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Hajime a connu pour la première fois l'amour en compagnie de la douce Shimamoto-San. Séparés par la vie, il n'a pourtant jamais oublié. Aujourd'hui, à l'aube de la quarantaine, Hajime est devenu un homme ordinaire et s'est construit une vie agréable entre sa famille et un métier qui lui plaît. Ce fragile équilibre résistera-t-il à ses retrouvailles avec Shimamoto-San ?

 

J'avais brièvement évoqué un extrait du livre dernièrement, mais maintenant que je l'ai fini depuis une semaine, je me suis dit qu'il serait de bon ton d'en parler un peu, ayant oblitéré d'évoquer qu'entre ce dernier et Les amants du spoutnik (chronique de mai 2010), j'avais complètement dévoré le fabuleux Norvegian Wood (alias La ballade de l'impossible qui devait aussi être adapté en film. Plus aucune nouvelles de ce côté-ci...), que je classe d'ailleurs un cran au dessus des amants du spoutnik et plus légèrement au dessus du présent livre. En somme, j'ai débuté Murakami avec un roman que les fans du maître trouvent mineur et ensuite entrepris ma lancée sur des choses plus ardues. Et je n'ai toujours pas lu Kafka sur le rivage. Je pense qu'inconsciemment je dois me le garder pour la fin car il semble qu'on atteint des sommets en termes d'écriture, de situations... de pages aussi. L'objet est gros, son prix grimpe de deux euros cinquante de plus qu'une bonne partie des Murakami édités par 10/18. Désespérant. Et l'on préfère nous donner gratuitement du Jane Austen lors d'opérations promos dans les Virgin actuellement pour deux 10/18 achetés plutôt qu'un Murakami où on payerait le prix fort. Cela dit, Jane Austen, c'est sans doute très bien, mais je ne me sens pas l'envie encore de me lancer dans la lecture d'Orgueil et préjugés pour l'instant, pour de nombreuses raisons assez personnelles.

 

Ce qui me touche chez Murakami et me le fait élever sur un piédestal (en a t'il sérieusement besoin ? J'en doute...), c'est son écriture : douce, éthérée, précieuse, jamais redondante, parfois cruelle, cotonneuse. C'est une ambiance, feutrée, doucement érotique, parfois crue (Ici, il y a du sexe. Oui. C'est même inévitable et essentiel chez Murakami), parfois tendre, souvent proche d'un vécu qui, dans mon cas, me touche énormément. Dans le premier lien donné plus haut, l'extrait évoquait l'université puis l'après-fac, du moins pour le narrateur principal. Murakami alors, fait référence à l'université japonaise prise dans les soubresauts des 60's et 70's tel qu'il les a connus, mais la grande force de Murakami jusqu'à présent dans tout ce que j'ai pu lire, c'est qu'il ne date pas ses histoires. Bien sûr c'est le XXe siècle, mais ça peut tout aussi bien être les 70's qu'en 2010. Cet aspect intemporel et l'universalité de ce qui est décrit (souvent une histoire d'amour ou de retrouvailles avec un amour de jeunesse, ou la disparition de la personne qu'on aime, ou l'évocation de jours heureux avec l'être chéri) en font sa force. En partie.

 

Parce qu'au délà donc, il y a le style Murakami malgré des histoires qui peuvent se répéter. Mais qu'importe justement, en retrouvant son style si délicat et poétique à travers des variations d'histoires, c'est comme rentrer à la maison, se retrouver chez soi, en terrain connus (plus ou moins). Pas étonnant donc qu'on devienne accro à cet écrivain et qu'on parcourt d'autant plus vite ses livres. Dans son écriture, à chaque fois se dresse un quotidien si proche de nous et une sorte d'initiation à la vie, constante, par l'amour de l'autre comme la culture. Cette dernière joue peut-être bien un rôle plus important qu'on ne le croit. Dans Spoutnik, on parlait vins, France, îles perdues de Grèce. Dans Norvegian Wood, les Beatles et la folk des années 60 régnaient avec un bonheur équivalent. Ici, on navigue dans le jazz et Nat King Cole. Le jazz d'ailleurs... Haruki Murakami avant d'écrire des livres et parcourir le monde, tenait deux bars de jazz qu'il avait construit lui-même par autodidactisme.

 

Curieusement, ce livre (et sans doute Norvegian Wood) est sans doute un fragment autobiographique et personnel de l'auteur. Hajime dans le livre s'occupe de bars de jazz dont il vit très bien. Dans les détails, on retrouve incroyablement ce vécu. La relation avec Shimamoto-San comme la jeune Izumi durant l'adolescence du narrateur ne sont pas en reste. Et toujours ce mystère étrange, fabuleux, qui ne tient qu'a Murakami qui donne nombre de détails mais ne nous montre pas tout. On suit donc Hajime, de son adolescence jusqu'a l'âge adulte. Bien installé dans la vie, il se marie, a deux charmantes jeunes filles. Un bonheur presque parfait. Seulement voilà, Shimamoto-San, sa meilleure amie d'alors, son premier amour ressurgit mystérieusement. Comment ? Pourquoi ? Le lecteur ne le saura jamais vraiment, emporté qu'il est par une passion souterraine qui ressirgit brusquement et laisse Hajime exsangue, ayant furieusement envie de tout lâcher derrière lui. Mais les choses ne se dérouleront pas exactement comme prévu...

 

Dans mon parcours Murakamien, je ne suis nullement déçu encore. J'en redemande continuellement. Je n'avais pas ressenti cela depuis fort longtemps. Mettons quelques années avec la fameuse saga de Frank Herbert, qui m'avait littéralement tenu et agrippé jusqu'a plus soif (il faudra bien que j'en parle un jour ici de la saga de Dune, elle le mérite. L'unique saga que même les gens n'aimant pas la science-fiction apprécient. C'est dire) et éclipsé de nombreux écrivains qui n'avaient pas ce style haletant, précipité et sur la brèche. Or, curieusement, Murakami c'est le contraire. Lentement et insidieusement, son oeuvre vient se faire une petite place au soleil près de notre coeur. Sans forcer, jamais. Bravo maître, je continuerais à vous suivre encore un peu.

 

  • A noter que Dasola évoque Kafka sur le rivage par ici.