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En rentrant de soirée où elle fête son acceptation au MIT (Massachusetts), Rhoda Williams provoque un terrible accident de voiture qui coûte la vie à une mère et son fils et laisse le père de famille, John Burroughs, dans un coma profond. A sa sortie de prison, quatre ans plus tard, elle tente de s'immiscer, en cachant son identité, dans la vie de John dans l'espoir de gagner son pardon. Au même moment, une autre planète semblable en tous points à la Terre est découverte...

 

Quand j'étais plus jeune, je jouais sur le vieil atari de mon tonton à certains jeux assez incroyables. Parmi eux, il y avait ce titre de 1991 d'Eric Chahi, Another World. Rien que le nom m'attirait fortement. Le jeu ? Extrêmement dur et sa récente remastérisation pour l'anniversaire de ses 15 ans dernièrement n'a en rien atténué sa difficulté à s'arracher les cheveux (d'autant plus qu'on ne peut faire de sauvegarde, juste avoir un fichu code au pif qui vous remettra dans l'ancien endroit où vous traîniez avant une 5658e mort assez infecte). En revanche, l'ambiance pleine de rêve du titre donnait constamment envie d'y revenir, encore et encore, le joueur impavide traînant son désarroi devant la difficulté Nietzchéenne en se nourrissant de cette ambiance de rêve pour vainement y tirer quelques forces à nouveau. Chaque détail était propice déjà à l'émerveillement même si les non-joueurs me lisant tiqueront d'emblée : comment rêver avec quelques bouts de pixels ? Et pourtant devant la vision d'une double lune immense dans le ciel, l'évidence s'imposait à nos esprits fiévreux pour nous balancer dans un rêve éveillé.

 

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(Et si vous cliquez, vous allez avoir une graaAAAnde image)


Remplacez World par Earth et mettez une autre Terre dans le ciel plutôt qu'une lune pour un film, je marche tout autant.

C'était un peu le prétexte qui me fit aller voir Melancholia où la vilaine grosse bouboule s'avère autrement plus agressive (je me suis demandé pourquoi diantre d'ailleurs aucun vaisseau ne tentait de fuir la Terre pour aller sur Melancholia ? Même en tombant sur une surprise à la Rémina où des explorateurs finissent par aller sur la planète vivante et se faire quasiment décimer d'une façon suprêmement méchante par la planète elle-même, on aurait pu tenter... Ce qui est le propos sous-jacent d'Another earth mais j'y viens, passons). Cela eut du bon puisque fâché avec l'ami Von Trier depuis Dancer in the dark, je me senti réconcilié avec lui, malgré une mise en scène tremblottante où l'envie me prenait de donner d'irréelles paires de baffe au réalisateur pour le coup. C'est d'ailleurs le gros point noir d'Another Earth là aussi, sa mise en scène, certes moins parkinsonnienne mais bon sang, il faut arrêter les zooms à tout bout de champ, quoi, c'est d'une lourdeur. Le zoom, ça ne marche que chez Bergman quasiment, point barre.

 

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Pour le reste, et sous couvert d'une histoire de rédemption et de rachat, Another Earth va dérouler lentement sa rêverie SF en toile de fond. L'histoire n'est pas nouvelle mais de part la justesse de ses deux comédiens principaux, elle s'avère plus que touchante. Le film en fait est plus un drame des plus soignés : Enlevons les zooms disgracieux et que remarquons nous ? Une mise en scène des plus sensitive où le son s'avère extrêmement mis en valeur, de même que la musique (ce qui occasionne lors d'un concert improvisé de scie musicale une rêverie intérieure où Rhoda se plaît à planner dans la station Mir à base d'images d'archives incrustées) ou les plans (image des cheveux qui volent dans le vent au moment où l'on allume la voiture, un peu comme si l'on démarrait un avion de chasse et que les cheveux symbolisaient les flammes --capture en dessous; Rhoda qui marche au ralenti perdue dans ses pensées, les mains qui frolent la toiture d'une maison...).

 

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Avec cette seconde Terre qui se révèle une symétrie de la nôtre, donc une seconde chance si l'on part du principe qu'il y a un autre nous qui n'a sans doute pas vécu la même histoire s'ouvrent un flot de possibilités que le réalisateur ne prendra pas forcément en compte. En effet, depuis le début, c'est l'aspect drame plus que SF qui est placé en avant, il ne faut pas s'y tromper et j'invite ceux et celles qui furent déçus par le film à lui laisser une seconde chance et le reconsidérer sous cet angle. Car toutes les informations liées à cette autre Terre au fond, ne sont accessibles que par la télé ou internet en grande partie et c'est comme une Rhoda perdue et décalée avec le monde actuel qu'on y a accès. Il y a donc une petite mise à distance puisque nous ne découvrons les informations que quand Rhoda elle-même les découvre.

 

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La tentative de prise de contact avec l'autre Terre ne m'a néanmoins pas laissé indifférent.

 

Et en même temps cet aspect SF cohabite tout naturellement avec le drame. D'une part parce qu'il est alimenté de nombreuses théories et informations scientifiques que l'on capte en même temps que l'héroïne (apportant une vraie justification réaliste au sein de cette fiction), d'autre part, parce qu'il alimente le dialogue intérieur d'une Rhoda qui se demande de plus en plus si elle ne peut tenter sa chance de fuir la destinée de criminelle qui a purgé sa peine pour aller là-bas (A de nombreuses reprises la jeune fille tente d'écrire les raisons de son choix sur un site qui propose d'être sélectionné pour partir avec les astronautes de la NASA avant de se résigner à sa dure condition actuelle --captures ci dessous). Plus le récit avance, plus la trame de fond devient pourtant importante et influe justement sur le choix de l'héroïne. Va t'elle tenter de s'échapper pour aller là-bas ? Ne va t-elle pas y aller, de crainte de tomber face à l'inconnu le plus total (John Burroughs raconte à un moment l'allégorie de la caverne de Platon pour exposer son point de vue inquiet) ?

 

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Tout tient en fait sur ce mince double axiome plus que compréhensible et l'héroïne devra donc faire un choix tout en sachant qu'elle-même et sa présence aux côtés de John leur permettent de se reconstruire (une belle scène où elle quitte sa chambre et s'installe dans le grenier avec juste un vieux poster d'une galaxie à contempler pour démarrer et s'ouvrir une mince échappatoire vers des rêves anciens --un insert de sa main frôlant des objets à prendre ou non dévoile une collection de bouquins de SF (tiens, du Asimov) ou d'astrophysique-- et futurs --un télescope qu'on reconstruit par exemple). Cela amène d'autres questions plus prioritaires comme surtout le fait de savoir si oui ou non John va t'il finir par être au courant et quelle sera sa réaction ? Dans son final, le film aborde pourtant un versant SF presque trop attendu mais trop repoussé. De quoi frustrer un peu chez certains quand d'autres seront fascinés, appelant presqu'une suite (comme moi).

 

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Another Earth n'est donc en soi pas un film parfait et pourra gêner de par ses choix qui oblitèrent une bonne partie des possibilités qu'offre l'histoire et en même temps, l'objet se présente comme le parfait petit film qui offre une belle histoire et une belle patine. J'avoue ne pas avoir regretté le voyage et si plusieurs personnes acceptent de le faire avec cette modeste chronique, je serais plus que comblé.