Allez, cette fois on va parler de films fait par des filles avec des filles comme héroïnes. Et 2 des 3 filles... euh films, pardon sont justement actuellement en salle, histoire que vous puissiez aussi vous faire une idée. Pourtant à mes yeux le meilleur de tous et celui par lequel on va commencer est sorti depuis un moment et déjà disponible en DVD, il s'agit de...

 

Bliss (Drew Barrimore - 2009).

Aka Whip it.

 

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Réaliser un film sur une jeune fille qui s'évade de sa vie rangée (concours de beautés organisés par sa mère un peu trop surprotectrice, études ennuyeuses en fac et boulot qui l'est tout autant comme serveuse dans un petit bar) en participant à des courses de roller derby avait tout du projet casse-gueule. C'est pourtant un pari réussi pour le premier film de l'actrice-productrice Drew Barrymore qui en profite même pour jouer ici un second rôle assez ingrat (la bagarreuse du groupe qui s'en prend plein la gueule au passage). Le casting s'avère au diapason (Ellen Page über craquante et parfaite, Kristen Wiig sincère et touchante, Juliette Lewis en méchante qu'on aime d'emblée détester, Drew Barrymore en tête brûlée assez drôle), les scènes d'action en roller sont toujours lisibles et prenantes, presque filmées en direct, les stratégies de l'équipe pour imposer des bras cassés en nouveaux héros sont assez fascinantes (surtout si comme moi on ne connait pas ce sport finalement assez violent).

On ajoute à ça que les personnages ne virent jamais à la caricature, que le film se permet de petits morceaux de bravoure poétique (la scène où Page et Landon Pigg son petit copain s'abandonnent à se déshabiller et s'embrasser en apnée dans la piscine) ou technique (le plan final filmé à la grue qui se rapproche finalement de plus en plus du visage de l'actrice) et que la B.O aux petits oignons ravira tout le monde par ses choix éclectiques qui piochent sans distinction à la fois dans les années 90's (coucou les Breeders et Radiohead) comme les 2000's (la très belle chanson "28" du générique final est chantée par Lorene Scafaria. Hop un lien, petits veinards) et l'on obtient un très beau premier film, drôle, réussi de bout en bout, passionnant. J'ai déjà envie de le revoir.

 

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Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare (Lorene Scafaria - 2012).

Aka Seeking a friend for the end of the world.

 


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Lorene Scafaria donc, qui, en plus d'être actrice, scénariste, productrice, (merveilleuse) chanteuse (elle a sorti deux albums mais durs à trouver visiblement) et passée à la réalisation avec ce film sur ...la fin du monde. Là aussi un projet casse-gueule car lié à un sujet plus que râbaché. Mais Scafaria choisit l'optique de transformer le film en comédie dramatique intimiste en se focalisant d'abord sur le personnage joué par Steve Carell. Ce dernier vient de perdre sa femme qui s'est enfuie à toutes jambes pour partir loin de ce personnage ennuyeux et lessivé de la vie. Et c'est très lentement que l'apocalypse va permettre à notre anti-héros de se réveiller pour, non pas se révéler à lui-même dans un parcours initiatique (l'option 40 ans, vie derrière soi est cochée d'emblée dès le début du film, barrant un peu la voie de ce côté là), mais finir la vie qui lui reste dans les bras d'une femme qui l'aime pour ce qu'il est.

 

C'est à dire pas grand chose en fait. Car l'attrait du film il provient de Keira Knightley qui, face à ce personnage mou et agaçant à la longue par son manque total de réaction durant les 3/4 du film, emporte l'adhésion par son personnage extraverti, boudeur, dynamique, pas complexé pour un sou, drôle, bref, bien vivant. Et si le film se permet de petits passages surprenants sur son chemin (une scène avec William Petersen assez marquante, une autre avec Martin Sheen où Carell nous touche enfin. Mais le film est déjà fini en somme), c'est bel et bien Knightley et son dialogue final qui nous terrasse avant un grand blanc de l'écran où l'on peut se demander si c'est vraiment la fin du monde qui embrase tout ou nos yeux qui voient flous car embués par quelques larmes bienvenues ?

