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Joseph vient voir son père en traitement dans un sanatorium, où le docteur Gotard entretient une très mystérieuse atmosphère. Dès que l'on y pénètre, on entre dans un monde de fantaisie issu du subconscient...

 

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La ressortie depuis le premier août de ce classique en salles que j'avais toujours voulu voir m'a décidé et c'est plus ou moins alléché par les promesses des petits flyers distribués en salles et sur le dvd de chez Malavida que je me suis fait une première petite idée de ce film qui ne plaira pas forcément à tout le monde. Car comme il est écrit sur ceux-ci : "Un film éblouissant de virtuosité visuelle, au carrefour de Gilliam, Fellini et Tarkovski" et l'on ne saurait finalement dire mieux tant le film se révèle proprement irracontable, partageant les bricolages d'un Gilliam et ses personnages parfois absurdes; les teintes chromatiques, travellings et métaphysique d'un Tarkovski; femmes parfois dénudées, bavardages incessants (au risque d'en perdre le spectateur) et travail du rêve façon 8 et demi comme chez Fellini.

 

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8 et demi serait même sans doute le grand frère de cinéma idéal pour comparer si ce n'est qu'ici le voyage entre le rêve, le souvenir et la réalité s'avère total. En effet, chez le cinéaste italien, Guido Anselmi (Marcello Mastroianni) naviguait entre souvenirs dorés de l'enfance, fantasmes personnels et rêveries étranges (et souvent non dénuées d'humour) et présent. Le présent était alors le lieu où pouvait se réfugier pour un temps le spectateur tout comme le point de départ, le port vers de nouveaux horizons. La Clepsydre nous présente juste le présent comme ouverture du film avant d'enchaîner dans un voyage onirique, quasi-mental, ailleurs, probablement dans les souvenirs et la reconstitution qu'en fait Joseph (Jan Nowicki) : à chaque pièce visitée s'entrouvre un nouvel espace où ne peut qu'aller le héros mais jamais s'attarder. Comme des perles d'un même collier qu'on inspecterait, on saute d'une boule à une autre suivant le fil (rouge) qui retient le tout, sans avoir le temps de questionner et réfléchir au sens de ce que l'on voit comme Joseph.

 

De quoi être déstabilisé en permanence, même si avec la persévérance, on comprend que derrière tout ça, Has traite de la mémoire pour parler du rapport entre un père et un fils qui ne se sont plus parlés depuis un moment. Le sanatorium alors coupé de tout et entraînant ses patients en léthargie permettrait, de relier les temps de chacun par la mémoire et par là-même, de reculer un peu plus l'instant fatidique de la mort. La structure même en enchâssement de tous les "rêves" (instants ? On revient plus tard dans les mêmes lieux mais certains personnages ne sont plus là, une tainte verdâtre de toiles d'araignées et de pourriture envahit lentement l'image...) n'est pas étonnante venant de celui qui adapta plus tôt Le manuscrit trouvé à Saragosse d'après le roman culte de Jan Potocki. Ici, le cinéaste reprend plusieurs nouvelles du Croque-mort au sanatorium de Bruno Schulz (apparemment le Kafka polonais qui mourut tragiquement en 1942 à 49 ans à cause du nazisme), les tord, les coupe et les recoupe puis assemble le tout presqu'à la suite dans ce film.

 

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En résulte un magma toujours vivant en permanence, un flux ininterrompu d'images, sons et paroles qui ne ralentissent que vers la fin, laissant le spectateur qui a pu adhérer jusqu'au bout à cette expérience plus que Fellinienne et aussi hermétique que certaines oeuvres (le titre La clepsydre veut tout dire donc), comme un malaise lancinant, un doute impénétrable (surtout vers la fin), et un vertige puissant qui traduit bien la fatalité de relations qu'on veut renouer mais que le temps et le souvenir ne laissent jamais pratiquement en paix, rouvrant des blessures qu'on a tendance à cicatriser et qui ici, par le biais de ces deux personnages principaux, nous reviennent brutalement à la face. Chef d'oeuvre je ne sais pas mais le film me hante douloureusement depuis un moment. Grand film en tout cas à celui ou celle qui saura s'y abandonner.