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Au Xe siècle, Ahmed Ibn Fahdlan (Antonio Banderas) est contraint à l'exil par le calife de Bagdad. Ambassadeur en Asie mineur, son chemin croise celui d'une troupe de guerriers vikings menés par le charismatique Buliwyf (Vladimir Kulich). A ce moment, un appel à l'aide convoyé par un messager arrive prestement : une région isolée appelle à l'aide car des démons semblerait les menacer. Selon l'oracle, il faudra autant de guerriers que de mois (selon le calendrier viking) mais le 13e guerrier devra être un étranger. Ibn s'engage alors dans cette curieuse aventure...

 

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Revoir Le 13e guerrier lors de sa sortie blu-ray, quasiment 12 ans après sa sortie salle (le film, mis en chantier en 1997 connu la production chaotique que chacun sait pour ne sortir qu'en août 1999) permet une nouvelle fois de confirmer que le talent de McTiernan était alors intact et bénéficier à ce jour d'une version sans doute définitive (vraiment ?) qui permet d'assoir sans doute définitivement ce film devenu culte au panthéon des plus grands films d'action.

Pourtant, ce qui s'avère le dernier grand film de son auteur, est naît d'une gestation périlleuse et chaotique. Sans revenir dans les détails (tous les tenants et aboutissements peuvent largement fournir matière à un bon livre. Les bonus du blu-ray permettent de dresser un état des lieux assez saisissants mais on y revient plus bas), peut-être peut-on retracer quelques éléments essentiels à propos du film avant de le décortiquer plus longuement, la genèse mouvementée de ce dernier ayant un peu pris le pas sur le pur ressenti (assez fabuleux puisqu'il n'y a presque pas d'utilisation de CGI, excepté une mer houleuse sous une tempête, scène n'excédant pas une dizaine de secondes par ailleurs. Le reste ? Que des décors naturels en extérieur, le plus souvent reconstruits avec les moyens du bord, sur une petite île de Vancouver par les indiens, et dont la qualité technique frôle l'excellence quand on s'y attarde).

A la base, il y a donc un roman de Crichton, Eaters of the dead, qui ne plaît que moyennement à McTiernan, avant qu'un scénario brillant co-signé par William Wisher et Warren Lewis, plus ou moins basé sur le roman, ne séduise complètement l'auteur de Predator. Au regard du combat de l'humain face à l'inhumain qui animait le monumental film de 1987, on retrouve dans le 13e guerrier un même système de confrontation où les apparences basculent à chaque fois dans une autre dimension. Ainsi, Ibn, le lettré prend au premier abord ces barbares du nord pour des hommes rugueux, bourrins, violents. Pourtant petit à petit, son regard sur eux va s'ouvrir pour découvrir une culture fondamentalement différente mais pourtant tout aussi riche que celle dont il est issu. En parallèle, les fameux démons que nos vikings affrontent, les wendols, feront longtemps dire à Ibn que, rationnellement, ce ne sont que des hommes, il y a moyen de les vaincre. Mais plus tard, face à un amoncellement de crânes et d'ossements qui signifient bien que ceux-ci sont anthropophages, l'homme cultivé qu'il est s'écrira horrifié que, non, ce ne sont pas des hommes.

 

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Pendant le tournage et jusqu'à la distribution du film, deux ans plus tard, la situation enfle entre Crichton et McTiernan. Le premier disposant d'un droit de véto, ne supporte pas qu'on puisse s'écarter de son roman, le second n'apprécie pas du tout qu'on lui coupe les jarrets sur une oeuvre qu'il estime sienne.

Un exemple qui montre bien la profonde divergence entre les deux auteurs : la mère des wendols. McTiernan la veut enrobée, à l'instar des Vénus néanderthaliennes adorées par nos propres hommes préhistoriques. Pour le réalisateur, il s'agit de montrer que les Wendols sont plus une sorte de communauté sans antagonisme. La mère des Wendols, représentée par une petite statuette n'arrive qu'au milieu du récit d'ailleurs et sa mise à mort déjà prévue dans le script original s'effectue avec une brièveté radicale. En cela, les Wendols, tout comme les Vikings montrent des hommes et des femmes qui respectent tous deux la nature mais dont les conceptions humaines et morales divergent. Pour le réalisateur, c'est le choc des cultures qui importe plus que tout, quitte à ce qu'il soit d'une rare violence.

Crichton lui, veut rendre accessible au public l'histoire, quitte à créer des méchants facilement identifiables à travers des reshoots qu'il tourne lui-même un an après McTiernan (ce dernier s'étant violemment engueulé avec l'auteur, il quitta le film en plein montage pour tout de suite se mettre à tourner L'Affaire Thomas Crown). Ce sera donc une mère des Wendols maigrelette mais redoutablement terrifiante à cause d'une griffe trempée dans le poison et maintenue à la main, ainsi qu'un chef de meute grimé d'une peau d'ours surmontée de cornes.

Qui a raison au fond ? Qui a tort ? Dans la version salle et donc la version finale dont nous disposons, ce sont les créations de Crichton qui ont été retenues (même si il n'est pas crédité pour les nombreux reshoots qu'il fit) et on ne peut donner tort à cet aspect presque maniaque du romancier tellement tout concourt à donner à la scène de rencontre entre Buliwyf et la mère desWendols, une redoutable efficacité (les maquillages des têtes coupées, l'éclairage, le montage... Pour un peu, on avait oublié que Crichton a été quand même aussi un bon --mais trop rare pour l'estimer vraiment aussi d'un autre côté, encore que faire un Mondwest comme premier film, excellente série B qui préfigure presque le Terminator de Cameron, c'est pas donné à tout le monde-- réalisateur dans les années 70 et 80).