 

En somme un beau film où le personnage principal ne touche pourtant pas tant que ça. On ajoute un rythme mollasson au possible, une fin du monde un peu cheap (On la sent passer dans les derniers jours du monde la fin du monde hein. Ici le truc le plus incroyable que j'ai pu voir, c'est un bus vide en pleine route et encore...). Bref Les frères Larrieu 1, Scafaria 0. Mais heureusement il y a la fée Knightley --et je ne suis pas spécialement fan en plus-- qui arrive pour sauver une poignée de vinyles de bon goûts de la fin du monde (John Cale, Scott Walker, Leonard Cohen, les Beach boys...) et nous émouvoir.

 

 

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Rebelle (Andrews/Chapman/Purcell - 2012).

Aka Brave.

 


rebelle

 

On ne va pas réécrire l'histoire, elle commence à sortir en cherchant bien, on la ressent en voyant le film et sans doute en aura-t-on un petit commentaire sur les bonus du DVD ou Blu mais il est indéniable que Brenda Chapman s'est bien faite écarter du projet en cours de route pour différent artistique et que l'on a donc non pas un réalisateur (réalisatrice qui plus est) au générique mais trois et que ça rejaillit sans doute plus profondément qu'on ne le croit sur le projet.

En l'occurence malgré toute la bonne volonté du studio, je dois avouer m'être pour la première fois senti devant une déception (je n'ai pas vu Cars 2 donc je ne vais pas faire le serment du "Pixar est sur la pente descendante, bla bla") : Pixar ne faisait pas un film grandiose comme Le monde de Nemo (ah cette fin avec le filet de pêche qui me met à chaque fois les larmes aux yeux quasiment), de l'épique à la Indestructibles, de la SF écologique avec louche de comédie burlesque et musicale comme Wall-e, pas de film d'aventure entre gens de générations différentes en contrée inconnue comme Là-haut (un excellent hommage aux toutous de tous poils en plus)... non, ici, Pixar fit un simple "bon film". Et là est bien tout le drame entre le studio qui dépassa à chaque fois toutes frontières connues et celui qui aujourd'hui nous livre Rebelle. Et croyez moi que je n'en attendais rien même si une héroïne rousse suffit d'emblée à déclencher mon approbation (j'adore les rousses oui).

 

Techniquement le film se hisse sans faille au sommet pour éclater toute la concurrence une fois de plus. On admire une fois de plus le savoir-faire du studio à nous proposer à la fois ici un modèle qui mette en valeur chacun des cheveux de la tignasse massive qu'à Merida comme on admirait les poils bleus animés de Sully dans Monstres et cie. Quand aux paysages écossais, ils donnent quasiment furieusement envie de s'y rendre au plus vite. Jamais encore auparavant Pixar ne s'était livré avec bonheur à livrer des panoramas ici presqu'extatiques. Le hic, c'est l'histoire qui n'a de rebelle que le titre. Bien sûr le film tourne autour de la relation mère-fille et c'est sur ce point admirablement traité, tout le monde l'a remarqué. Mais les relations entre adultes et enfants a souvent plus ou moins été traité par l'ancien studio de Lasseter. Comment ne pas voir un grand-père voire un père de substitution à travers le ronchon qu'est Carl face au scout téméraire de Là-haut ? Et la relation papa-poisson à son fiston dans Le monde de Nemo ? Sans oublier un seuil de plus franchi à travers la saga Toy Story où finalement dans le troisième volet Andy a grandi, est devenu un adulte et passe le flambeau à un autre enfant, et pour cela explique à quoi servent ses jouets au moment de les donner. Sans doute la plus belle séquence du film, même de toute l'univers Pixar parmi des milliers que le studio à pu nous livrer.

