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Chronique du Blu-ray distribué par la Metropolitan Filmexport depuis le 12 novembre.

Reçu grâce aux opérations DVDtrafic de Cinetrafic avec la Metropolitan, un grand merci à eux !

 

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Six jeunes vacanciers en quête de sensations fortes engagent un guide pour une «expérience extrême». Ignorant les mises en garde, l’homme les conduit dans la ville de Pripyat, toute proche de Tchernobyl. Vingt-cinq ans plus tôt, lorsque le réacteur avait explosé, les lieux avaient été évacués dans l’urgence. Après une brève exploration, le petit groupe se retrouve piégé dans la ville fantôme. Et ils ne sont pas seuls…

 

Un film traitant de Tchernobyl et ses environs sous couvert d'un banal film d'horreur ? Je saute sur l'occasion tout de suite ! Il faut dire que depuis l'insurpassable Stalker d'Andréï Tarkovski qui présentait dans la "Zone" un espace utopique inquiétant, la barre était relevée très haut. Plus qu'un décor, la "Zone" du film de science-fiction russe de 1979 embaumait chaque plan de Stalker et livrait une ambiance pesante, décalée et aussi inoubliable que la quête des trois personnages principaux. Devant ces plans, on ressentait au plus profond de nous-mêmes un monde partant en décrépitude. Je me suis longtemps demandé où donc Tarkovski avait-il pu tourner ses splendides paysages de désolation, jusqu'à m'interroger entre l'intéraction du cinéma et de sa propre vie. C'est un fait, l'apocalypse, voire le péril nucléaire grondent en fond chez Tarkovski. Quelques bribes surnagent dans Solaris, dans Le sacrifice il est une toile de fond qu'Aleksander seul semble pouvoir arrêter, quand à Stalker, quelque chose a bien eu lieu. Arrivée d'extraterrestres ou d'un météore comme l'indique un carton en ouverture ? Ou bien tout simplement la vision prophétique du danger nucléaire à l'oeuvre ? Rappelons que la fille du stalker est née dans la zone et semble "contaminée" d'une étrange manière depuis sa naissance. Un des derniers plans du film montre d'ailleurs la petite famille du guide (to stalk = marcher à pas de loup en anglais) rentrer à la maison et ce qui ressemble à une centrale atomique au loin. Depuis, je me suis toujours posé la question de savoir où Tarkovski avait bien pu tourner son film. Les livres sur le cinéaste semblent étonnamment discret à ce sujet mais le critique, théoricien et musicien Michel Chion indique le paysage verdoyant de l'Estonie dans son livre consacré au bonhomme ("Andréï Tarkovski" par Michel Chion, collection grands cinéastes, éditions Le monde/Cahiers du cinéma). Donc ce serait une reconstitution d'un espace parallèle, abandonné par l'homme ? Dans ce cas, chapeau, parce que ça dépasse le simple travail humain, c'est plus vrai que nature.

 

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Stalker d'Andréï Tarkovski.

 

 

La reconstitution, c'est justement le point fort qui m'intéressait en regardant Les chroniques de Tchernobyl et je n'ai d'ailleurs pas été déçu puisque même tourné ailleurs qu'à Pripyat (pour d'évidentes raisons de sécurité), en Serbie et Hongrie, le décor s'avère ahurissant : nous sommes bien dans la ville fantôme qui a inspiré Oren Peli (ici producteur) le jour où son regard se posa sur l'hallucinant site d'Elena Filatova Vladimirovna, juste une simple fille avec un appareil photo et une moto... qui traverse régulièrement depuis plusieurs années la zone d'exclusion d'un rayon de 30 km qui entoure la centrale nucléaire ! Une reconstitution d'autant plus exemplaire quand on passe du temps à regarder toutes les phoros de la ville fantôme (sujet qui m'a toujours fasciné --je vous en met d'ailleurs un peu à la fin du post en bonus). Il est indéniable que le film possède une ambiance inquiétante du fait que l'on a vraiment l'impression d'être transportés sur l'instant à Pripyat. Les bâtiments vides, la grande roue, la centrale de Tchernobyl au loin à juste trois kilomètres, on retrouve donc tout ça dans le film à travers une première partie qui marche formidablement dans sa lente progression inquiétante du fait justement de son ambiance. D'autant plus quand on connaît la tragédie qui a frappé la ville : A la base ville nouvelle fondée en 1970 (une stelle de pierre taillée visible aussi bien dans le film qu'une vraie photo que je livre plus bas l'annonce dès l'entrée), Pripyat devait héberger les employés de la centrale nucléaire ainsi que leurs familles.

