Depuis le début du mois de mars, je suis beaucoup plus sorti que d'habitude, laissant moins de place pour le cinéma et le dessin, mais allant dans d'autres directions. Après un moment assez long, je me suis dit que j'allais finalement essayer d'évoquer tous ces itinéraires sur ce blog. J'entame un périple que je vais sectionner en plusieurs parties car il m'est assez difficile de tout retranscrire comme ça d'un coup...



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Samedi 3 mars 2012.



Ce jour là, je profitai de la venue de l'inénarrable Johell de Cinéphiliquement votre en France pour organiser un mini après-midi ponctué d'achats divers dans des petites librairies, de bars agréables, de dessins divers et d'une soirée restaurant un peu improvisée en compagnie d'une poignée de cinéphiles d'un forum bien barré. Le soir nous avions rendez-vous au nouveau Latina pour la diffusion de La bouche de Jean-Pierre (1996) de Lucile Hadzihalilovic (ouf, j'ai réussi à le dire) en présence de toute l'équipe du film ainsi qu'une partie de l'équipe d'1kult. Pour l'occasion, la réalisatrice avait carte blanche et proposa en plus de son moyen-métrage de laisser visionner au public, trois autres court-métrages au préalable (dont un d'elle, interdit aux nenfants).

Au passage, Johell évoque cette soirée aussi --et sans doute bien mieux que moi le bougre-- par ici.

 

 Ludivine

 

* Acides animés (Guillaume Bréaud - 1999) ouvre le bal, étonnant, malin, inquiétant, drôle, animé à l'image de son titre. Un court-métrage très proche de l'univers de Jean-Pierre Jeunet qui fait assez forte impression, possédant un style décalé bien à lui et qui, bonne nouvelle donc, perdure longtemps à l'esprit pour qu'on y voit une très belle perle rare. Premier rôle d'une Ludivine Sagnier mutine et craquante, mâture et infantile qui transporte le film à l'instar de Didier Bénureau, en contrepoint, tour à tour mystérieux et complice, fragile et inquiétant avant que la chute, inattendue et très fine, ne désarçonne totalement le spectateur. Guillaume Bréaud par la suite a continué en livrant plusieurs court-métrages et travaillé sur les dialogues du Petit lieutenant de Beauvois en 2005 mais n'a jamais encore passé l'épreuve du long.

 

STAR_SUBURB

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* Star Suburb (1983, Stéphane Drouot) venait ensuite en second.

La claque ! Un court de presque une demi-heure (27 mn pour être exact) faisant autant référence à l'univers d'Alien que Star Wars, enchâssé en plein dans les univers de Moebius et Caza (qu'on repense à sa série sur les HLM aux éditions des humanoïdes associés qui partait dans d'incroyables vrilles SF pleines d'une étrange poésie, eh bien, nous y sommes ici aussi) pour finalement décrire le quotidien banal et pourtant bordé de rêves et d'espoirs de Mireille, jeune fille perdue dans la banlieue spatiale de la zone française. Peu de moyens mais finalement une ambiance mi-contemplative et planante, mi-onirique dans une stylisation, des idées et des décors qui forcent sérieusement le respect (surtout pour un court). Sans doute l'exemple presque parfait de ce qu'on devrait enseigner dans les écoles de cinéma selon moi.

Par la suite, Stéphane Drouot récolta de prestigieux prix sur ce court mais ne put jamais continuer dans le cinéma suite à d'importantes difficultés en tout genre. Il disparaît brusquement en janvier 2012...

 

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* Good boys use condoms venait clore cette trilogie de courts.

Réalisé en 1998 par Lucile donc, il s'agit d'un court interdit aux moins de 16 ans, ouvertement pornographique mais à titre préventif contre les maladies sexuelles donc. L'objet fait montre d'une belle maîtrise et tout en montrant l'acte en lui-même d'une manière assez crue, il témoigne aussi d'une puissante volonté technique de livrer un travail hautement sensuel et sensitif. L'accent est aussi bien mis sur la fragmentation des corps que les plans larges de ceux-ci, le son et le bruit étant amplifiés assez intelligeamment. Il y a même un aspect onirique du fait non seulement du couple en question (triolisme avec des jumelles), tout comme des mouvements même de la caméra ou du montage. Superbe travail... qui plus est pour une bonne cause. Allez, j'en redemande. 

 

LA_BOUCHE_POSTER

Soir_e_Panic

 

 

* La bouche de Jean-Pierre.

On en arrive au plat principal. Un étrange et pourtant ambiant et intéressant moyen-métrage racontant le malaise palpable d'une jeune fille confiée à une famille qui n'est pas la sienne (mais celle de la soeur de sa mère) et dont l'homme du lieu (le dénommé Jean-Pierre donc) va fatalement lui faire d'étranges avances. Le film marque durablement et enferme le spectateur (et c'est très fort) dans le même ressenti malsain que peut avoir la petite fille mutique. Avec le recul comme je l'ai dit à Johell et l'ami Bruce d'1Kult à la fin de la soirée, je regrette que ce moyen-métrage ait été présenté en toute fin et non au début car il opère une sorte de cassure après le ton joyeux et presque orgasmique des trois courts le précédent (chacun une extase à leur manière) et en sort un peu amoindri. Si le ton propre à la réalisatrice et déjà là, le film n'a pas encore la maîtrise de Good boys use condoms et qui, je suppose doit être largement palpable alors sur son long-métrage Innocence (que je brûle d'envie de voir). Surtout, il garde un ton assez proche du cinéma ("de la zone") de Gaspar Noé avec des titres et cartons énormes qu'on retrouve ici dans une moindre mesure (au début et à la fin mais jamais pendant, n'entravant jamais la trajectoire dans le vide qu'opère la petite Mimi). Une cinéaste a redécouvrir donc, vivement que je me procure son long chez wild side. Mais est-il encore distribué ?

 

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Le plus passionnant était de voir juste avant le moyen-métrage de la réalisatrice, toute l'équipe (dont Gaspar Noé, alors son complice à la ville comme à l'écran, ici le barbu mutique. Il a posé son manteau près de moi, j'ai presque eu envie de le chopper tel le groupie cinéphile de base. Il faut dire que comme souvent quand je viens dans ce cinéma, je me pose à l'avant pour pouvoir étendre mes jambes donc avec Johell, nous étions aux premières loges !) réunie à nouveau 15 ans plus tard. On les sent fébriles, plein d'émotion, tout ce petit monde à grandi voire plus, vieilli, tous sont partis dans diverses directions mais tous se souvenaient ce soir là. Un beau moment.