Prologue : They will be spoilers. Damn yeah my 'ol boy.

 

spoiler

 

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"Cela m'intriguait que personne n'ait jamais demandé :"Qui est le grand type assis dans le siège ?" souligne Scott aujourd'hui. On l'appelait affectueusement le jockey de l'espace, bien que je ne me souvienne plus d'où lui venait ce nom. Toujours est-il que quelqu'un l'a surnommé ainsi et l'hypothèse était qu'il s'agit d'un squelette. Puis j'ai pensé : "Bon, que se passerait-il s'il ne s'agissait pas d'un squelette ? Que faisait ce vaisseau ? Pourquoi avait-il dû atterrir ? Ou bien s'était-il écrasé ?" Il ne donnait certainement pas l'impression d'avoir atterri là en douceur. Il s'agissait probablement d'un atterrissage en catastrophe, ce qui, bien sûr, a automatiquement déclenché une balise de détresse. Cette balise a alors envoyé un signal qui est parvenu au Nostromo, ce qui a eu pour effet de remettre en route les ordinateurs, lesquels réveillèrent l'équipage et voilà, vous avez Alien..." (*)

 

 

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Une équipe d’explorateurs découvre un indice sur l’origine de l’humanité sur Terre. Cette découverte les entraîne dans un voyage fascinant jusqu’aux recoins les plus sombres de l’univers. Là-bas, un affrontement terrifiant qui décidera de l’avenir de l’humanité les attend.

 

Avant de faire cette chronique, je tiens à faire remarquer que j'ai déjà vu le film 3 fois.

Pour l'amour de la science ? me feront remarquer certains.

Parce que tu es un grand maso ? me feront remarquer beaucoup de personnes.

Parce que tu kiffes la SF ? diront encore d'autres.

Un peu tout ça, très certainement. Comme beaucoup, j'ai été passionné par le film et son aspect très poussé d'un point de vue visuel et techniquement n'a pu que me ravir. C'est sûr que sur ce point là, le film met la gomme et cela fait rudement plaisir en ces temps de disette science-fictionnelle où les gros vaisseaux spatiaux nous manquent un peu. Et comme beaucoup, je n'ai pas évité de voir les nombreuses incohérences et facilités scénaristiques du film même si ça n'a pas vraiment gêné mon plaisir et qu'au second visionnage, ces incohérences se sont révélées lentement ne pas forcément en être et que lentement, beaucoup de choses se mettaient plus facilement en place. Du moins, les erreurs trouvaient plus de sens et d'explications que je l'espérais. Une partie de mes intuitions s'en trouva d'ailleurs conforté par ses visions ainsi que l'artbook du livre qui revient particulièrement sur de nombreux points et les éclaire d'une fort belle manière (l'une de mes sources principales (*). L'autre étant le Alien la génèse d'un mythe de Ian Nathan où de nombreuses déclarations de Scott bien avant Prometheus permettaient déjà de livrer pas mal d'indices. Il semble que Scott soit resté fidèle à la vision du film de 1979 tout en regrettant de n'avoir pu placé des choses déjà là et que Prometheus en un sens le lui permet (°)), confirmant ce que j'ai tout de suite pensé lors de la première vision : Prometheus même s'il reprend des éléments d'Alien (cf mes précédents posts) n'est pas Alien et s'en démarque totalement. Fausse préquelle, vrai film à part malgré la campagne virale qui a très bien pu induire totalement nombre de spectateurs à fonder leurs espérances là-dessus. Comme beaucoup j'en faisais partie, aussi j'encourage à ce qu'on puisse redonner une seconde chance au film, plusieurs mois (années ?) plus tard. Cela dit, entrons dans le vif du sujet.

 

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Voilà encore une reprise à Alien que je n'avais pas décelé dans la bande annonce mais repérée pendant le film : regardez la porte et les logos qui proviennent en fait déjà du film de 1979, sans qu'on ait besoin de les changer.

 

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Comme dans Alien, un design particulièrement soigné. Notez les écrans au plafond comme dans le Nostromo.

Dans l'artbook et plusieurs interviews mais on peut s'en douter intuitivement en regardant le film, Ridley justifie le haut degré de technologie par le fait qu'il s'agit du vaisseau principal de Weyland en personne là où le Nostromo était avant tout un vaisseau de raffinerie des plus usés et par là-même une proie idéale pour que l'officier scientifique puisse ramener l'Alien en toute discrétion.

 

 

 Un autre film.

 

Partant de ce principe de film différent mais possédant un même ADN, Scott a développé plusieurs idées qu'il avait déjà en tête depuis le temps. Ce qui a déçu d'emblée beaucoup de gens était le fait que Scott choisisse d'aborder la question des possibles origines de l'humanité en délaissant toute la fascination organique crée dans Alien. A cela le réalisateur explique clairement et lucidement ses choix :

 

Parallèlement à l'idée de Scott de revenir au monde du jockey de l'espace, une autre pensée grisante intriguait le réalisateur, fondée sur la théorie de l'écrivain Erich Von Däniken développée dans des livres comme Les Chariots des dieux, dans lequel l'auteur présente des preuves que la Terre aurait été visitée tout au long de son histoire par des extra-terrestres. "C'est une vieille idée qui circule depuis un moment" souligne Scott. "Erich von Däniken a proposé cette idée des pré-visites, et c'est là qu'il a commencé à bien s'embrouiller dans la mémoire des races et des notions, se plaçant à l'échelle divine. Quand vous vous trouvez face à un être supérieur, la question qui peut vous brûler les lèvres, est :"Suis-je en train de contempler un Dieu ?" Si je suis un homme des cavernes, lorsque quelque chose me survole et me regarde, est-ce que je suis en présence d'un Dieu ? Quand le capitaine Cook et son équipage ont débarqué sur le rivage australien, l'homme blanc avait l'apparence d'un fantôme aux yeux des aborigènes, parce que lorsqu'un aborigène meurt, son corps devient gris. C'est pourquoi ils observaient les hommes blancs, en imaginant qu'ils étaient des créatures de l'au-delà ou célestes."