 

 

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Souriez les zamis, vous n'oublierez pas vos vacances (c'est le cas de le dire)...

 

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Promenons-nous dans les rues, pendant que les irradiés n'y sont pas...

 

Lorsque la catastrophe se produit le matin du 26 avril 1986 à  1h23 à la centrale, aucun des 49 360 habitant n'est mis au courant le lendemain. Ce ne sera que le 27 avril que la population est évacuée en grande hâte (la chronologie de Pripyat et Tchernobyl est retracée sur le site officiel de la première ville en anglais ici), les habitants n'ont, paraît-ils que quelques minutes pour faire leurs affaires et dégager, laissant derrière eux, des endroits encore remplis de nourriture et d'objets personnels, laissant une étrange impression aussi bien visible et ressentie d'après photo qu'en voyant le film. C'est donc dans cet endroit chargé de souvenirs que débarquent nos touristes, pas trop têtes à claque visiblement et assez concernés par leur rôle, ce qui est un second bon point pour le film.

 

 

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Je déconseille la baignade moi, perso.

 

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Oh, oh, mais où avons nous donc atterri ?...

 

Je craignais d'ailleurs le pire en voyant une ouverture dans le plus pur style "foundfootage" mais cela ne dure heureusement que le temps de l'introduction (le voyage en europe de nos joyeux larrons) et la caméra choisit de se faire ensuite plus discrète et classique (avec toutefois beaucoup de passages à l'épaule) avec une image assez belle (sans doute que le blu-ray y joue pour beaucoup). Par la suite évidemment, si l'on est habitué aux films inquiétants, on pourra trouver qu'on a affaire à du déjà vu ou du prévisible dans la seconde partie (l'abandon sur place de nos voyageurs livrés à eux-mêmes) mais finalement de qualité honorable et c'est donc avec plaisir que j'ai vu le film jusqu'au bout, que j'ai marché à certains moments de frayeur bien menés (la gamine), jusqu'à une fin qu'on pouvait venir voir arriver mais qui a le mérite d'éviter le banal happy-end (à noter que la fin alternative en bonus est du même crû, elle est même sans doute plus radicale dans l'idée, ce qui me ravit).

En somme un bon petit film à voir, surtout si comme moi, vous appréciez les endroits désertiques où la présence humaine auparavant présente semble avoir déserté les lieux.

 

- Vous pouvez aussi retrouver cette chronique sur Cinetrafic à la fiche Chroniques de Tchernobyl.

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Quelques petits mots sur les bonus du blu-ray et la qualité technique. Ce blu-ray a été visionné sur une playstation 3 couplée à un amplificateur home-cinéma Denom AVR 1705 et un projecteur Panasonic. Et comme il s'agit d'un blu-ray de la Metropolitan, inutile de dire que la qualité visuelle et sonore est au rendez-vous, rien à déplorer. Avec le film on a droit à la fin alternative, quelques scènes coupées et deux petits modules de reportages. Le premier est une fausse publicité pour "les sports extrêmes de Yuri" (l'acteur du film, pince-sans-rire, propose l'impossible en Russie, d'un voyage en Mig à la visite de Pripyat !), fendard ainsi qu'un mini-documentaire promo sur la cité désertique qui permet d'étayer quelques vérités (et m'a t-il semblé, certaines rumeurs). Le tout sur fond de musique ambiante de Brian Eno, mes oreilles l'ont remarqué (choix fort judicieux que j'approuve).

 

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Et au passage, comme promis...

 

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(cliquez pour agrandir)