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La vie de trois soeurs New-Yorkaises et leur entourage au fil des saisons...

 

"En 1985, Mia Farrow se rend au Texas pour adopter la petite Dylan. Peu après, Woody Allen propose d'adopter lui aussi la petite fille, ainsi que Moses, un garçon de sept ans arrivé récemment dans la famille Farrow. A la même époque, il écrit Hannah et ses soeurs (1986), un portrait de groupe où l'on reconnaît aisément Mia Farrow, ses rapports d'amour et de rivalité avec ses deux soeurs, et sa mère, une ancienne actrice portée sur la bouteille. Allen se réserve le rôle de Mickey, un auteur comique persuadé d'avoir une tumeur au cerveau (une péripétie inspirée par une angoisse d'Allen lui-même à l'époque de Manhattan). Il met aussi de lui-même dans le personnage d'Elliot (Michael Caine), mari infidèle terrorisé par la paternité."

Woody Allen par Florence Colombani, éditions Cahiers du Cinéma/Le Monde, p.58.

 

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5 ans plus tard, mon appréciation de ce Woody n'a pas bougé d'un iota et place clairement ce film en haut du podium Allenien comme l'un de ses meilleurs films, avis généralement partagé par la communauté cinéphile. Comme toujours quand il dépeint la chronique douce-amère de ces New-Yorkais qui nous ressemblent, le cinéaste regorge d'originalité. Mais cette fois, à une narration brassant la foule de personnage (le casting reste merveilleux) par le biais de "chapitrages" (introduit par des cartons dont les phrases peuvent sembler sybillines, poétiques, ironiques ou neutre quand elles ne sont pas directement des citations littéraires), le cinéaste allait bien plus loin, touchant à sa propre sphère intime. Ainsi des rapports houleux de Mia Farrow avec ses soeurs et sa mère, lesquels reviendront un an plus tard dans September qui propose un personnage de mère sans doute encore plus pathétique. Ou bien encore les disputes du couple Allen-Farrow que le cinéaste incorpore au film dans un scénario remanié constamment durant tout le tournage. Ou l'amour évident d'Allen envers les Marx Brothers qui, transposé ici, devient non seulement un hymne au cinéma mais aussi tout bonnement au plaisir de vivre.

 

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C'est donc inspiré par sa propre vie que le cinéaste calque son film et sa structure chorale où l'histoire saute de temps en temps sur près de deux ans, où les couples se font et se défont, qu'on rencontre de nouveaux personnages ou qu'on en abandonne lentement d'autres (l'architecte, le peintre). Que certains s'interrogent sur leur vie, ce qui la modifie soudain, ce qui les fait évoluer. Hannah et ses soeurs devient tour à tour un portrait (é)mouvant où la palette des sentiments ressentis changent continuellement. Dans le même film, à l'instar des personnages, on aura sourit, rit, douté, réfléchi, bref on aura vécu. Et comme souvent avec les grands films, l'écriture et la caractérisation des personnages est en tous points exceptionnelle. Elliot n'est au fond nullement un salaud mais quelqu'un qui fait les mauvais choix, porté plus par l'amour de Lee (Barbara Hershey, magnifique) que la raison, tombe dans une impasse et choisit de ne pas s'engager, de finalement rester avec sa femme, Hannah (Mia Farrow). Lee, touchée par les sentiments d'Elliot sortira avec lui avant de se faire une raison et sortir avec quelqu'un rencontré à ses cours d'université. Jamais les personnages ne sont jugés par une quelconque morale, jamais les personnages ne s'apitoient d'une manière qui verse dans le pathos. Les soeurs s'épaulent, se conseillent, se disputent. Elles ne se revoient plus, puis se revoient. L'amitié fraternelle est aussi partagée par la rivalité, celle des amis (April --Carrie Fisher alias Princesse Léïa-- qui essaye de récupérer le petit ami d'Holly (Dianne Wiest), puis l'audition de chant à laquelle elle participe) comme à un autre niveau, celle que les soeurs s'octroient (Holly reste persuadée que Hannah la critique constamment).

 

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Mais c'est justement ce qui au fond donne des raisons à la vie. Hannah et ses soeurs l'a plus que compris. Les 3 oscars reçus la même années le prouvent si besoin est.