Chronique à lire avec le superbement triste et crépusculaire Spiegel im Spiegel d'Arvo Pärt en wma à télécharger sur megaupload. Un choix en accord avec la chronique comme le film.

 

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Séoul, 1975. Jinhee a 9 ans. Son père la place dans un orphelinat tenu par des soeurs catholiques. Commencent alors l'épreuve de la séparation et la longue attente d'une nouvelle famille. Au fil des saisons, les départs des enfants adoptés laissent entrevoir une part du rêve, mais brisent aussi les amitiés à peine nées. Jinhee résiste, car elle sait que la promesse d'une vie toute neuve la séparera à jamais de ceux quelle aime.

 

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Une vie toute neuve s'ouvre sur les plans d'une Jinhee à vélo avec son père, rare moment de bonheur et d'euphorie avant la sourde tempête qui se prépare. La fillette a les cheveux dans le vent, un sourire immense, grisée par la vitesse et le spectateur comme la petite fille ne savent pas que ce sourire ne se retrouvera que bien plus tard, à la fin. Entre les deux, un abîme sur la solitude et l'abandon qui empoignent jusqu'au coeur. Il faut dire que pour ce film très épuré, voire austère (on entendra quelques notes de piano qu'au générique du début et vers la toute fin du film), la cinéaste Ounie Lecomte a tenu a restituer au plus près une histoire qui s'accorde singulièrement avec la sienne.

 

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Cette dernière émigra à l'âge de 9 ans de sa Corée natale comme beaucoup de jeunes filles pour arriver en France, dans une famille (non pas du cinéaste auquel son nom peut faire penser, comme moi-même j'ai failli tomber dans le piège) protestante dont le père est pasteur. Par la suite, elle deviendra styliste, actrice et finalement, avec ce premier film, réalisatrice. Mais Une vie toute neuve n'est pas spécialement son histoire (même si ça s'en rapproche), mais une histoire dans laquelle bon nombre de jeunes filles adoptées pourraient se reconnaître.

 

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Dans un style presque documentaire (et caméra à l'épaule), la cinéaste décrit donc à la fois la réalité d'un pays (la Corée du sud favorisa longtemps l'adoption de milliers de fillettes de 1953 à 2006 semble-t-il), d'un lieu (un orphelinat avec son directeur et ses soeurs) et celle d'une fillette, livrée à elle-même dès le départ. Pourtant, avec justesse, la cinéaste ne décrit pas l'abandon du père comme irréparable et cruelle. Celui-ci, dont on ne verra jamais la tête au début du film (sauf à une unique reprise : quand il lancera un regard désolé à sa fille, peu de temps avant de partir par la grille de l'orphelinat), n'est nullement diabolisé, mais rendu à l'anonymat comme des milliers de parents et d'enfants le furent.

 

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A ce moment, le film se recentre sur Jinhee (Kim Saeron). Celle-ci, dévorée de l'intérieur et essayant par tous les moyens de retrouver son père, retient le plus ses larmes, essaye de tisser de petits liens avec les autres filles. Et plus le film avance, plus l'on est avec Jinhee, appréciant la compagnie de Sookhee (Do Yeon Park) ou de la grande Ye-shin (Ah-Sung Ko), qui reste handicapé à l'une de ses jambes et boîte perpétuellement. Un quotidien s'installe, ponctué de veillées nocturnes où l'on interroge les cartes, d'un garçon qu'on aime au point de vouloir faire une folie, d'un oiseau qu'on tente bien malgré tout d'élever. Au délà de l'amitié, c'est la survie de l'incroyable Jinhee qui est désignée.

 

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Et quand celle-ci perd ses repères car ses amies quittent l'orphelinat (Sookhee fait tout son possible pour apprendre l'anglais et être adopté par une famille américaine, ce que ne comprend pas Jinhee), cette survie basée sur l'amitié vole en éclat et la fillette se rebelle et cherche à se faire entendre par tous les moyens, quitte à déchiqueter de colère contenue les poupées des autres gamines ou à tenter de s'enterrer vivante. Plus que tout, c'est l'interprétation sidérante de Kim Saeron qui sidère. Quand elle ne joue pas, elle improvise et Lecomte essaye de filmer ses instants incroyables au possible comme on l'apprend dans l'interview en bonus. Le film se termine par l'adoption de la fillette, libérant ainsi après un passage douloureux, un sourire libérateur lors d'une séance photo qui achève de terrasser en larmes le spectateur, tout comme le vol d'avion vers la France, propulse une impression d'euphorie à nouveau visible pour un temps à travers cette réminiscence d'une ballade à vélo nocturne avec le père disparu. A travers ces derniers plans, la promesse d'une vie toute neuve arrive finalement, et aussi, l'espoir, caché, tremblant, mais bien là. Un superbe film bouleversant (comment n'a t'il pas eu de prix à Cannes l'an dernier, je ne comprends pas).

 

Un petit mot sur les bonus : Outre la bande annonce du film et les bandes annonces de quelques films du catalogue Diaphana (dont Café Lumière (Hou Hsiao Hsien) et Rapt (Lucas Belvaux) qui me tentent énormément), on trouve avec joie une interview de près de 20 minutes sur la réalisatrice. Sont évoqués par documents d'archives et extraits du film, en plus de la réalisatrice filmée, la conception du scénario, les essais de la jeune actrice, l'histoire personnelle de la cinéaste. Si l'interview a le mérite d'être intéressante et de poser les bonnes questions, le spectateur sans doute un poil exigeant pourrait néanmoins se poser d'autres questions qui ne sont pas élucidées (on ne saura pas si c'est un réel orphelinat qui fut utilisé par exemple) vis à vis du décor, des costumes, des éléments de reconstitution (on est en 1975) et il est dommage que ce ne soit pas élucidé. Reste néanmoins en l'état une bonne interview et un superbe film.

 

 

Une Vie toute neuve

Un film de Ounie Lecomte avec Saeron Kim et Do yeon Par. 

Distribution :  Diaphana

Fiche produit Boutique Diaphana

Date de sortie : 20/05/2010

 

 

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