 

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La guerre d'égo du réalisateur et du romancier-producteur et ce qui a suivi (scènes perdues ou coupées, reshoots, accidents techniques et physiques au tournage --dont un Banderas qui se soude une vertèbre du dos et un Dennis Storhøi --le personnage de Herger-- qui finit presque par se noyer--, les premières projections-test qui s'avèrent catastrophiques et obligent le studio à faire encore plus pression pour modifier le film...) a construit pour longtemps la légende de ce film. Le fait qu'il soit en avance et ne devienne culte qu'en France, avant de lentement enfler dans le monde et ne trouver que tardivement son public a fait le reste. On a longtemps fantasmé sur une director's cut qui mettrait tout le monde à genoux mais de l'aveu de McTiernan lui-même, au fond, le film tel qu'il est se suffit à lui-même : "Je n'aime pas la fin (référence à sa fin non tournée, calquée sur le Zoulou de Cy Enfield) mais j'aime et j'assume tout le reste. Dans l'ensemble, je retrouve mon montage." (Entretien issu du Ciné live d'avril 2003). Il n'y a donc finalement qu'un seul montage, que la nouvelle version DVD et Blu-ray de Metrpolitan restitue magistralement (avec, pour les fans, quelques ajouts non négligeables qui rendent encore plus beau le récit).

Le film en lui-même reste une merveille d'actionner intelligent et puissant. C'est tout autant un portrait de choc de cultures que l'initiation d'un homme en terrain étranger et inconnu. Un homme qui va évoluer et découvrir des choses qu'il ne soupçonnait pas pour en sortir grandi. Le film regorge en lui-même de trouvailles constantes qui l'érigent en grand spectacle n'ayant pas pris une ride. McTiernan confirmait là son brassage d'influences américaines et européennes (le montage presqu'en jump-cut où Ibn apprend au fil de son périple avec ces hommes leur langage, où les quelques plans rapidement montés où on le voit tailler lui-même son sabre à partir d'une épée viking) et qu'on retrouve d'ailleurs dans les nombreux bonus de cette riche édition.

Finalement et à l'instar de nombreux grands films "tronqués" comme Les Rapaces ou La vie privée de Sherlock Holmes, notre 13e guerrier reste vaillant sur ses deux jambes et continue d'être un monument insurpassable du film d'action.

 

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L'originalité de cette nouvelle édition DVD et Blu-ray (ici ce support qui servit au visionnage), c'est la qualité technique et sonore, en plus des nombreux bonus qui concourent à en faire un indispensable. Vis à vis de l'image, on peut noter un peu de grain parfois dans le noir mais la définition reste de haute volée. Quand au son, c'est encore mieux, tout est en DTS 5.1, que ce soit la V.O ou la V.F. Un grand régal.

Les bonus ne sont pas en reste, en fait, on est quasiment servis comme dans un restaurant 4 étoiles. La version collector dispose d'un jeu de 8 cartes témoignant à la fois du tournage comme d'extraits du film; ainsi que d'un livret fort bien fourni d'une vingtaine de pages qui revient d'ailleurs sur les coupes et reshoots en citant dans ses sources, l'indispensable site Eaters of the dead, énorme source d'information sur qui veut vraiment presque tout savoir sur ce film.

Sur le Blu-ray on trouve plusieurs reportages dont A la recherche des mangeurs de morts (51 minutes) qui condense des entretiens de 2003 (McTiernan) et 2011 (Banderas, Kulich...) qui témoignent du recul de tous les intervenants sur le film. L'amertume semble passée et personne n'est dupe au fond que le film aurait pu être un chef d'oeuvre si il n'avait connu tous ses problèmes mais la vie continue. Kulich avoue même que cela aurait pu être un parfait tremplin à sa carrière (et le bonhomme ne manque pas de charisme en plus) quand à Banderas, il avait saisi depuis un moment que cela allait devenir un film culte. Il est même étonnant de ne pas voir McTiernan taper sur Crichton et prendre les choses plutôt bien à l'époque.

Un autre reportage plus court revient sur les décors du film (31 mn) tandis qu'on a accès à des fiches sur les différents vikings, une piste "trivia" qu'on peut déclencher ou non (qui raconte plein d'anecdote pendant que vous visionnez le film. Pas essayé mais si c'est aussi intéressant que les petites notes visibles pendant la série ROME de HBO que j'ai en coffret DVD, pourquoi pas ?), des bandes annonces diverses de l'époque (avec un fond sonore de ERA, oh my god ! Y'en a qui ont tout compris *ironie inside*), et enfin ...la cerise sur le gâteau.

Une cerise qui fait un peu mal pour le cinéphile amoureux du cinoche de McTiernan : un mini reportage de 2011 où on le voit dans sa ferme du Wyoming marcher, conduire son 4x4, nous parler vaguement de ses projets et finalement aborder quelques films du cinéma européen que sa cinéphilie prononcée lui permet d'apprécier. Si le fait de l'entendre parler de Fellini, Bertolucci, Pasolini et Godard est un rare bonheur (ce gars là semble un des rares cinéphile-cinéaste à avoir compris que Week-end n'est qu'une vaste farce d'humour noir, un bras d'honneur énorme de Godard tout entier à la bourgeoisie française des années 60), ça fait quand même mal de le voir assis sur son fauteuil, ayant pris un coup de vieux et ayant parfois des trous de mémoire à se rappeler de beaucoup de choses. J'espère sincèrement le voir revenir bientôt au cinéma si son projet aboutit...

 

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Le 13ème Guerrier, disponible depuis le 2 novembre 2011. Distribué par la Metropolitan Filmexport.