En outre, Scott avait le sentiment que la notion d'hommes visités par des "créatures célestes" se retrouvait dans de nombreuses civilisations anciennes. "Quand vous remontez dans l'Histoire et que vous examinez toutes sortes de sculptures sur bois, d'inscriptions, de peintures rupestres et de bas-reliefs extrêmement sophistiqués que vous trouvez dans de nombreuses cultures, dont celle des Mayas, Incas, Egyptiens, et Hawaiiens," poursuit-il, "si vous les regardez attentivement, vous y verrez toujours un grand type se dressant au milieu de la plèbe, du petit peuple. S'agit-il juste d'un symbole de sa supériorité ? Ou est-ce la marque de proportions quasi divines ? Vous prenez cette idée, vous jouez avec pendant quelques semaines et vous revenez avec un script. C'est exactement ce que nous avons fait." (*)

 

 

 

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On peut s'estimer heureux si l'on considère qu'on a échappé à pire

 

 

Pour cela, Scott va écarter l'Alien et revenir au fameux disc-jockey. D'abord parce que comme il le rappelle, c'est une question qui lui a longtemps trotté en tête et que personne ne songer à développer mais aussi parce que pour lui, la créature de Giger avait perdu toute aura de fascination depuis : 

 

"Je pense qu'en quatre films, honnêtement, on a usé le bon vieil Alien jusqu'à la corde", dit Scott pour expliquer les raisons de sa prise de distance avec le xénomorphe iconique. "Il ne fait plus peur. Dans l'un des films, il s'est retrouvé piégé dans une cage en verre. Avant, il était indestructible et impossible à cerner. Je pense qu'il avait fait son temps et qu'on devait passer à autre chose. Encore une fois, c'était ma décision : passer à autre chose, il ne fait plus peur. On a tellement vu, ad nauseam, de créatures avec des mâchoires et des dents qu'elles ne nous effraient plus du tout. Alors proposons autre chose. Du coup,ce qui devient beaucoup plus important, c'est l'idée que nous ayons été pré-visités par des gens, disons des créatures, qui sont humanoïdes et incroyablement en avance sur nous." (*)

 

Scott se doutait-il franchement qu'en proposant un film de SF reprenant des éléments d'Alien, il ne se ferait pas un peu taper dessus dès le départ ? Je pense que oui, c'était inévitable. Et ce, dans son choix d'humanoïciser les extra-terrestres de la race du space-jockey dès le départ, il savait qu'il allait se faire taper sur les doigts le bougre. Pourtant sur ce sujet, on ne peut pas non plus lui donner tout à fait tort (il est le réalisateur donc il sait parfaitement ce qu'il a fait en 1979) et je me suis surpris parfois à penser comme lui quand il dit :

 

"Quelqu'un a dit que c'était un squelette et j'ai dit que non, pas nécessairement, que ça pouvait être une combinaison dégradée. Tu ne dis pas ça parce que tu penses être en train de regarder une structure osseuse et une cage thoracique, ce n'est que ton avis. Mais pourquoi est-ce que ça ne serait pas une combinaison ? Cela fait deux ou trois mille ans que c'est là à se désagréger dans le froid intense, ça pourrait tout aussi bien être une tenue. Alors qu'y a t'il sous la tenue ? Et c'est ce qu'on a fait. La tenue fonctionne à merveille comme une sorte de combinaison spatiale organique très élaborée." (*)

 

Là est déjà le gros malentendu qui gangrène Prometheus, le fait que ce postulat ne soit pas connu du public ou que ce dernier n'y ait pas pensé tellement l'impact du film de 1979 n'a jamais fléchi un instant et que bien justement la créature n'ait jamais été remise en cause, le film s'axant justement sur l'horrible alien et le huis-clôt ultra-oppressant dans la raffinerie spatiale. Mais pris comme tel, ça éclaire déjà à la fois ce film tout comme Alien sous un autre prisme tout aussi intéressant. Quand on revoit Alien, souvenez-vous, nos humbles spationautes-explorateurs gardent leur casques dans le derelict (ou ici, Juggernaut dans cette traduction). Dans un dialogue du film, Ash sans dire la température dit nonchalament "qu'il fait très froid". Dans Prometheus, nos explorateurs peuvent non seulement respirer de l'oxygène mais aussi brièvement retirer leurs casques. Or, dans le même film on indique clairement qu'il y a eu tentative de terraformation et synthétisation de l'oxygène (à noter qu'on a la mention d'une température de -27° mais que l'eau ne gèle pas, ce qui indique qu'il peut être possible de ne pas forcément ressentir de froid au premier abord. Ce n'est pas spécialement une incohérence, c'est juste un détail qui n'est pas assez mis en avant (**)). Sauf que la tentative ne s'est pas bornée à la planète, seulement au temple. Ou plutôt aux temples, ce qui justifie la remarque de David à la fin du film disant qu'il y a plusieurs vaisseaux. Si on part du principe sous-jacent qu'il y a un temple (comme soute ou base de ravitaillement) et un vaisseau à chaque fois en dessous, ça semble logique. D'autant plus qu'en y regardant bien, on aperçoit 5 temples quand le Prometheus arrive. Si, si. Cela n'excuse en rien des trucs qui m'ont bêtement gêné de la part du scénario mais on va y venir par la suite, c'est assez inévitable de toutes façons.

 

Revenons à nos ingénieurs. Le teint blanchâtre ? Cela c'est expliqué plus tôt. Le choix d'albinos géant, pourquoi pas, soit. La blancheur est aussi dans le design choisi comme un rappel des statues antiques utilisées pour représenter les dieux. Le designer Arthur Max rappelle justement s'être inspiré des hommes en pierre vus lors d'un voyage à Florence, notamment après avoir vu la statue de David par Michel-Ange, mais en poussant le concept plus loin : " Ridley ne voulait pas une musculature de body-builder, mais il voulaient qu'ils soient surhumains. Quand vous regardez le David de Michel-Ange, les proportions et la musculature ne sont pas humaines, elles sont exagérées." (*)

Soit. Mais le surnom "Ingénieurs" alors, ça vient d'où ?

