur pour respirer. Si ça se trouve, c'est l'un des films les plus tristes au monde avec Le tombeau des Lucioles d'Isao Takahata ? ironique

Le film obtient une juste reconnaissance internationale pour Fellini en plus d'obtenir un immense succès un peu partout (Lion d'argent au festival de Venise plus oscar du meilleur film étranger à Hollywood) sans compter la musique de Nino Rota, thème identifiable du film (qui a son importance dans celui-ci puisque dès lors qu'une jeune fille le fredonne, elle permet à Zampano de reconnaître un thème associé à Gelsomina, être plus cher à son coeur qu'il ne l'aurait cru).




"De tous les personnages forgés par le Maestro, Gelsomina reste, aujourd'hui encore, le préféré du public. La performance de Giulietta Massina fut si éblouissante que les producteurs exigèrent une suite. Les fabricants de poupées et de bonbons voulurent acheter les droits d'exploitation du personnage et il fut même question de créer un dessin animé. Mais Fellini opposa un refus intraitable à tous ces projets."
(Federico Fellini - Chris Wiegand - Editions Taschen)



Dommage. Une poupée Gelsomina m'aurait bien fait marrer...
Sinon, grand film, un de plus pour le Maestro. (et merci d'avoir voté pour le sondage en dessous !)

Posté par Nio Lynes à 17:06 - Dé(s) corps... - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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jeudi 5 novembre 2009

Les mondes de Fellini (3)

Posté par Nio Lynes à 17:58 - Gnurf - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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