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  • Un film de Larry Charles.
  • Sorti en salles le 20 juin 2012 et distribué en DVD et Blu-ray depuis le 20 octobre par la Paramount.

 

 

Isolée, mais riche en ressources pétrolières, la République du Wadiya, en Afrique du Nord, est dirigée d’une main de fer par l’Amiral Général Aladeen. Vouant une haine farouche à l’Occident, le dictateur a été nommé Leader Suprême à l’âge de 6 ans, après la mort prématurée de son père, tué dans un accident de chasse par 97 balles perdues et une grenade ! Depuis son accession au pouvoir absolu, Aladeen se fie aux conseils d’Oncle Tamir, à la fois Chef de la Police Secrète, Chef de la Sécurité et Pourvoyeur de Femmes. Malheureusement pour Aladeen et ses conseillers, les pays occidentaux commencent à s’intéresser de près à Wadiya et les Nations Unies ont fréquemment sanctionné le pays depuis une dizaine d’années. Pour autant, le dictateur n’est pas du tout disposé à autoriser l’accès de ses installations d’armes secrètes à un inspecteur du Conseil de Sécurité – sinon à quoi bon fabriquer des armes secrètes ? Mais lorsqu’un énième sosie du Leader Suprême est tué dans un attentat, Tamir parvient à convaincre Aladeen de se rendre à New York pour répondre aux questions de l’ONU

 

Un autre film à aborder la dictature après l'insurpassable film de Chaplin ? Oui mais là ça n'a rien à voir, on ne joue certainement pas dans la même catégorie d'humour et c'est très bien comme ça (même si, unique point commun, un discours final presqu'en apogée mais là encore on s'écarte du modèle). Car le film reste ici The dictator et non Le dictateur. La nuance est de taille, surtout quand on a en ouverture un hommage au regretté dictateur coréen Kim Jong-Il. Le ton est donné et le film n'en déviera plus pour notre plus grand plaisir.

 

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Car oui, j'ai adoré ce film. Pire (donc mieux ici), je me suis très souvent esclaffé et pouffé de rire comme une grosse baleine (si tant est que l'image puisse vous frapper). Sacha Baron Cohen et son complice et ami Larry Charles à la réalisation ne respectent pas grand chose et tirent à boulets rouge sur un peu tout. C'est irrévérencieux, c'est grinçant, mais ça fonctionne. Contrairement à Borat qui m'avait un peu lassé au bout d'un moment sans doute par sa réalisation et son style pseudo-documentaire, ici la fiction de The Dictator a eu un profond sentiment d'adhésion sur moi. Et j'ai donc complètement collé (pour rester dans le jeu de mot vaseux) à ce dictateur inventé ainsi que son état fantôche, le Wadiya où les acteurs jouent pleinement leurs rôles et assument même de n'être parfois que traités en simples invités, souvent même pas crédités, s'en délectant parfois. On croisera donc Megan Fox dans son propre rôle, John C.Reilly en sadique garde du corps et plus loin des têtes aussi originales que Gad Elmaleh ou Edward Norton.

 

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L'enfance troublée du dictateur Aladeen. gneee

 

Tout en ménageant une critique plus subtile qu'il n'y paraît du monde dans lequel nous vivons (j'y reviens après), le film alterne constamment entre un humour trash, souvent osé et décomplexé (quitte à en faire trop. La séquence de l'accouchement) et des ouvertures vers l'humour noir, l'ironie ou une certaine absurdité bienvenue et somme toute assez jouissive. Par exemple (cf, captures ci-dessous) quand le dictateur impose de remplacer près de 300 mots importants du dictionnaire par son prénom, provoquant des situations plus que décalées où l'hilarité jaillit du constat qu'on ne sait pas justement si ce qui se passe à l'écran est grave ou non.

 

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Mais sous couvert de la comédie, le film critique pas mal l'Amérique tout autant que les dictatures. Cohen renvoie les uns face aux autres, aussi stupides qu'ils peuvent être. Le film a alors le mérite de toujours cacher le constat en faisant rire. Quand Aladeen après une nuit d'amour avec Megan Fox voudrait un calin, la belle s'échappe, contente d'avoir son jet et moults cadeaux en échange. Dépité, notre "héros" prend un polaroïd pour garder un souvenir. Jusqu'ici c'est mignon. Mais cela devient absurde quand les plans se multiplient et que le spectateur comprend que ce n'est pas la première ni la dernière fois qu'une star couche avec une personne de haut rang pour obtenir des faveurs, qu'elle soit dictateur n'y changeant pas grand chose. Ce n'est bien sûr pas l'opinion de l'acteur ou qui sait ? C'est tellement bien tourné en dérision que ça frappe d'autant plus (captures après). Dans le même registre, le premier ministre chinois qui avoue publiquement collectionner les acteurs et obtenir plein de faveurs sexuelles d'eux en échange de quelque chose. La critique du monde du spectacle qui rejoint ici celle du pouvoir. Sans doute par moments le trait peut sembler grossier mais le film file très vite d'une scène à une autre, si bien qu'on a pas le temps de s'y attarder trop.

 

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(Même Schwarzy...)

 

Curieusement au beau milieu du film se dessine une histoire romantique un brin guimauve, aspect qui était aussi présent dans Borat. Toujours est-il que là aussi je ne suis pas resté insensible. Anna Faris a clairement un petit quelque chose en garçon manqué naïvement idéaliste et le film choisit à ce moment de faire un virage montrant comment notre dictateur va plus ou moins essayer de s'intégrer à la culture américaine (l'acteur et son réalisateur s'en donnent à coeur joie pour charger la caricature un poil pas si éloigné de la vérité comme ce couple de touristes américains en visite de New York et qui, entendant des étrangers énoncer vaguement des mots et chiffres évoquant les attentats du 11 septembre, frôlent la paranoïa en puissance !). Cela nous change du point de vue sur le pouvoir et les opprimés tout en poursuivant le délicieux travail de sape des auteurs. 

 

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Apparemment à sa sortie le film n'a pas eu le succès escompté. Beaucoup de critiques l'écornaient. Sans doute parce que les deux trublions complices restent fidèles à eux-mêmes en fin de compte. Ce qu'on peut imputer faussement à un manque d'audace n'aurait pour moi de valeur que si Cohen et Charles étaient restés dans la veine caméra-cachée et donc qu'on aurait pu emettre un jugement de valeur en comparant quelque chose de similaire car possédant le même style. Mais pour moi, en choisissant la fiction, il est clair que nos deux complices ont enclenché la vitesse supérieure et je peux affirmer que je n'avais pas pris mon pied devant un film depuis un bon moment. Clairement recommendé.

 

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Merci à Cinetrafic, le programme DVDtrafic et la Paramount pour ce très sympathique envoi. Quelques mots sur les petits plus de cette édition DVD. Peu de bonus mais rien de superflu. On retrouve donc les traditionnelles scènes coupées ou alternative (dont une, succulente, qui rallonge la jeunesse d'Aladeen) ainsi qu'une "interview" du dictateur avec Larry King. Fausse interview mais bien dans l'état d'esprit que cultive le film avec à la clé un petit gag osé sur Barack Obama ! Sinon aucun problème de son et d'image avec le DVD, correct partout.