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Danika est une mère de famille et une femme dévouée. Un jour sur son lieu de travail, elle est soudain prise de visions cauchemardesques et décide de se faire suivre par un thérapeute pour comprendre ses hallucinations. Plus le temps passe et plus ses visions deviennent terrifiantes et ont de plus en plus un rapport avec sa famille. Elle va devoir aller au bout d’elle-même pour saisir le sens de ces étranges phénomènes.

 

Plus qu'un film d'horreur au sens basique, Danika est un film d'ambiance jouant sur le fait que les peurs les plus inquiétantes ne sont pas forcément les plus grosses mais plus celles qui arrivent d'un coup et souvent plus liées à un quotidien qui d'un coup se renverse. Si on se remémore le film, les scènes les plus marquantes et nombreuses ne comptent presque aucune goutte de sang et se basent dans le film sur des traumatismes pourtant bien réels (une attaque de banque qui tourne mal dans l'ouverture du film, un gamin qui se fait renverser par une voiture, un chien qu'on retrouve noyé dans la piscine du voisin...) et souvent hors-champ. La première grande force du film c'est d'être presque millimétré comme un métronome : plans des décors et du paysage des plus soignés, montage qui va à l'essentiel (le film d'ailleurs fait à peine une heure et pourtant il s'y passe bien plus de choses que dans certains long-métrages qui durent le double), sans oublier l'astucieux jeu de pistes du scénario et les indices multiples disséminés ça et là (ceux qui verront le film comprendront le coup de certains inserts repéré durant le film mais qui ne prennent sens qu'à la toute fin, totalement inattendue) et qui font tout le sel de ce petit film plus audacieux qu'il en a l'air.

 

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Le scénario prend donc au départ un schéma des plus simplistes : Danika voit des choses tellement réelles pour elles et pourtant ce ne sont que des visions. Des visions tellement inquiétantes qu'on en vient à prendre peur qu'elles n'arrivent aussi dans la réalité. Take Shelter jouait aussi de ça. Mais ici, le personnage ne se fissure pas, déchirée par ce qu'elle ressent (alors que Curtis LaForge dans le film de Jeff Nichols ressentait cela quasiment viscéralement dans sa chair) et le film d'opter pour une autre optique (et ce, même si certaines des visions de Danika se réalisent) en axant l'histoire sur la relation qu'entretient la jeune femme avec ses enfants. Au fur et à mesure que le film avance, on comprend qu'elle perd pied à la fois par ce que le scénario développe (elle prend de plus en plus de cachets et passe un scanner) tout comme la mise en scène (l'une des scène prenant place avant les 10 dernières minutes finales se déroulent dans ce qui semble visiblement un service de psychiatrie, sauf que les murs et la lumières semblent flous, vides, inexistants, comme si tout flottait).

 

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Ce clochard qu'on aperçoit qu'une ou deux secondes là-bas. N'est-ce vraiment qu'un détail anodin ? Ou quelque chose d'inquiétant qui se prépare à nouveau ?

 

Ses enfants justement, elle les couve trop et en arrive à verser de plus en plus dans les extrêmes face à eux, en tentant de les protéger contre "un monde extérieur trop cruel". Le vrai drame du film est en fait là dans cette mère devenue bien trop protectrice et refusant que ses mioches puissent grandir et vouloir devenir plus autonomes. Danika de fait fut marquée par un traumatisme personnel de son enfance et le fait qu'en n'ayant jamais pu pardonner à sa propre mère, elle a choisit inconsciemment de devenir une mère qui ne ferait aucun écart personnel. En refusant tout à ses enfants pour leur propre bien et n'ayant aucun recul sur la situation (les visions continuent malgré tout), le personnage peut tout autant irriter que favoriser l'identification. Surtout si l'on a des enfants soi-même : comment dès lors blâmer cette mère de famille qui ne peut s'empêcher de faire en sorte que rien ne puisse arriver et ne peut comprendre qu'il faut justement subir des épreuves dans la vie pour mieux la vivre ?

 

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En plus de son scénario plus ou moins horrifique qui dévoile en fait lentement un vrai drame émouvant, l'ensemble du film est quasiment porté par la prestation d'une Marisa Tomei en état de grâce. J'avoue même que je ne voulais au départ voir le film que pour elle et j'en ressort plus que surpris. Danika ne déroge pas à la règle et fait partie de ses petits trésors qui passent inaperçus et méritent amplement pourtant d'être vus par plus de monde. Excellent petit film qui peut même être revu pour mieux apprécier les détails disséminés qui participent de l'ensemble et qu'on ne remarque pas forcément au premier coup d'oeil. Merci à la Metropolitan Filmexport qui le distribue en DVD et Blu-ray depuis le 24 avril.

 

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Un petit mot sur les bonus. On trouve outre la bande-annonce du film, un petit making-of d'une dizaine de minutes mais qui fait rudement plaisir puisque le réalisateur et les comédiens touchent deux-trois mots. On a aussi un reportage décrivant une des scènes les plus intenses et complexe et c'est bien vu. Dans ce même making-of on remarque quelques story-boards intéressants derrière le réalisateur et au vu du film et des pistes qu'il entrouvre tout le long, je regrette juste un peu que cela ne soit pas proposé non plus en bonus mais bon, chipotage que tout ça, c'est déjà pas mal d'avoir un petit quelque chose pour une petite production de ce genre.

 

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