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Affiche alternative. Le DVD reprend l'autre affiche où les actrices sont habillées mais Amalric reste nu. Fausse pudeur ? Censure ?

 

"Roh ce film, c'est vraiment un gros flan."

Seb, pote de fac.

 

"Trop bien Les Derniers Jours du Monde =D"

Paul, ami cinéphile notoire.

 

 

Alors que s'annonce la fin du monde, Robinson Laborde (Mathieu Amalric) se remet peu à peu de l'échec d'une aventure sentimentale qui le fit quitter sa femme. Malgré l'imminence du désastre, et peut-être pour mieux y faire face, il s'élance dans une véritable odyssée amoureuse qui l'entraîne sur les routes de France et d'Espagne...

 

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A.

 

Curieux objet que celui-là, ovni inattendu qui divisa pas mal de monde lors de sa sortie, les uns le trouvant digne d'un nanar sans grand intérêt, d'autres plus rares ayant particulièrement bien appréciés, une majorité enfin ne s'étant pas trop déplacé pour aller y voir. Sans doute parce que c'est un film français fait par les frères Larrieu, que l'histoire part dans tous les sens, toutes les directions, que l'on a pu croire que ça ne parlerait que de fesse ou de couples, ou tout bonnement, que l'on y croyait pas du tout. Et pourtant, le fantastique et plus globalement l'imaginaire a souvent joué pour une part importante du cinéma français et la vague actuelle horrifique française démontre bien d'une certaine manière quelque chose (même si, côté scénario de nombreux films, il y a encore du travail à faire). Avant ça, nous avions eu néanmoins des films intéressants, voire des joyaux tant dans le fantastique que l'horrifique et la science-fiction. Citons par exemple La Jetée (1962 - Marker), Les yeux sans visage (George Franju), Le Locataire (1975 - Polanski), Litan (1982 - Mocky) et autres Fahrenheit 451 (Truffaut), Alphaville (Godard), Je t'aime je t'aime (Resnais), Alice ou la dernière fugue (Chabrol), Le cinquième élément et Le dernier combat (Besson), La belle verte (Serreau) et j'en passe... 

 

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B.

 

Le film des frères Larrieu s'inscrit donc dans une certaine tradition artistique (et pas qu'au cinéma puisqu'en littérature on pourrait citer aussi Jules Verne, J.H.Rosny Aîné et autres Stefan Wul...) qui n'oublie pas d'avoir ses personnalités propres. De fait, on oublie bien souvent dans les critiques qui sont faites que ce n'est pas qu'un film de science-fiction mais bien un film portant l'empreinte des deux frères et que ces derniers sont tributaires depuis leur premier vrai long-métrage "Un homme, un vrai" (1999... Et Amalric déjà dans le rôle titre) de thèmes bien précis, notamment de questionnement sur le couple et l'amour. Les derniers jours du monde, s'il dépeint donc une catastrophe imminente et mondiale n'est donc pas spécialement un film qui traitera de la fin du monde mais d'une certaine vision de celle-ci et de comment vivre pleinement les derniers instants. Chez les Larrieu et pour reprendre une phrase prononcée par Karin Viard dans le film : "C'est fou ce qu'on baise quand ça va mal." 

 

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C.

 

On pourrait en rire d'emblée mais les faits sont là, que ce soit à l'échelle intime pour se réconcilier sur l'oreiller, ou à l'échelle mondiale, en cas de désastre imminent (comme cette nouvelle étrange : Ayant entendu parler des essais nucléaires de leur voisin d'à côté en 2009, les Coréens du sud se ruèrent dans une débauche d'achat de préservatifs et de journées dans les Love hotels. En somme, la peur aurait poussé les Sud-Coréens à chercher une consolation dans le sexe comme le révèle cet article.), les humains ont plus que besoin d'une dose de fesse quand ça va pas très bien. Bref, c'est plus la notion d'amour (notamment de la fidélité à l'autre avec Ombeline (Catherine Frot) et son mari ou de l'importance d'un partenaire avec qui passer les ultimes instants comme la quête d'Amalric) qui est mise en pratique dans le cadre de l'apocalypse que cette dernière qui sera le sujet frontal. D'ailleurs, les causes, elles ne seront jamais véritablement données mais tout au plus apprendrons nous que c'est mondial et qu'a ce stade terminal, il ne reste plus grand chose à faire. Preuve que les Larrieu s'intéressent plus aux conséquences humaines (dont le pillage et le meurtre comme l'amusement absurde --cf, la fête en Espagne) qu'au causes du désastre, ces nombreux plans de corps résultant à chaque fois d'une mort différente (et non d'une même mort pour tous) ou ces plans brouillés, abstraits qui forment une vision d'ensemble mais jamais quelque chose de distinct et reviennent constamment (A).

 

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D.