 

 

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C'était l'une des premières grandes idées [une civilisation très avancée capable de créer de la vie], et puis, bien sûr, à l'intérieur du scaphandre du jockey de l'espace, il y aurait cette créature humanoïde," explique Scott. "Et on l'a appelée l'Ingénieur, et j'ai trouvé ce nom génial. Je crois que c'est Spaiths qui l'a trouvé en fait, l'Ingénieur. C'est métaphorique, mais étant donné le contexte d'une histoire de science-fiction, ça dégage une impression de mystère, comme un concept qu'on trouverait chez Asimov. J'ai trouvé que c'était un bon point de départ et c'est resté. Exactement comme à l'époque où on tournait Blade Runner, il y a si longtemps, quand quelqu'un est arrivé avec le terme "réplicant" et que ça a fait tilt dans la tête ! C'est génial ! C'est donc devenu un réplicant. C'est la fille du scénariste David Webb Peoples qui étudiait la génétique à l'Université, qui a dit : "Pourquoi on utilise ces répliques ou réplicants ?" et on a tous dit : "c'est ça." (*)

 

Evoquer la génétique ou Blade Runner peut sembler déplacé dans le cas de Prometheus. Pourtant le premier est non seulement un thème central de la saga Alien à travers les mutations incessantes de la créature quand elle change d'hôtes ou qu'elle est recrée à partir du sang d'Ellen Ripley dans un discutable 4e épisode. C'est aussi une toile de fond sous-jacente à Blade Runner qu'on a tendance à oublier puisque Roy Beatty semble tout aussi calé que Tyrell sur ses questions quand il cherche un moyen de modifier la structure du réplicant afin de prolonger sa vie (cf captures ci-dessous). Et Roy va aussi voir le concepteur de leurs yeux avant ça, ainsi que ce cher J.F Sebastien. Lequel d'ailleurs souffre d'une dégénérescence des cellules qui le fait vieillir trop vite. Et n'oublions pas que nos chers réplicants ont une durée de vie limitée et "veulent plus de vie". Je suis presque à un doigt de faire le lien avec ce cher vieux Weyland. Si ça se trouve l'Ingénieur regarde Weyland et doit penser dans sa tête le même discours que Tyrell tient à Roy Beatty.

 

 

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Et si justement on évoquait David ?

 

De tous les personnages du film, David est évidemment le plus fascinant et le plus ambigü de tous. Comme souvent la saga Alien a soigné ses androïdes, Blade Runner était un cadeau qui leur était littéralement offert. Prometheus soigne plus que quiconque ce personnage au détriment des humains (et il faut remarquer au passage l'ordre alphabétique des androïdes dans les films Alien + Prometheus, cousin éloigné. Ash. Bishop. Call. David. Allez, le prochain je l'appelle Edward. Et il sera semi-Vampire, semi-androïde (***)). Plus humain que l'humain à la Tyrell Corporation. Il y a bien du Blade Runner qui coule dans ses veines. Dans tous ses actes, il agit à la fois comme un enfant émerveillé et en quête de réponses. Il est à la fois innocent et cruel sans se rendre compte de ce qu'il met en branle, espérant des réponses à la question de sa propre existence en dépit de l'intelligence et la prudence dont il peut être capable. Contrairement aux autres, c'est sans doute lui le "vrai" scientifique tant il reste en retrait et multipliant les précautions, minimisant les risques tout en faisant ce qu'il juge digne de faire afin d'avoir toutes les réponses possibles (il se joue de Charlie après avoir obtenu la confirmation morale qui peut justifier ses actes "je ferais tout pour parvenir à mes fins". L'unique barrière qu'on pouvait lui donner, il la franchit sur ce point en innoculant l'instant d'après, la goutte dans le champagne). On ne ressent que trop bien par là-même combien son statut de machine lui pèse et combien il doit constamment avoir à subir les humiliations des autres humains, quitte à faire ses petits coups en douce. La remarque faite à Shaw "On peut dire que vous en avez dans le ventre" est en ce sens complètement déplacée et on peut se demander si le "pardon, mauvaise formulation" qui vient après n'est pas plus ironique que la phrase précédente. David fait en tout cas clairement comprendre qu'il sait qu'elle s'est opérée d'elle-même car elle est devant lui, donc elle s'en est plutôt bien tirée. Il a donc une longueur d'avance sur le reste de l'équipage qui est certes plus occupé à se faire décimer par un Fifield mutant que de se préoccuper d'une scientifique en sang dans les couloirs qui devrait déjà être placée en cryogénisation (les actions sont simultanées et se déroulent au même moment mais le montage gère très mal ces scènes ce qui induit en erreur quelque chose qu'on ne comprend mieux qu'a la seconde vision).



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Blade Runner : photographies.



Comme ses congénères réplicants, David se rapproche bien trop du modèle (cf, une remarque d'Holloway), il a même des préoccupations plus qu'humaines. Dans Blade Runner et répondant à l'optique de la photographie comme moyen de conserver des souvenirs mais aussi l'instant présent, Leon Kowalski prenait des photos. Dont une que Deckard choisissait de balayer méthodiquement afin de se focaliser sur un passage lié à l'ongle trouvé dans la baignoire. Or, sur cette photo, on pouvait observer déjà à gauche de l'image (avant que notre blade runner ne recentre sur le fameux miroir à la Van Eyck (****)) Roy Beatty prenant la pause (pose ?), jouant de son biceps. Assez humain quand on y repense. David lui, essaye d'apprendre le plus possible, il peut sans doute dépasser le modèle même s'il lui manquera des choses au final (la remarque de Shaw sur le besoin d'espérer et de croire). En attendant, il fait aussi du basket (clin d'oeil à Alien resurrection et la perfection atteinte par le clone de Ripley ? (*****)) et regarde des films. Fassbender confirme à ce sujet (*) que le style du personnage est tout autant venu de Lawrence d'Arabie que ... de David Bowie.


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Ah ?

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Bon...

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..... :/

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Voilà pourquoi je ne sors plus de disques. Un jour, j'ai vu Prometheus, ça m'a pompé le moral, mec... gneee


L'unique fois où David ne reste pas en retrait est quand il s'agit de mener vraisemblablement Weyland à la mort. David sait-il ce qu'il fait à ce moment là ? Au vu de ses actions et de ce qu'il ressent (il voudrait être libre, quitte pour celà à "tuer le père"), on peut penser que oui, même si son ambiguïté peut aussi être vue comme une volonté de réaliser le dernier souhait de ce père qui "le considère comme son fils", c'est à dire, de l'aider à mourir.

