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A Rome, le chef de la brigade criminelle est sur le point d'être promu au poste de directeur de la section politique. Persuadé que ses fonctions le placent au-dessus des lois, il égorge sa maîtresse, Augusta Terzi, au cours de leurs joutes amoureuses. Avec un sang-froid parfait, il met tout en oeuvre pour prouver que personne n'aura l'intelligence, ni même l'audace, de le soupçonner et de troubler ainsi la bonne hiérarchie sociale. Il s'ingénie à semer des preuves accablantes, relançant l'enquête quand celle-ci s'égare...

 

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Satire corsée et implacable de la société italienne d'alors, le film d'Elio Petri est exemplaire sur de nombreux points là où parfois d'un autre côté, les ravages du temps commencent à se montrer. Comme Paola Pegoraro Petri, l'épouse du réalisateur, l'évoque dans les bonus du dvd, le film venait juste d'avoir fini son tournage que retentit alors l'attentat de la Piazza Fontana à Milan le 12 décembre 1969, l'un des attentats les plus meurtriers que connu alors l'Italie de ces "années de plomb", faisant 16 morts et 88 blessés. Craignant alors la saisie du film (qui sera effectivement demandée par lettre par les autorités policières !) et qu'il ne puisse sortir, on organise un visionnage privé à une heure tardive où, par chance, on décide finalement de sa sortie en salles.

 

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A l'exubérance presque Art Nouveau de l'appartement de Terzi s'oppose la rigueur moderniste de l'appartement du commissaire incarné par Gian Maria Volonté.

 

Il faut dire que le film semble anticiper singulièrement les dérives Italiennes à venir entres attentats des groupuscules d'extrême gauche et extrême droite, mouvements étudiants et méthodes brutes de la police et décrit minutieusement le climat politique et social à venir avec une précision clouante à l'instar de cette pièce où pénètre notre commissaire principal, qui regroupe des milliers de dossiers des citoyens avec tables d'écoute. Il semble que Elio Petri et son scénariste Ugo Pirro se soient d'ailleurs inspiré d'un scandale de tables d'écoutes ayant réellement existé vers la fin des années 60.

 

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Rien de tel qu'un bon discours paternaliste à la "Duce" pour revigorer les troupes.

(Impression confirmée dans les bonus du DVD où l'on révèle que dans une scène, Gian Maria Volonté imitait volontairement un geste typique de Mussolini. Glaçant)

 

Si l'on pourra sans doute trouver les policiers un peu caricaturés (il faut dire qu'ils n'ont pas spécialement le beau rôle dans ce film), il faut louer l'interprétation sans faille de Gian Maria Volonté. Je le savais grand acteur chez d'autres réalisateurs comme Melville (il en impose dans Le Cercle Rouge - 1970) ou Leone (Pour une poignée de dollars (1964) et surtout Et pour quelques dollars de plus (1965) où il joue le personnage de l'Indien), mais là, il crève littéralement l'écran. Son personnage, complexe, est d'une rigueur inquiétante dans sa volonté implacable de faire triompher la loi à tout prix (il connaît même le code pénal par coeur) alors qu'il est le suspect principal. Et plus le film avance, plus le commissaire semble enrager complètement qu'on ne puisse à aucun moment le soupçonner et appliquer la justice. Le fait d'être au dessus des lois, d'être la loi le rendrait presqu' invincible.

 

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En résulte une scène formidable où l'unique personne qui l'aurait non pas vu agir, mais ce serait retrouvé sur les lieux même du meurtre décide non pas de faire éclater la vérité, mais de tout garder pour lui et apposer un chantage au commissaire afin de pouvoir se servir de lui pour l'idéologie politique qu'il convoie. Petri montre clairement qu'en cas de coup dur, l'Homme n'est plus gouverné par des valeurs mais bien des notions d'égo pour sa petite personne. C'est d'ailleurs justement parce qu'il a succombé au petit jeu morbide d'Augusta Terzi que le commissaire se retrouve là, à la croisée des chemins. Cette dernière (l'autre grand personnage du film, joué très justement par la sublime Florinda Bolkan --qui me fait penser à une fille de ma fac, italienne aussi, tiens) le persuadait clairement qu'il était au dessus des lois et pouvait tout se permettre et l'attira vers elle non pas parce qu'elle était attirée par son physique... mais bien son statut de fonctionnaire de la justice. Il faut d'ailleurs voir comment Bolkan est filmée au début de leur relation : dans des poses lascives (elle lui téléphone souvent allongée... Ou dans son bain... Ou assise, le téléphone comme par hasard au creux de son giron, un grand sourire aux lèvres) qui vont elles-même se transformer en mises en scènes amateuristes et morbides (les clichés qui reconstituent les divers assassinats) et faire évoluer la relation vers ce que l'on sait.

 

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Coquine va.

 

Porté par ses acteurs, son propos qui pose une question de morale passionnante et constamment actuelle (que faire quand on détient le pouvoir), son style brut et documentaire (le montage ne fait parfois pas dans la dentelle. J'en veux par exemple une scène de flashback où plutôt qu'utiliser le cliché-type d'une mise en scène aux plans floutés, on a plutôt l'impression que la pellicule saute ou clignote entre deux états de temps différents, comme des inserts brusques et impossibles à définir. C'est la première fois que je vois ça), sa fin étrange et ambigüe au possible (citant Kafka) et sa musique fabuleuse d'Ennio Morricone, le film atteint des sommets qui sont pourtant desservis par certaines longueurs et l'ancrage aux lieux et une époque traduite par les décors (parfois très désuets, voire kitsch), les véhicules. Par moments, l'avant-plan de l'image est constamment flou car la mise au point se fait sur le fond même, laissant une certaine frustration. La caméra elle-même tremblote parfois, comme si Petri hésitait. On aperçoit même des effets visuels (un voile "de textile fin" semble posé sur la caméra lors des scènes à la plage. J'ai bien failli ne remarquer que ça. Il faut dire que je regarde les dvds sur écran géant donc je repère très vite quand il y a un truc) qui semblent étonnamment visible grâce à la définition que donne le DVD (et je n'ose pas imaginer en blu-ray). Mais celà ne gâche finalement en rien ce grand film.

 

Au passage je me souviens que Catherine Spaak joue une certaine Anna Terzi dans Le chat à 9 queues (1971) de Dario Argento. Serait-ce une certaine sorte d'hommage discret mon cher Dario ?

 

Un petit mot sur les bonus : L'édition simple du film contient deux reportages-interviews d'Allerton films pour Carlotta. Une fois de plus, c'est simple, intelligent, net et précis en plus de ne pas durer trop longtemps. Regards croisés (20 mn) propose une interview de l'épouse d'Elio Petri ainsi que de la productrice du film, Marina Cicogna où l'on apprend pas mal de choses croustillantes sur le cinéaste comme les deux acteurs principaux (notamment que la scène de la plage donne lieu à une improvisation de Gian Maria Volonte et Florinda Bolkan), tandis que La stratégie de la tension (25 mn) revient sur le rapport qu'entretient le film face à son époque à travers une discussion de la réalisatrice Annarita Zambrano et du critique Fabio Ferzetti. Des bonus qui, je pense, aident encore mieux à cerner et apprécier ce film étonnant qui a bien mérité son prix du jury à Cannes en 1970... Comme l'oscar du meilleur film étranger alors.

 

 

 

Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon :

                Un film de Elio Petri avec Gian Maria Volontè et Florinda Bolkan 

            

                Distribution : Carlotta Films

 

                 Fiche produit boutique Carlotta

 Date de sortie : 16/06/2010

 

 

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