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Une jaquette qui annonce bien le jeu.

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Une jaquette qui en fait trop (en plus d'être pas bien finaude, elle spoile inconsciemment la fin du jeu).

 

J'avais entendu beaucoup de bien de ce jeu mais aussi pas mal de critiques négatives. Et c'est surtout alléché par la promesse de graphismes colorés et dignes d'un animé japonais que j'avais acheté Eternal Sonata (ou Trusty Bell). Mais à l'heure de la chronique, il nous faut séparer le bon grain de l'ivraie et je dois avouer que l'on peut finalement me compter au rang des déçus. Et pourtant, je ne suis pas un grand spécialiste des RPG (enfin, j'ai joué quand même à une bonne poignée de très bons jeux dont le chef d'oeuvre qu'est "Skies of Arcadia" (Eternal Arcadia aussi) dont il faudra bien que je fasse une chronique ici. Heureusement, Ed-wood en parle avec beaucoup de bonheur), du coup, je ne pouvais pas me permettre de faire des comparaisons avec tel ou tel jeu comme j'ai pu le lire sur beaucoup de réactions de joueurs. Comparaisons qui me semblent infondées puisque de par sa plastique et son état d'esprit, Eternal Sonata se rapproche plus de certains animés.

 

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Je veux pas chipoter mais c'est beau.

 

Par quoi commencer ce qui ne peut qu'être une critique déceptive ? Sans doute par le commencement, le scénario et les idées de départ. Et avouons-le sur le papier, il y avait matière à accoucher d'un grand jeu. Rien que l'idée de diriger Frederick Chopin qui, sur son lit de mort, en train d'agoniser de la tuberculose s'imagine, dans un rêve post-mortem, dans un immense monde coloré alors que dans la réalité, il se meurt dans son lit à Paris avait de quoi offrir des perspectives vertigineuses. Il y a bien quelques réflexions au cours et à la fin du jeu, mais cela ne va pas plus loin, à cause d'une erreur monumentale des concepteurs : avoir négligé l'empathie. Car, chacun des personnages, bon ou mauvais se révèle incroyablement creux. Quid de leurs motivations ? Esquissées. Le comte Valse est méchant parce que... Il est méchant et que ça le fait marrer. On croit rêver (et sa dégaine d'enfant pourri gâté n'arrange nullement les choses). Projeté dans cet univers, entre deux combats de monstres, Chopin s'interroge et puis... c'est tout.

 

C'est l'esquisse qui semble mener Eternal Sonata de fond en comble et ça fait mal de le dire. Par exemple, le sous-texte incroyablement sombre quand on y réfléchit (on part combattre le comte Valse car il permet un libre commerce de la poudre minérale. Cette dernière en plus de favoriser l'addiction, déshumanise les gens et les transforme en pantin décérébrés du comte. Un peu comme dans la réalité l'addiction à certaines drogues s'avèrent mortelle ou irréversible. Je pense à Sid Barrett, qui, pour le coup, ne revint jamais de son trip à l'acide) n'est jamais mené dans ses derniers retranchements, l'aspect coloré et volontairement naïf tempérant le tout. En gros, les concepteurs du jeu avaient les moyens et les idées (réutilisation de la musique de Chopin à certains moments, pur régal pour les oreilles, nom de personnages tournant autour du monde de la musique, graphisme sublime...) mais pas les couilles. C'est ballot.

 

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Voici des méchants. On a super peur, en effet.

 

Au début, Eternal Sonata enchante littéralement et se révèle assez riche sur un point primordial, le système de combat, aussi jouissif que celui d'un Grandia 2 par exemple (flûte je peux pas m'empêcher de faire une comparaison, désolé). Ici, il fonctionne par une accumulation de points comme autant de temps d'une mesure ou d'une portée de musique, permettant au final de déchaîner des attaques spéciales de plus en plus puissantes, très pratiques contre les boss à vrai dire. Et côté spectacle, on en prend plein les mirettes, on s'amuse comme un petit fou. Et tant mieux malheureusement parce qu'après des premières heures enchanteresses, le joueur, du moins celui qui à un cerveau et un coeur et vit et vibre avec ses personnages (et ici, aucun ne m'a fait vibrer, je n'ai pas eu de serrement de coeur comme lors de la déclaration d'amour vis à vis de Saria et Link dans The legend of Zelda - Ocarina of time, je n'ai pas versé ma larme comme avec The darkness, Bioshock ou Heavy rain (oui, je suis une vraie madeleine, et après ?), on a pas rêvé devant les couchers de soleil de GTA III ou IV) finit par s'emmerder prodigieusement. Décors beaux mais comme les personnages, creux. Les combats finissent aussi par devenir lassants, purement robotiques, uniquement pour accumuler de l'expérience comme dans 90% des RPGs (et plus on progresse dans le jeu, plus ça devient long, mais long les niveaux qui font office de donjons. Normalement, tout joueur normalement composé craque au niveau du cimetière de Lento ou du vaisseau pirate de Dolce, c'est à dire, à la moitié du jeu). On retombe même dans les travers des RPGs, encore et encore et encore (lire ceci, à prendre avec humour mais inquiétant et assez révélateur d'un flagrant manque de créativité des développeurs actuels).

