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Quand le moral n'est pas au beau fixe, plutôt que de me réfugier dans le travail (et vous écrire de jolis textes de blog tiens), je me replie souvent sur moi-même ou les loisirs, à fond (c'est aussi une sorte de repli sur soi-même). Le hasard (qui, parfois fait bien les choses), m'a, après juste un visionnage à tomber à la renverse de tant de beauté de la bande-annonce, conduit à voir le film. Qui n'en est pas vraiment un, mais de l'avis de Wenders lui-même, on ne sait pas exactement non plus si c'est du documentaire. Une chose est sûre néanmoins, le cinéaste allemand retrouve la grâce qui émanait des Ailes du désir. Le résultat est un choc visuel saisissant.

 

Comme dans ce dernier film, la caméra, libre, plane aussi bien au niveau du sol qu'elle s'élève miraculeusement tandis qu'a de nombreux moments, les interviews, pourtant un piège en soi (on se rappelle des plans fixes et parfois ennuyeux de nombreux documentaires), sont déjouées en filmant les personnages n'ouvrant jamais la bouche, une voix-off nous livrant alors comme leurs pensées, à nous spectateurs médusés et fascinés, à l'instar des anges qui déambulaient dans (et au dessus de) Berlin.

 

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Surtout, le réalisateur a le bon goût de demander à tous ceux qui l'on connue, les membres de la Tanztheater, de rejouer en hommage pour la caméra (*), des passages, des mouvements, une sensation de vie qui s'écoule et fait miraculeusement naître de la magie au sein d'un décor souvent banal ou trop quotidien. D'ailleurs le réalisateur tire pleinement parti de l'espace. Par le mouvement de la caméra, souvent au plus près (il ne suffit pas d'avoir un plan fixe sur l'espace d'un lieu pour le comprendre à l'instar de certains cinéastes qui semblent confondre performance et utilité de la narration (**)) soit du mouvement, soit d'un danseur. Mais aussi par le biais de la 3D (la profondeur de champ est sublime) qui semble annoncer un possible futur du film d'auteur par ce moyen. Enfin, en jouant sur les notions de premier-plan et arrière-plan. Certes, ces notions sont déjà au centre des chorégraphies et pièces de théâtre mais avec la profondeur qu'octroie la 3D et le mouvement de Wenders (un petit décalage subtil de temps en temps permet de bénéficier d'une vraie vision de cinéaste), les deux fonctionnent incroyablement bien, l'ensemble du champ visuel s'emplissant souvent d'une grande richesse.

 

Et puis enfin, le plus qui fait naître l'émotion, la musique. Il y a celle de Jun Miyake (dont la composition du somptueux générique de fin "the here and after" est chanté par Lisa Papineau), tout comme les sélections de Wenders, qui puise partout, souvent avec goût, souvent avec le souci historique (authentique ?) de rattacher les notes à ce qui était parfois déjà chez Pina, parfois avec une friction qui fait naître poésie à l'incongru (Bien vu le court passage sur fond d'Amon Tobin mon Wim) et achève de terrasser le spectateur.

 

Un documentaire-hybride mais surtout un bel objet esthétique et lyrique, un sublime moment de cinéma et une claque fabuleuse.

 

 

 

(*) Je simplifie un peu. En fait le documentaire a été commencé apparemment quand Pina était vivante et s'est continué à la mort de celle-ci.

 

(**) Je n'ai jamais supporté les 2 plans-séquences fixes de Hunger, purs moments pour moi de sadomasochisme surtout celui du discours entre le héros et le prêtre, pour volontairement dans celui-ci éviter le champ-contrechamp ou le retarder, quitte à tester la patience et la force du spectateur. Tarkovski, même si il en a produit quelques uns de pareils dans ses films savaient comment fasciner tout le long : en jouant à l'intèrieur du plan-fixe, modifiant la lumière au sein de la scène, amenant des éléments étrangers, n'hésitant pas à subtilement jouer d'un travelling (une scène de Stalker est pour moi magistrale dans cet étirement sensible du temps). Hunger non, pour moi, ça continue à me sortir par les yeux, j'en suis désolé.