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1925. Jack McCann, un chercheur d'or, tombe sur un filon et devient un des hommes les plus riches du monde. Vingt ans plus tard, McCann, désabusé, vit désormais reclu sur une île. Sa femme est alcoolique. Son associé tente de construire un casino, à son insu, avec l'aide de la mafia. Sa fille est mariée avec un homme qu'il déteste. Et son entourage proche convoite l'héritage...

 

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Comme d'habitude chez Roeg, l'on est gratifié d'un curieux objet cinématographique qui tient à la fois du style planant de son auteur comme de ses propres conditions de réalisation. D'ailleurs, Eureka (à ne pas confondre avec celui d'Aoyama, complètement différent) est pour ainsi dire un film maudit et le fait qu'il soit encore relativement peu connu malgré certaines de ses qualités (visuellement, il y a des plans magnifiques et un casting ahurissant) n'engage pas tellement à en découvrir plus. Le nom de Roeg lui-même pourra en rebuter certains, un peu largués par le trip que pouvait être L'homme qui venait d'ailleurs.

En 1980, Enquête sur une passion (Bad Timing avec Harvey Keitel et Theresa Russell --mme Roeg à cette époque) ayant remporté un petit succès critique et publique, Roeg se voit enfin s'ouvrir devant lui les portes d'Hollywood. Son prochain film sera produit par la MGM, il s'agira d'Eureka, inspiré du livre de Marshall Houts, Who killed Sir Harry Oakes ? Pourtant, les problèmes démarrent très vite et malgré ses stars (Gene Hackman, Theresa Russell, Rutger Hauer, Mickey Rourke --qui débute le jeunot, même si ce n'est pas son premier rôle (il joue un certain Reese dans le 1941 de Spielberg !)--, Joe Pesci), la MGM, au vu de l'étrangeté du film, décide de le mettre au placard pendant 2 ans.

 

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Après quelques coupes lors de scènes érotiques (une constante chez Roeg) afin d'éviter une classification X, le studio décide de se débarasser purement et simplement de l'objet en le programmant  dans quelques villes américaines, signant du même coup le retour à un cinéma indépendant pour le pauvre Roeg. En Europe, le film ne sort qu'en Angleterre, accentuant son statut d'ovni étrange et culte. Alors, après tout ce temps et à la faveur d'un rare dvd qui est disparu aussi vite qu'il était réapparu, qu'en est-il vraiment ?

Eh bien, Eureka est bien un film étrange et déstabilisant. Ce qui peut commencer comme un film d'aventure où l'on suit McCann (Gene Hackman) à la recherche d'or continue ensuite comme un drame sur la désaffection des siens qu'a apporté la puissance corruptrice de l'or (la seconde partie du film qui réserve quelques longueurs avant de se reprendre lors d'un carnaval vaudou où tout va basculer)... Pour déboucher finalement sur un splendide et sublime portrait de femme (où l'on sent que le cinéaste déclare amoureusement sa flamme à son épouse, mais d'une manière bien plus subtile qu'un Rob Zombie dans The house of 1000 corpses / La maison des 1000 morts, où Sherry Moon Zombie dévoilait un peu trop gratuitement son corps pour la caméra de son rockeur de mari) lors d'une séquence de procès plus que touchante.

 

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D'ailleurs, le film semble tout entier, malgré ses évolutions successives en cours de chemin (qui en font tout le sel), l'occasion de portraits de femmes. Des hommages magnifiques où celle-ci, au début du film, semble comme divinisée, devineresse, comme une sorte de providence où, observant bien plus loin qu'une simple petite boule de cristal, voit à travers le temps et l'espace et guide l'Homme (le personnage de Frieda). Plus loin, lors d'un procès retentissant, ce sera Theresa Russell qui choisira de défendre l'homme qu'elle aime avec des mots simples en ne choisissant de dire que l'exacte vérité, quitte à perturber l'auditoire. Oui, l'Homme est un enfant qui recherche toujours à aller plus loin mais il lui faut le soutien de la femme sans quoi il ne pourrait pas escalader le piédestal qu'il s'est choisi d'escalader afin d'aller toujours plus loin. Un portrait juste et estomaquant qui laisse des femmes brisées et abandonnées par des hommes craintifs et incapables de se regarder dans la glace (le regard déprimé de Rutger Hauer dans le miroir à la fin du film) quand ils ne sont pas définitivement prisonniers de leurs obsessions (McCann).

 

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Et sans doute est-ce cela qui me fait plus qu'apprécier ce film. Cela et l'aspect visuel, toujours aussi bien soigné et parfois d'une rare beauté chez Roeg. Un film bancal avec des longueurs mais traversé de belles fulgurences. Et puis j'avoue, je n'avais pas retrouvé un portrait aussi élégant et mystérieux à la fois de la gente féminine depuis Antonioni... J'ai hâte de continuer plus avant dans la filmo du monsieur...

 

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