Weyland : Il n'y a rien...

David : Je sais. ...Bon voyage monsieur Weyland.

 

 

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Une affiche de fan qui reprend l'empreinte du pouce de David et le logo Weyland qu'on peu observer furtivement dans le film si on regarde bien (précisément quand il tient la goutte sur son doigt).

 

 

Another land, another weird ship, another movie....but same stories.

 

Comme dit, le scénario ne dit pas tout ou l'avance très mal, le gros problème de ce genre d'entreprise immense qui s'avance dès le départ avec des pieds d'argiles. Souvent les détails pourtant propres à clarifier les choses se résument à une bouchée de pain peu décelable lors d'un premier visionnage. Un exemple tout bête : dans la grotte, David déplie une échelle pour monter et activer le mécanisme qui activerait la porte ayant décapité un des ingénieurs. La première réaction bien normale est de se dire "D'où sort cette putain d'échelle ?". Or, lors du second visionnage, un plan furtif montre indéniablement que c'était Milburn, le biologiste qui la transportait avec lui. Mais le montage ne s'attarde jamais sur ce genre de petites bricoles, ce qui est regrettable quand on connait la minutie visuelle de Ridley Scott dont ici l'univers est de toute beauté.

 

Visuellement je n'apprends rien, le film est une tuerie. Scott a l'ingénieuse idée de filmer une grande partie du film en Islande dans des paysages presque déjà extraterrestre. C'est l'ouverture du film, c'est LV223. Une planète qui n'est d'emblée pas la LV426 des deux premiers Alien, mais qui semblerait faire partie d'un même système solaire, là aussi situé dans Zeta Reticuli, système déjà mentionné dans le premier Alien, ce qui conforte déjà un dialogue du film mentionnant que la planète en elle-même ne serait qu'une base militaire de passage avant l'attaque finale mais non leur vraie planète. Sur ce dernier point, rien ne nous empêche pourtant de penser que si ce n'est pas leur vraie planète, elle pourrait très bien appartenir au même système solaire. On est dans la science-fiction et par définition, un genre plus libre qu'on pourrait le croire en matière d'imaginaire. D'autant plus que le space jockey du premier Alien n'est pas celui de Prometheus (pas la même atmosphère, pas le même paysage, pas la même créature, pas la même planète). Malheureusement là encore, le scénario ne souligne pas assez tous les petits détails, et il faut vraiment soit apprécier Alien et avoir longuement réfléchi là-dessus (pour l'anecdote, au lycée et déjà grand fan de Giger plus que du film, j'avais redessiné moi-même une partie du Nostromo et imaginé d'autres couloirs, d'autres créatures (******)).

 

 

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Dans l'inévitable parenté avec Alien tout le monde a bien cerné le jeu des différences un peu partout, je ne vais pas faire de redite sinon on en finit plus. En revanche, on évoque moins le fait que Scott a voulu revenir à un travail à l'ancienne dans le film au détriment de la caractérisation des personnages qui me semble à moins évidente. Développer 17 personnages en à peine deux heures, c'est assez difficile. Aliens dans sa version courte fait presque 2h17. Si Cameron avait retiré ces 17 minutes, il y a fort à parier qu'on n'aurait pas souri devant la personnalité d'un sergeant Apone, qu'on aurait pas autant apprécié la vigueur de Vasquez, la lâcheté d'un Gorman et j'en passe. D'ailleurs c'est une autre évidence, dans ses films dotés de nombreux personnages, Cameron privilégie de fait bien souvent l'histoire afin de travailler au mieux les caractères et les rendre attachants au possible. Abyss dans sa version courte, 2h18 là encore. Avatar version cinéma, 2h42. Titanic version cinéma 3h14. De fait Scott n'est certainement pas Cameron, c'est une évidence qu'on a tendance à oublier et dès le départ, il devenait de plus en plus normal (pour moi en tout cas), que le bonhomme ne pourrait pas tout aborder. Le fait qu'il se focalise en grande partie sur les mystères entourant les "ingénieurs" et sacrifie des personnages comme autant de pions n'est en somme pas plus mal puisqu'il permet de plus ou moins gérer un rythme fragile. Ce n'est pas un film d'individualité et on pouvait espérer un tant soit peu que certains passent tout de suite à la trappe dans des morts vicieuses (comme pour de nombreux films horrifiques) et c'est le cas. Pour ma part le mec au dr Shaw, Charlie Holloway m'a paru dès le départ une sorte de gland et au risque de passer pour un badass (ow wui, ow wui), je voulais vraiment qu'il  disparaisse assez tôt. Sa nana fait les fouilles en Island mais le mec reste près des tentes. Bonjour l'enthousiasme. Il fait une découverte ultra-importante ensuite dans l'espace et reste à cuver son alcool, déçu de tout, punaise le mec, mais laissez moi lui foutre des baffes quoi. Quand au reste de l'équipage, il est clairement dit que ce sont des mercenaires (Vickers : "ceux que j'ai personnellement engagés, bonjour" - Fifield : "J'ai dormi pendant deux ans, je suis pas là pour être ton pote mais pour me faire du fric."), ils sont donc déjà dès le début quantité négligeable et donc sacrifiable.

 

Néanmoins, le bonhomme n'oublie pas deux personnages que sont David et Elisabeth Shaw de par l'importance qu'ils occupent par rapport à la saga Alien mais aussi les autres films du cinéaste, soit un androïde et une héroïne et tant mieux puisqu'en plus de rejoindre plusieurs thèmes chers au cinéaste, on peut dire que c'est bien un film de Ridley Scott (certains diront "ouais, beau visuellement, casse-gueule ou plat-plat dans l'histoire et je ne peux pas leur donner tort vu que je considère plus Scott comme un cinéaste doué certes mais pas un immense cinéaste. Sans doute plus parfois un artisan des plus doués).

Faut-il les rappeler ces thèmes ? Allez vite fait pour éviter de trop faire catalogue, la puissance des multinationales privées, l'intelligence artificielle, une femme forte, le rapport au père, des clins d'oeils à son cinéma (parfois par clins d'oeils trop appuyés). Et ici comme dans Blade Runner, la question du créateur et la possibilité d'enfin le rencontrer. 

 

 

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La décision des créateurs et le rapport à leurs créatures.

