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Deux de la vague est l'histoire d'une amitié, une vraie amitié, de celles qui finissent mal.

1950. Jean-Luc Godard a vingt ans, François Truffaut deux ans de moins, ils se rencontrent par amour du cinéma. Bientôt ils fréquentent les mêmes ciné-clubs, écrivent dans les mêmes revues, les Cahiers du Cinéma et Arts. Quand le cadet devient cinéaste avec Les quatre cents coups, qui triomphent à Cannes en 1959, il aide son aîné à passer à la réalisation, lui offrant son scénario, déjà intitulé A bout de souffle...

(extrait du livret de presse que je scanne en partie par la suite pour les intéressantes correspondances entres les deux cinéastes) gneeuh

 

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Deux de la vague est un documentaire passionnant réalisé par Emmanuel Laurent, écrit par Antoine de Baecque et porté par la figure d'Isild Le Besco, tourneuse de page aussi bien que témoin actuel d'un passé révolu et pourtant si proche de nous. Il faut dire que depuis tout ce temps, La Nouvelle Vague et ses pères fondateurs n'ont jamais vraiment été bien loin de nous, ne serait-ce que par les préceptes qu'ils ont développés et essayés de tenir et que le monde entier a par la suite redécouvert. Truffaut et Godard sont les deux grandes figures de ce mouvement court qui, par la suite, s'est étiolé au gré de ses créateurs. Mais les deux cinéastes étaient aussi des cinéphiles amis, liés par une profonde estime mutuelle envers leurs goûts et leurs relations.

Le documentaire retrace aussi bien leur correspondances que leurs films et démontre adroitement une amitié faite de clins d'oeils envers une conception du cinéma comme une éthique. Emmanuel Laurent comme Antoine de Baecque démontrent une certaine passion envers des auteurs qui les ont complètement lancés, qui ont été des sortes de détonateurs, sans jamais les juger, préférant livrer à l'écran cette nouvelle vague, son impact sur le public d'alors (cf, la bande annonce, plus bas), et ce qui l'entretenait secrètement par le biais de ses deux figures principales. Jusqu'aux soubresauts de 68 avec la destitution de Langlois de la Cinémathèque française par Malraux, mais aussi Mai 68, la politique, les relations de chacun, qui vont fatalement fissurer l'amitié jusqu'aux violentes querelles du début des 70's où les deux cinéastes ne se parleront plus du tout.

 

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Je trouve ça intéressant moi cet étalage façon ragots. Mais bon... C'est moi, hein. gneeuh

 

"Je n'ai jamais connu Truffaut, mais c'est sous ses auspices que je suis devenu critique de cinéma. Quand il disparaît, le 21 octobre 1984, comme tous les cinéphiles, comme tous les jeunes gens de 20 ans, je suis sous le choc. Alors j'écris un texte sur le cinéma, comme pour dire ma peine et son influence. Je l'envoie à ce qui me semble naturellement sa "boîte aux lettres", les Cahiers du Cinéma. Le texte est publié deux mois plus tard, et me voilà lancé aux Cahiers..., commençant à écrire régulièrement. C'est là que j'ai rencontré Godard, plus tard, une première fois pour préparer un numéro spécial de la revue, "Godard, 30 ans depuis", à l'automne 1990." (Antoine de Baecque se livrant dans le livret de presse)

 

Par la suite, Antoine de Baecque va écrire de nombreux livres, notamment deux biographies, une sur Truffaut, puis, en 2010, une sur Godard. Autant dire qu'en allant le contacter pour travailler avec lui suite à cet amour des archives cinématographiques, l'autodidacte Emmanuel Laurent a frappé à la bonne porte.

Le documentaire se suit sans déplaisir et constitue au final une petite pièce de choix pour les passionnés de La Nouvelle Vague comme des cinéastes en question. Il sort dans quelques jours, le 12 janvier 2011 et je vous encourage vivement à le voir.