 

Comme si cela ne suffisait pas, Eternal Sonata décide d'accumuler toutes les fautes, pensant que son graphisme, ses quelques bonnes idées et l'indulgence des joueurs le sauvera. Alors, les cinématiques, parlons-en. D'une longueur formidable où il ne se passe quasiment... rien. Ou presque. Un personnage parle, un autre le regarde, ouvre des grands yeux de merlan frit pour signifier qu'une lueur possible d'intelligence habite ce corps de pixels. Puis un autre personnage parle et là encore un silence avec des yeux qui s'entrouvrent. D'où ma comparaison avec certaines séries animés parce qu'on y retrouve un travers éculé où l'on essaye de créer de l'intime pour n'aboutir qu'a du vide (j'adore last exile ou le comte de Monte Christo, tous deux en animation par le studio Gonzo, mais quand je vois leurs moments "intimes", je m'ennuie comme pas possible tellement c'est mal foutu au possible). Et puis il y a cette fabuleuse séquence où, plus fort que dans Matrix revolutions (ah flûte je spoile le 3e film de la trilogie Matrix. Bah, il est tellement mauvais que tout le monde l'a vu depuis le temps. Non ?), un personnage mettra plus de 10 à 15 minutes pour mourir, le tout entrecoupé de flashbacks. Un record battu. Un calvaire, oui. Cinématiques molles, peu intenses.

 

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Je me répète mais c'est beau. Au passage, on remerciera Gaudi et son utilisation de la mosaïque sans quoi ce décor ne serait pas possible.

 

Mais, va t'on me dire... Il y a Chopin. Mouiiiiiii... Une certaine imagerie de Chopin, grimé en jeune (quand on voit sa photo à 39 ans, peu de temps avant sa mort, on tire une tronche en se demandant si c'est bien le même homme, sacrés japs va !) plutôt. Quand à la musique de Chopin, vous l'entendrez juste à quelques rares passages ou interlude, où sa vie sera raconté sur des cadres et photos fixes, un peu photoshopisés pour pas qu'on reconnaisse tel ou tel monument ou endroit de la Pologne ou de la France. Le jeu est sur support blu-ray en ce qui concerne la playstation 3, donc pourquoi ne pas avoir mis quelques vidéos d'endroits visités par Chopin (alors qu'on a bien des vidéos en bonus dans plein d'autres jeux) ? Je comprends pas. Et la bande originale, pourquoi ne pas avoir mis d'autres morceaux de Chopin ou du classique pour agrémenter le calv... le voyage jusqu'a la fin (sans spoiler non plus, on assiste à un renversement bidon qui aurait pu marcher si la mise en abîme d'un Chopin mourant et projeté dans cet autre monde, s'interrogeant sur la réalité des choses, avait marché un tant soit peu) ? Ben, non. Niet. Vous aurez du pseudo-new age très proche de ce qu'on entend dans Baiten Kaitos (flûte, je me tais, pardon). C'est à dire de bonnes mélodies qui côtoie du très moyen et répétitif. Voire mou. Si vous voulez quelque chose qui vous submerge comme ce que compose Akira Yamaoka pour les fabuleuses OST de Silent Hill 2 et 3, va falloir se lever tôt.

Ou jouer à un autre jeu.

Ce que je vais m'empresser de faire, malheureusement. 

 

Bref, je n'ai pas accroché spécialement à Eternal Sonata. Il y avait de bonnes idées, mais sans accroche ni base pour se construire, elles n'ont pour moi, que mené à du vide. Bien dommage.