 

"Comme vous le savez tous, Dave Bowman et Hal ont été emmagasinés en tant qu'émulations à l'intérieur du Monolithe d'Europe. Apparemment, celui-ci ne désactive jamais un outil qui a montré une fois son efficacité, et de temps à autre, il active Halman pour surveiller nos affaires, quand elles commencent à l'inquiéter. Ce qui, à mon avis, a dû être le cas avec mon arrivée là-bas... A moins que je ne me montre trop présomptueux.

Mais Halman n'est pas qu'un outil passif. Sa composante Dave a conservé quelque chose de son origine humaine, jusqu'à des émotions. Et parce que nous avons été formés ensemble, que pendant des années, nous avons tout partagé, il a, semble-t-il, trouvé plus facile de s'adresser à moi qu'à d'autres. J'aimerais me dire que ça lui fait également plaisir, mais peut-être le mot est-il trop fort...

Il est aussi curieux, voire inquisiteur, et peut-être n'a t'il pas apprécié la façon dont il avait été ramassé, tel un spécimen de la nature. Pourtant il est probable que c'est ainsi que nous apparaissons aux yeux de l'intelligence qui a crée le monolithe.

Et où se trouve cette intelligence à présent ? Selon toute apparance Halman connaît la réponse et elle est terrifiante. Comme nous l'avons toujours soupçonné, le monolithe appartient à une sorte de réseau galactique. Et le noeud le plus proche, le maître du Monolithe, ou son supérieur immédiat se tient à... 450 années-lumières. Bien trop près ! Cela signifie que le rapport sur nous et nos affaires qui a été transmis au début du XXIè siècle a été reçu il y a environ cinq cents ans. Si le... disons le superviseur du Monolithe a répondu immédiatement, ses instructions devraient lui parvenir en ce moment.

Et c'est exactement ce qui semble se passer. Au cours des derniers jours, le Monolithe a reçu un flot continuel de messages et mis au point de nouveaux programmes, probablement en accord avec ces messages.

Malheureusement, Halman ne peut que se livrer à des conjectures à propos de la nature de ces instructions. Comme vous vous en rendrez compte lorsque vous téléréceptionnerez cette tablette, il a un accès limité à la plupart des circuits et des banques de données du monolithe, et arrive même à nouer une sorte de dialogue avec lui... si l'on peut employer un terme pareil, car il y faut deux personnes ! Je n'arrive pas à me faire à l'idée qu'en dépit de tous ses pouvoirs le monolithe ne possède pas de conscience... ne sait même pas qu'il existe !

Halman a retourné le problème dans tous les sens depuix mille ans et il est parvenu à des conclusions identiques à celles de la plupart d'entre nous. Mais ses conclusions à lui pèsent d'un poids plus grand, parce qu'elles procèdent d'une connaissance de l'intérieur. Ce qui a pris la peine de nous créer -- ou du moins de remanier les esprits et les gènes de nos ancêtres-- est en train de décider de ce qu'il va faire à présent. Et Halman est pessimiste. Non... C'est exagéré. Disons qu'il ne donne pas cher de nos chances, mais qu'il est devenu un observateur trop détaché pour s'inquiéter outre mesure. L'avenir --la survie !-- de l'espèce humaine n'est pour lui qu'un problème intéressant parmi d'autres, mais il est disposé à nous aider.

A la surprise de son auditoire attentif, Poole, alors, s'interrompit.

_ C'est curieux. Je viens d'avoir un souvenir sidérant... Je suis certain qu'il explique ce qui est en train de se passer. Je vous demande encore un peu de patience...

Un jour, quelques semaines avant le lancement, Dave et moi nous promenions sur la plage, à Cap Canaveral, lorsque nous avons aperçu une grosse bestiole sur le sable. Comme cela arrive souvent, elle était sur le dos et agitait frénétiquement les pattes pour tenter de se remettre à l'endroit. Je n'en ai pas fait cas, parce que nous étions lancés dans une discussion technique assez compliquée, mais Dave, lui, a fait un pas de côté et l'a remise doucement sur ses pattes du bout de sa chaussure. Comme elle s'envolait, j'ai dit : "Tu es sûr que c'était une bonne idée ? Maintenant elle va dévorer les précieux chrysanthèmes de quelqu'un." Et il a répondu : "Tu as peut-être raison. Mais j'aimerais lui accorder le bénéfice du doute."

Toutes mes excuses... j'avais promis de ne prononcer que quelques mots ! Mais je suis heureux de m'être rappelé cet incident : il remet, je crois, le message de Halman à sa juste place. Il accorde à l'espèce humaine le bénéfice du doute..."



Cet extrait provient de 3001 l'odyssée finale d'Arthur C.Clarke. Mis à part le fait que la saga initie un rapport de création de l'humanité par le biais du monolithe, ce qui m'avait frappé alors dans ce dernier tome était cette décision de la part du Monolithe et des puissances se cachant derrière, de finalement décider raser toute l'humanité, puisque comme on l'apprend dans la suite du bouquin, le monolithe peut aussi découper des planètes entières (à noter que si vous avez vu 2010 de Peter Hyams, le monolithe fait imploser Jupiter pour en faire un soleil, tout comme dans le livre d'ailleurs). Prometheus est évidemment plus terre à terre de ce côté même si l'idée est la même et contenue en substance dans l'un des dialogues du film, "pour créer il faut d'abord détruire", donc faire table rase pour partir sur du neuf.

La décision pourrait étonner et questionner, quitte à déclencher d'inévitable suites (perso je ne pense pas qu'il y aura forcément de suite. Quand on voit l'épave d'Alien ou les corps presques tous morts des Ingénieurs dans Prometheus, il est pour moi évident que c'est une civilisation qui est belle et bien déjà morte. Il faudra donc inventer de nouvelles péripéties). On pourra même gloser sur la fameuse décision en question --le chiffre 33, l'arrivée du Christ si on se base sur les données du film et qu'on calcule quand ils ont vu les choses se gâter. Mouais. Après tout je n'ai rien contre (*******) et ça cadre bien avec les Ingénieurs en eux-même qui sont en fait loin d'être raffinés. Parce qu'ils n'hésitent pas à sacrifier l'un des leurs (lequel visiblement pensait que ce devait être un nouveau rite de purification, voire une punition. Sans doute en apprendrons nous plus --ou pas-- dans les fameuses 20 minutes en plus pour le DVD et Blu-ray. En tout cas la scène a de quoi faire gloser pas mal (********)). Parce que dès 1979, Ripley les voyait déjà comme une belle bande de salopards qui faisaient des sacrifices en tous genre soit pour leur propre plaisir soit pour l'Alien en lui-même et entretenir sous contrôle un cycle de vie fragile (capture ci-dessous) lié à l'une de leurs nombreuses créations (capture seconde peu après le cycle de vie de l'Alien tel qu'imaginé par Giger en 79 pour ce qui devait être une des fresques du vaisseau et qui ne put être placée).

