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Do-joon, jeune handicapé mental et grand enfant de 28 ans est du jour au lendemain accusé du meurtre d'une lycéenne, Ha-Jung, dont le corps est retrouvé sans vie sur un toit. Sa mère, persuadée de son innocence cherche à le faire sortir à tout prix des griffes de la police, persuadée et avec elle, le meilleur ami, un brin vantard, de Do-Joon avant de chercher par elle-même ce qui s'est passé ce soir là...

 

4e film du coréen Bong Joon-Ho qui livre là à la fois un saisissant portrait de mère comme une nouvelle critique acerbe de son pays. Il semble que ce soit un trait du réalisateur qui aime à mélanger la grande histoire à la petite, ou, un genre éminemment repérable où s'inscrit le film avec à côté, une portée plus grande liée à la critique sociale comme une analyse fine de l'individu. The host juste avant (je ne parlerais pas de son intéressant court-métrage sur un hikkikomori dans le collectif Tokyo ! aux côtés de Leos Carax ou Michel Gondry mais il mérite quand même le détour) s'inscrivait à la fois dans le genre du film catastrophe à base de gros monstre (mais un peu moins pataud et plus subtil qu'un Godzilla), mais aussi un sympathique portrait de bras cassés liés aux problèmes du pays (le jeune cadre qui malgré son diplôme ne trouve plus de travail, la championne de tir à l'arc frustrée, les enfants pourris-gâtés qui sont pourtant plus qu' aimés par leurs parents, le chômage, les sans-abris --dont l'un qui permettait la victoire finale sur la créature) comme une attaque acerbe de l'interventionnisme américain.

 

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Bong impressionne tout le long par sa maîtrise technique (les cadrages sont maîtrisés, le montage est au poil, sans oublier certains travellings qui font leur petit effet, en témoigne quand la mère se prend une baffe au crématorium en tentant de convaincre la famille de la victime que son fils était innocent, le plan démarrant sur celle qui va lui coller une rouste, puis se continuant presqu' automatiquement sur le profil du prêtre qui termine nonchalamment son alcool) mais aussi la maîtrise narrative. On ne pourra jamais juger les personnages car jamais ils ne sont blanc ou noir mais complexes jusqu'au fond d'eux-même. Comme le meilleur ami de Do-Joon qu'on pourrait soupsçonner un brin à tort qui peut se révéler aussi énigmatique que vraiment flippant qui finit par aider cette mère désemparée. Ou Do-Joon qui pour autant qu'il n'ait plus toute sa mémoire peut encore faire émerger des bribes de souvenirs fugaces et intenses (dont une scène où on apprend que sa mère excédée a voulu le tuer quand il avait 5 ans !). Surtout, il faut louer l'interprétation des acteurs dont l'impressionnante actrice qui incarne cette mère courage à l'écran. Pour une bonne partie, elle porte cet excellent film naviguant entre drame et thriller décalé jusqu'à une implacable fin... que je ne dévoilerais pas.

Mais allez voir Mother, vous ne le regretterez pas. Pour l'actrice donc mais aussi une histoire habilement dosée où Bong critique une fois de plus son pays en évitant de se complaire dans le glauque ou la violence (au contraire de Kim Ki-Duk. Pour preuve ici nous avons l'évocation de la prostitution adolescente pour combler la pauvreté mais le film s'en sert comme un véritable moyen de narration, ce qui était juste un moyen pour choquer le spectateur et l'amener à une certaine empathie pas toujours bienvenue dans Samaria (dont c'est le thème principal) de Kim Ki-Duk) et révèle une nouvelle fois un des réalisateurs les plus importants qu'ait connu ce pays.

 

 

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