 

Et c'est sans doute ce que je rapprocherais à Rebelle, le fait que je n'ai jamais vibré une seule fois face au destin de Merida. Merida qui, comme des millions de jeunes filles risque d'être mariée de force et tente d'y échapper. Sur le papier, on imagine un truc épique et à l'écran, qu'est-ce qui se passe ? Cela ne prend pas (perso hein). Et si ça venait de l'écriture des personnages ? Pas de la famille de Merida, elle est omniprésente et c'est sans doute là le problème. Face à une Mérida qui crève continuellement l'écran, des jumeaux archi-turbulants, des parents qui ont leur fierté, il ne m'a pas semblé que les chefs de clans et leurs enfants nigauds aient eu leur mot à dire. Exception faite quand il s'agit de Merida qui rappelle leurs faits d'armes, et cela en fait uniquement pour laisser le passage à sa mère, non pas de sa propre initiative pour exprimer une quelconque mâturité devant des devoirs séculaires qu'elle fuit. Si repentance il y a et prise de conscience véritable de la princesse, elle n'arrivera que vers la fin quand le film se pousse de lui-même et bien obligé dans ses derniers retranchements. On passera sur une légende maudite qui arrive au beau milieu du film et évite une implication plus profonde du spectateur (dans Princesse Mononoke, même si c'est la toile de fond qui va déclencher la malédiction, un dieu-sanglier est visible dès le début du film par exemple), une omniprésence des ours qui m'a fit penser à une suite cachée de Frère des ours (je veux bien qu'ils représentent l'instance et donc la menace paternelle comme j'ai pu le lire ailleurs mais faut pas pousser non plus. C'est du Pixar, pas du Bergman hein), une héroïne que presque rien ne peut entamer (les larmes et regrets n'arrivent presqu'à la fin) alors que chaque "héros" Pixar a souvent eu en cours de route ses moments de faiblesses qui le rendaient plus qu'humain (bon sang, toute la saga Toy Story regorge d'exemples en ce genre, même chez les "méchants" comme l'histoire de nounours dans le troisième volet qui se crû abandonné et donc trahi par sa maîtresse, pas si éloigné du chercheur d'or du second volet qui a perdu foi en l'humain et ne considère plus sa place que dans un musée --d'ailleurs on lui réserve une "fin" ironique similaire à celle de l'ours en peluche de Toy Story 3).

 

Sans oublier une musique celtique et classique juste "bien" (pourquoi n'avoir pas repris Giacchino là encore, alors que ce dernier nous émeut avec le parfait petit La luna en court-métrage juste avant ? That's a mystery). Je ne sais si Patrick Doyle était le choix parfait tant ses travaux oscillent entre des films bons et d'autres plus discutables mais rien qui ne s'élève au mêmes sommets émotionnels que Pixar sut maintes fois nous délivrer. Y'en a t-il ici qui se souviennent de la B.O de Thor ou Eragon ? De La dernière légion ? De Pars vite et reviens tard ? Il semble que le bonhomme fut sans doute un choix obligé, Giacchino ne pouvant sans doute se libérer, mais alors pourquoi retrouve t'on ce dernier pour un court-métrage sans faute juste avant qui là, manque presque de nous faire chavirer le coeur de tendresse ? Et je passe sur la version française où Berenice Bejo fait du bon travail tandis que, surprise, Hazavanicius pourrit le film en faisant un corbeau raccoleur qu'on jurerait sorti des Arthur de Luc Besson (vous lui mettez la coupe du rasta et voilà, vous y êtes, avec accent racaille en plus). Aberrant. Michel, tu es un des meilleurs réalisateurs français actuels mais ne fait plus de doublage si c'est comme ça, s'il te plaît. Mais merde quoi, chez Pixar on a toujours eu un respect du personnage et ça passait aussi par le travail des voix et le choix des comédiens, souvent renommés. Mais là.... 

 

Donc un film bien mais c'est tout. Un peu de magie (les petits feux follets), une sorcière échappée de chez Miyazaki (le coup du chaudron-répondeur, j'y vois un clin d'oeil amusé de Pixar au Château ambulant, tiens), des chansons sympas (ça m'a jamais dérangé les chansons, que ce soit ici ou chez Disney par contre hein), des cheveux, des paysages, des ours, une ou deux scènes mémorables (le tournoi à l'arc) et puis.... ben c'est un peu tout. Mais bon, c'est Pixar, on garde espoir, ces gars là ne nous ont jamais déçus. En somme, ils sont humains malgré tout, ils ne peuvent donc que faire mieux.