 

 

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Cliquez pour agrandir. Au passage vous remarquerez que déjà dès le début on pouvait envisager les Ingénieurs comme portant des espèces de combinaisons spéciales, oui

 

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Cette fresque est bien dans Prometheus, c'est ce que Shaw repère avant que cela ne se désagrège. Là aussi, c'est quelque chose que je n'ai pas repéré lors du premier visionnage (ça va trop vite bordel-euh !) et qui montre bien que les Ingénieurs ne tolèrent pas qu'une créature tente de vouloir les dépasser, voire leur succéder. L'habillement du saurien en question pourrait suggérer une autre création des ingénieurs, cette fois pas à leurs traits.

 

 

Un film sur le fil du rasoir.



Comme écrit plus tôt, le film ne clarifie pas assez à mon sens de nombreux points importants. En résulte des incohérences qui, pour moi sont autant de détails non pointés par le film mais repérables et explicables lors de visions ultérieures. Comme il le dit toutefois dans l'Artbook du film, Ridley Scott voulait laisser des choses non expliquées pour que les spectateurs y réfléchissent par eux-mêmes. C'est à la fois réussi et raté parce que si effectivement les gens ont réfléchi sur le film au final, c'était pour mieux y pointer les défauts. Mais ceux qui ont pointé les questionnements inhérents à l'oeuvre n'ont fait que déclencher en moi d'autres questionnements que personne ne s'est posé jusque là et je vais les pointer tout en montrant ce qui moi, perso, me gêne vraiment. 

 

 

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L'aspect déjà très sexuel ("ça déborde de vagins et de penis" dixit Veronica Cartwright --Lamberts-- a propos déjà du premier film), il est bien là aussi dans Prometheus tout comme son lointain cousin de 1979. Sans doute ici bien plus poussé comme autant de maladroits clins d'oeils. Et comme quand je disais "fait à l'ancienne" plus tôt sans avoir pu développer c'était pour montrer que comme à l'époque, Ridley privilégiait l'animatronic, le travail par câbles, les maquillages, les CGI étant développés essentiellement pour les plans de vaisseaux, de l'espace (magnifiques en plus) et une partie de la pieuvre géante du final même si une réplique grandeur nature (assez impressionnante) a été construite pour tous les gros plans. L'ensemble force le respect et il est dommage que beaucoup n'y voient que des CGI bâclés alors que non, c'est justement tellement bien foutu que ce n'est pas ça. Même chose pour une grande partie des décors, véritablement construits (la salle des urnes à la dimension d'un stade de football pour que Ripley puisse poser sa caméra où il le désire, il faut le voir pour le croire (mais j'allais pas vous scanner tout le livre non plus, ho). L'Alien en lui-même ou un lointain cousin apparait déjà sur une fresque principale et c'est loin d'être un simple clin d'oeil. Sauf que Ridley emploie avec précaution le terme religieux de Diacre et non d'Alien pour la bestiole finale, ça veut tout dire : ce n'est pas L'Alien, mais un alien (*********). Un cousin lointain et éloigné mais que les ingénieurs connaissent et ont déjà eu avoir à faire. Une de leur création qui n'a d'égale que leur bassesse et leur vilennie, qui remonte comme l'homme aux temps anciens mais pour souligner Ash, Un survivant de ces temps anciens qui lui, n'est pas souillé par le remords ou la conscience. Par contre, personne ne songe à expliquer la présence de ce cristal vert juste devant le panneau mural consacré à la créature alors que moi je me demande bien justement ce qu'il vient faire là. Offrande ? Je doute que les ingénieurs vont s'abaisser au niveau de leurs créations. Système de lumière pour mettre en valeur la fresque ? Quel intérêt, on la voit très bien. Non là, il y a un vrai mystère.

 

 

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Et même la fameuse fresque, on voit bien d'emblée qu'il n'y a rien à voir avec l'Alien suintant et visqueux qu'on connait bien, juste une vague parenté

 

 

Le coup des agraffes, voilà bien du pur chipotage. Les agraffes existent depuis un bon moment dans l'histoire de l'humanité et elles continueront d'exister dans 3000 ans. On pouvait imaginer un système pour recoudre mais on aurait manqué en rythme et en efficacité pour le coup et rappelons que c'est avant tout de la SF et plus précisément de la série B avec de gros morceaux horrifiques et space-opéra. Le medipod ? Il m'a semblé clair qu'il était pour le papa de Vickers, ce brave vieux Weyland dont on va revenir juste après. S'il est configuré pour un homme, c'est précisément parce qu'il l'est pour le vieux monsieur afin de sensiblement prolonger ses jours si malheur il arrivait. C'est encore mieux précisé dans l'artbook où l'on voit que non seulement les appartements de Vickers peuvent se détacher (ce qu'elle dit et précise et qu'on voit même quand la partie se détache dans le final) mais qu'il y a aussi du côté droit, une partie dédiée à Weyland et que les deux communiquent par cet accès au medipod. D'ailleurs personne ne s'interroge du fait que quand elle doit enlever la bestiole, Shaw ne passe pas par le module de Vickers directement mais une autre porte via les couloirs et là ça se voit clairement. Quand au medipod, elle le reconfigure manuellement (il y a marqué mode manual en haut à gauche de l'écran tactile si on regarde bien) tout en assurant la suite des manoeuvres en tapotant sur la vitre quand elle est à l'intérieur. Dès le début on remarque qu'elle connait ce genre de machine quand elle va tout de suite dessus et qu'elle commence à tout toucher tandis que Vickers la sermonne, "Miss Shaw, s'il vous plaît, n'y touchez pas". D'ailleurs un détail de plus, elle y va directement, mû par une curiosité toujours insatiable (un point commun avec David), là où son mec préfère papoter avec Vickers et boire son verre d'alcool.

