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Tatsumi célèbre l'oeuvre et la vie du mangaka japonais Yoshihiro Tatsumi. Dans le Japon occupé de l'immédiat après-guerre, la passion du jeune Tatsumi pour la bande dessinée deviendra finalement le moyen d'aider sa famille dans le besoin. En plus d'être publié dès l'adolescence, sa rencontre avec son idole Osamu Tezuka, le célèbre mangaka que l'on compare à Disney, lui offrira une source d'inspiration supplémentaire.

 

Je lis régulièrement des mangas, de même que des comics et de la BD francophone mais je ne connaissais pas cet auteur, raison de plus de se pencher dessus. D'autant plus que Yoshihiro Tatsumi est, semble-t-il, un géant en son pays. Si Tezuka serait l'équivalent d'Hergé en termes de stature, alors Tatsumi serait aussi connu qu'un tandem Goscinny/Uderzo. Cette comparaison mis à plat et qui n'apporte bien justement qu'un système de références un brin faussé afin de se faire une idée (en termes de style, reconnaissances, genres), ce documentaire à la riche idée de s'axer sur la vie du monsieur, s'inspirant pour beaucoup de l'autobiographie qu'il écrivit dernièrement, "Une vie dans les marges".

 

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Mais plus qu'une simple transposition qui pourrait devenir un biopic chez beaucoup, Eric Khoo demande au dessinateur de lui-même faire la voix-off des passages couleurs retraçant sa vie, tout en prenant soin de mêler au parcours de l'artiste, et un portrait de la société japonaise des années 50 à 70 et des histoires (dans un noir et blanc stylisé et ponctué de une ou deux touches de couleurs au début, plus par la suite), issus de recueils divers de Tatsumi. C'est en soi judicieux car le parcours de l'artiste n'est rien de moins qu'un reflet subtil de sa condition japonaise. A la défaite et ses privations puis l'âge d'or économique qui s'ensuit dès le milieu des années 50 s'intercalent les frustrations et illusions dévoilées à travers 5 histoires de Tatsumi. Un écho personnel lui-même amplifié par le parcours de l'artiste.

 

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Des histoires plus que noires où l'on peut parfois étouffer tant la radicalité de celles-ci fait constamment mouche. Le contrepoint de celles-ci se trouve dans la vie de l'artiste et son constant besoin de dessiner. Un appel donc, à l'espoir et à l'abnégation de sa personne à travers l'Art et la transcendance qu'il apporte. Moi-même dessinant à mes heures perdues, je n'ai pu empêcher d'être touché par certains passages, plus que vécus et visiblement universels. Quand Tatsumi dit que "Le cinéma c'est mon mentor", l'assertion est incroyablement vrai et le cinéphile blogueur ne peut que de lui-même, là aussi acquiescer. Sur un plan plus personnel, quand l'auteur affirme que 70% du travail tient dans l'écriture, et que les 30% restant, le dessin, ne sont que pur plaisir, c'est là aussi vrai. Et cela peut aussi être transposé au cinéma quand l'on sait que bien souvent, ce n'est pas plus le talent du réalisateur (conteur) qui est à l'oeuvre mais aussi et surtout, une excellente histoire qui sert de base. La charpente, c'est l'histoire. Faussée, tout s'effondre et l'on sait tout aussi intimement au fond de nous qu'on a depuis vu nombre de Titanic-cinématographiques.

 

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Tatsumi est donc un documentaire passionnant, assez dur et adulte qui peut témoigner à la fois de la psychologie d'une certaine population à un moment historique précis, tout en montrant les facettes de l'âme humaine et ce qu'elle a de pire. Mais derrière tout ça se cache la personnalité plus qu'humaine d'un auteur qui n'a jamais reculé et toujours tenu bon, modèle à suivre et à se raccrocher. Et finalement, auteur à découvrir et parcourir. Ce documentaire animé est déjà plus qu'un très bon début comme porte d'accès à l'oeuvre...

 

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* Un DVD/Blu-ray distribué par CTV depuis le 15 juin. Un grand merci à eux.

Puisque j'ai pu tester le Blu-ray, quelques mots dessus, qualité technique très bonne, image de qualité et son au top. Pas de défauts sur ce point. Les suppléments tiennent en un long making-off assez intéressant (près de 40 minutes !) et la bande-annonce du film. On pourra sans doute objecter qu'à l'heure du blu-ray, cela fait peu et qu'on aurait pu avoir des précisions supplémentaires sur l'artiste que le film ne montre pas (sa carrière depuis les 90's ? 2000's ? Une bibliographie de ce qui a été traduit chez nous ?...) mais en un sens, documentaire oblige, ce n'est pas un défaut. Laissons celà aux fictions qui, si elles comblent des trous dans l'imagination du spectateur, ne répare pas spécifiquement les crevasses liées à l'intimité de l'artiste et le rapport à son oeuvre, chose qu'ici, Tatsumi fait très subtilement dans la comparaison sociologique du pays et de ces mangas.

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