 

Comme si, au delà des multiples individualités humaine, l'idée d'une masse où l'on se rejoindrait tous sans distinction revenait constamment, comme la mort ou l'amour. Qu'on ne vienne pas croire que les Larrieu ne maîtrisent justement pas ces plans là, au contraire. Au contraire, même si on ne le remarque pas sur l'instant, le film est incroyablement bien maîtrisé, jouant sur les travellings (beau plan-séquence lors de la disparition de Laeticia (Omahyra Mota) hors de l'appartement parisien dans la première partie du film qui se traduit par un travelling arrière par de nombreuses portes), le flou et la profondeur de champ (C), les plans d'ensemble comme les images iconiques (D), sans compter la voix-off, l'utilisation de la musique et de nombreuses séquences comiques et/ou ingénues qui témoignent d'une certaine idée du délire (B). C'est cette profusion par moment d'idées qui le fait basculer dans certains poncifs plus ou moins acceptables de la part du spectateur. Par exemple, le château bourgeois remplaçant le bunker anti-atomique souterrain où tous les convives s'empoisonneront joyeusement (l'abri anti-atomique étant une figure récurrente dans la SF apocalyptique). Ou une fête bigarrée où les couleurs passeront sans problème du bleu au rouge alors que les gens se baladent nus ou vêtus d'un casque entre hétéros, trans, gays et j'en passe. Un instant, on se croirait chez un Argento quasi-décomplexé presque (E).

 

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E.

 

Il serait plus juste de dire que le film navigue parfois entre les notions de bon et mauvais goût mais les Larrieu foncent droit devant et se fichent pas mal de ce qui pourra sembler grotesque ou trop décalé pour le spectateur et j'apprécie pour ma part que le film avance comme ça en ligne droite, quitte à jongler sur les codes d'un genre, à trop en montrer (on pourrait compter toutes les manières de mourir dans le film, ce serait rigolo. Mention spécial au cadavre dans un frigo à un moment). Les frangins en profitent même pour mêler des clins d'oeils ou de petites références à l'odyssée amoureuse de Robinson et se font plaisir sur bien des points. D'abord musicalement, à grand renfort de Léo Ferré se qui occasionne une des plus belles scènes du film, imparable (la meilleure même). Ensuite avec les acteurs où Sabine Azéma et Serge Bozon (le réalisateur de "La France" (2007)) apparaissent dans de mini-rôles décalés. Enfin avec l'imagerie même du film.

 

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F : Les derniers jours du monde en haut, Alien resurrection édition spéciale version longue en bas.

 

Ici par exemple (F), la vision même de Paris est bien plus étrange et inquiétante que dans la version longue d'Alien Resurrection où un autre réalisateur français, Jean Pierre Jeunet, nous gratifiait d'une vision d'un Paris poussiéreux et en ruines. Là, les nuages sont omniprésents, dévorent le ciel, mangent le soleil. Un ultime rayon de soleil laisse apparaître une ville presque déserte, comme si les habitants avaient déjà depuis longtemps été soufflés par la vague nucléaire. A ce stade de l'histoire, Robinson sera plus que seul, son aventure partagée se réduisant à quelque de plus que personnel comme si sa quête ne pouvait plus accepter personne en chemin. A un autre moment sera convoquée l'image récurrente des amants foudroyés d'Hiroshima, autre image légendaire issue de ce qu'on peut appeler une certaine fin du monde dans le XXe siècle (G). De ces derniers, surpris par le feu atomique, n'est resté que l'ombre et la poussière, comme photographiés, passés sur la pellicule inquiétante d'un dangereux savant fou nommé Little boy, un chaud matin de 6 août 1945.

 

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G. Le film en haut, l'image des amants d'Hiroshima en dessous. J'ai eu beau parcourir le web pour retrouver cette foutue iconographie, rien. J'ai donc scanné mon bel album de Watchmen où Moore et Gibbons se souviennent bien eux, de ce que c'est.

 

Evidemment, cette odyssée de l'amour (le prénom de Robinson n'est pas innocent) n'est pas exempte de défauts. Outre ce que j'ai cité, il y a quelques longueurs visibles dans le film et certains personnages auraient pu sans doute être mieux traités. Sans compter que ça y va sérieusement dans la débauche de corps nus et que quasiment chaque acteur paye de sa personne (pour moi ça serait plus un point positif), n'hésitant pas a se dévoiler parfois quasi-intégralement (Sergi Lopez a t'il une doublure de 'stouquette ? Non là je m'interroge là, son braquemart est digne de celui de l'ami Rocco. Ahem, pardon humsif).

Disons que le film nécessite une certaine ouverture d'esprit (envers la SF, Toulouse nouvelle capitale de la France (oui, oui), les corps nus, les délires en tous genres) et qu'il faut le prendre comme un voyage. Ce qu'il est sans doute, au vu du parcours de Robinson entre deux pays, du film entre plusieurs aspects, du tournage entre deux personnes de la même famille. Surtout, il faut aimer Amalric et son éternel regard de rêveur patenté aux yeux exorbités constamment comme si il avait sniffé à lui tout seul un rail énorme de coke (ou regardé l'intégrale de Borowczyk en une journée. Ou lu du Bukowski et du Burroughs en se gavant d'Alcools forts).

Pour ma part j'adore cet acteur, sans doute l'un des rares éléments positifs pour moi dans Quantum of Solace mais je comprends que ce guide de voyage ne soit pas au goût de tout le monde.

 

Vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé ce film en salles et son revisionnage s'avère un bon moment en dvd. gneeuh