 

Quand à la présence de Weyland dans le vaisseau d'emblée, elle ne m'a pas gênée. On voit que David communique avec quelqu'un d'important et que même Vickers tente de foutre sa pâtée à David dans le but d'avoir une réponse, étant de toutes manières mise à l'écrat depuis un moment par son paternel qui ne l'aime pas. Le medipod confirme la présence de Weyland. Quand à son maquillage, ça ne m'a pas gêné puisque pour ma part, j'ai suivi les conférences "TED 2023" où Guy Pearce faisait déjà son numéro de mégalo. Alors quand on calcule en 2093 avec l'âge actuel de Pearce en 2023 (soit 45 ans), il approche des 120 ans, c'est plausible même si le maquillage a l'air d'en faire beaucoup. Mais dans le même temps on est dans la SF, alors est-ce si gênant que ça ? Je repense au grand-père pervers de Massacre à la tronçonneuse "vas-y frappe grand-père, frappe !", pas si gênant, pas plus que le rejeton avec sa peau sur le visage. La science-fiction peut se permettre se genre d'exagérations. Et quand ce n'est pas dans le cinéma, on trouve des exemples ailleurs, toujours dans les genres du fantastique, de l'horreur et de la SF.

 

 

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Et comme par hasard, Jodorowsky. Et dire que Giger aurait pu travailler sur son Dune et rejoignit peu après la bande à Ridley Scott. Un peu comme si tout était lié...

 

Un autre détail qui frôle presque le gratuit (et je trouve même une capture avec un détail que j'avais pas remarqué. Je sens que je vais me faire une joie de le décortiquer en blu-ray ce film oh oui. Et vous souffrirez dans d'éternels tourments, euh paquets de textes gneee), la chute du Prometheus. Et pourtant malgré cet aspect gratuit de grand spectacle où Ridley voulait "que l'objet roule tel un beignet" (*), on pourrait l'expliquer de plusieurs raisons. Si vous êtiez pris de panique, sous un gigantesque préau qui menace de s'effondrer à tout instant alors que tout autour de vous tonnent des pluies acides, est-ce que vous ne resteriez pas jusqu'au dernier moment sous le préau avant de vous jeter sous les pluies acides ? Là c'est pareil, la panique démesurée de l'objet en plus. Et si vous avez bien remarqués, de même que le Juggernaut/derelict s'effondre au sol et entame son roulement, des morceaux mortels du Prometheus s'effondrent tout autour des deux héroïnes, lesquelles sont un temps protégées tant qu'elles restent sous le Prometheus qui commence à rouler avant que la panique ne les fasses faire n'importe quoi. J'aime assez la mort dont meurt Vickers d'ailleurs, très dans l'état d'esprit série B luxueuse que donne à voir le film. 

 

 

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Et puis on réalise mal la masse qu'est l'immense objet quand il tombe à l'instant et... WAIT WHAT ?



Une dernière incohérence qui s'explique et se fait aussi pardonner quand on revoit le film, le géologue et le biologiste qui se perdent. Tout le monde a râlé là-dessus mais primo, ils ont une boussole mais pas la carte. C'est Janek qui lui, à toute la topométrie du terrain et peut consulter suivant ce que les louvetaux (les pups en V.O) lui transmettent. C'était clair pour moi à la première vision et je ne comprends pas que tout le monde se soit acharné là-dessus. Et du fait qu'ils n'ont pas de carte mais juste des indications de direction, c'est assez normal que Janek leur indique le mouvement à l'Ouest pour qu'ils aillent à l'Est. Secondo, dans un vaisseau extraterrestre sur une planète à des années-lumières de la Terre dans un lieu où tu n'es jamais venu, c'est normal que tu te perdes. Shaw, Holloway, Ford et David eux-même ont mis un temps considérable au moment où Vickers leurs transmet qu'ils n'ont que 15 mn avant qu'on referme la porte du sas. Quand ils retrouvent finalement leur chemin , les autres sont déjà partis avec le rover (là aussi pas de CGI, mais des véhicules construits à partir d'engins de l'armée Tchèque avec 8 roues motrices et pesant près de 16 tonnes. Les artbooks de Alien et Prometheus sont une vraie mine d'or qui pourraient même vous faire réévaluer considérablement les films, enfin Prometheus croyez-moi. Sinon tant pis, j'aurais essayé). et Shaw a à peine le temps de plaquer le casque avec elle qu'ils doivent partir à cause de la tempête. Le sentiment d'urgence est plus que palpable et si facilité scénaristique il y a, elle est pleinement justifiée par cette urgence. Fifield qui a muté et rendu fou massacre une partie de l'équipage ? Regardez son crâne, il mute comme celui que Shaw, David et Ford analysent avant que ce dernier explose suite à l'émergeance des cellules noires. On aurait laissé Fifield pourrir, il aurait explosé naturellement, mais bon, action on te cherche, action on t'aura, mais ça aussi ça ne me gêne pas même si c'est purement gratuit et que ça détourne à ce moment l'équipage de ce qui arrive à Shaw quand elle est avec son bébé poulpe.

 

Par contre il y a justement deux trucs qui m'insupportent au plus haut point dans Prometheus et que je ne pourrais décemment pas défendre parce qu'ils relèvent d'une belle stupidité ni cinématographique, ni scientifique, ni naturelle. gneee

 

 

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lololol.

 

 

Déjà, le scientifique et le géologiste face au serpent blanc (ce qui est affectueusement décrit le "Hammerspede" par Scott et son équipe). Que la créature soit là depuis longtemps dans l'écosystème naturel du Temple, je ne me pose pas la question, pas plus que de savoir s'il s'agit d'un des vers que David a rapporté et qui sera mis au contact de la substance noire (il y a un plan de Scott donc ce n'est nullement innocent mais personne ne se pose la question). Par contre voilà...

TU ES SUR UNE PUTAIN DE PLANETE INCONNUE ET HOSTILE, TU VAS PAS T'AMUSER A FAIRE JOUJOU AVEC LE PREMIER SERPENT VENU, GROS NAZE. Non mais c'est vrai quoi. ET PUIS DAVID QUI JOUE DU PIPEAU ALORS QUE NOS ALBINOS DE L'ESPACE C'EST TOUT SAUF DES GROS GENTILS, ZYVA QUOI. BONJOUR LE RAFFINEMENT, SA MERE. 

Hum voilà, je pense en avoir dit pas mal mais le pire c'est qu'il y aurait encore à dire, mais voyez-vous, j'en ai peut-être trop fait. gneee

 

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J'ai beaucoup aimé Prometheus et je comprends tout ce qui lui a été reproché. Tout cela ne m'a pas gêné parce que cela pouvait aisément être expliqué si l'on regardait bien le film, ce qui n'était pas rendu des plus faciles tant les choix de montage de Scott, s'ils rendaient toujours l'action lisible, n'en rendaient hélas pas l'histoire plus claire. J'ai vu le film plusieurs fois et j'ai bien conscience qu'il ne réinventera pas le fil à couper le beurre là où Alien s'est imposé lentement comme un standard au point que son esthétique puisse être reprise un peu partout (Scott en a rûdement conscience d'ailleurs). Mais j'ai eu ce que je voulais, c'est à dire du grand spectacle de SF qui en faisait beaucoup, sans doute trop mais auquel, comme dans le texte d'Arthur C.Clarke, je laisse le bénéfice du doute...

 

 

 

 

 

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(°) Par exemple l'idée d'une pyramide extraterrestre qu'on retrouve ici transposée dans les temples. Cette pyramide existait déjà dans les travaux de Giger réalisés pour le Dune de Jodorowsky qui ne vit jamais le jour. Quand on le contacta pour le projet Alien, Giger amena naturellement ce qu'il avait produit de plus récent. Malgré l'enthousiasme de Scott qui fut le premier défenseur de Giger et de sa vision auprès du studio, cela ne pu jamais se faire par manque de temps et du fait que le film se recentra sur l'idée du huis-clôs spatial.

 

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(*) Prometheus, l'univers du film de Mark Salisbury, éditions Akileos.

(**) "Le design de l'intérieur de la pyramide a été inspiré par un mouvement architectural des années 60 que Max [le designer Arthur Max, note de Nio] avait étudié à l'université. Appelé Arcosanti, il a été fondé par Paolo Soleri, dont le concept d'Arcologie --la fusion de l'architecture et de l'écologie-- a mené à la création d'un habitat environnemental autonome dans le désert du Nouveau Mexique. En extrapolant cette notion, le parti pris de Max était que la pyramide pouvait domestiquer la lumière du soleil, tout en agissant comme condensateur pour créer de l'eau. "Les ingrédients essentiels de la vie. C'est pourquoi les membres d'équipage ont pu ôter leurs casques et respirer, une fois qu'ils en ont atteint le centre." (Ibid).

(***) Plus sérieusement et pour rebondir sur les connotations de la foi qui sont plus ou moins remises en cause dans le film (bien ou mal foutu, là n'est pas la question), David est à l'origine dans la bible un berger. Appelé au chevet du roi Saül (Weyland ?), il apaise celui-ci de ses chants. Plus tard, il abat le géant Goliath. Il est donc ironique et jubilatoire de voir qu'ici David se fait défoncer la tronche et que l'ingénieur se sert de celle-ci pour frapper d'un coup mortel Weyland. La revanche de Goliath envers un David blond trop présomptueux.

(****) Il faut toutefois noter que dans la toile de Van Eyck, les époux Arnolfini (cf, dans cette chronique) sont vus de l'autre côté du miroir, de même, surprise, que le peintre. Or là, on ne peut déceler celui qui a pris la photo. On a beaucoup chipoté sur les incohérences de Prometheus mais là, dans Blade Runner on en a une de taille, et pourtant elle passe parce que selon moi, elle relève tout autant de la nature artificielle des réplicants. Et je pense que c'est voulu sinon Ripley aurait changé à la "truelle Lucas" cet aspect là, ce qu'il n'a pas fait dans la version final cut de 2007 du moins sur ça. Par contre il a bien modifié les couleurs et de nombreux plans comme chacun sait.

 

(*****) Je pense à la scène du basket ball. Normalement (de même que le plan de Heat où De Niro et Pacino sont bien dans le même espace --un bar-- mais que la caméra joue des champs-contrechamps) Sigourney Weaver a bien réussi à viser à l'envers et sans regarder, le panier de basket... a la sixième fois. Sauf que le cadrage choisi par Jeunet à ce moment là ne le montrait pas du tout. Néanmoins la prise a bien été gardée, seules les réactions hallucinées (dont un Ron Perlman qui esquisse un sourire monstre comme s'il était sur le plateau de la guerre du feu) des acteurs ont été coupées au montage et remplacées par celles du script au plan d'après.

 

(******) Mais ma vraie joie a été de voir Giger en personne en 2002 et d'avoir une modeste dédicace du maître dans la boutique Taschen de Paris où il était venu. C'était comme une bénédiction et un affranchissement en ce qui me concerne puisqu'a ce moment là, je me suis senti en quelque sorte plus libre vis à vis d'Alien.

 

(*******) En même temps c'est Ridley Scott, pas Stanley Kubrick, il y a quand même un méga fossé hein. Croire que Scott arriverait à produire un questionnement mé-ta-phy-sique alors que le bonhomme n'a plus donné de chef d'oeuvre après Blade Runner, non là faut pas être naïf à ce point hein. gneee


(********) Dans la catégorie, on ne sait pas si on a échappé au pire ou au mieux, le script de base prévoyait quelque chose d'encore plus... weird.


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Ow. Un gobelet en plastique offert par un ptit vieux tout ridé pour sans doute montrer l'ancienneté. Tout compte fait je préfère l'ouverture du film telle qu'elle est en fait. 


(*********) Tout comme Godard dût changer son titre de La femme mariée en Une femme mariée, supposant qu'il n'y avait non pas une généralisation de la femme à travers le film qu'il venait de faire, mais plusieurs comportements individuel bien distincts. Bien sûr, celà lui fut en partie imposé par la censure mais il aurait tout aussi bien pu garder le titre d'origine et retirer des passages du coup.